Rassemblement féministe en soutien à Julie Leriche

Ce dimanche 7 février à 14h30 se sont tenus des rassemblements dans toute la France pour soutenir Julie Leriche, qui accuse des pompiers de l’avoir violée alors qu’elle était mineure. La manifestation de Lyon a eu lieu devant la cour d’appel dans le 5e arrondissement, initiée par le collectif Osez le féminisme 69. 

Le collectif Osez Le Féminisme 69 devant la cour d’appel de Lyon le 7 février 2021. / Crédit : Léa Dornier

Julie Leriche – prénom modifié – a 25 ans et est au cœur d’un procès médiatisé depuis plusieurs années. A 13 ans, elle a rencontré la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris à la suite d’une crise de spasmophilie. L’un d’eux a conservé ses coordonnées et l’a recontactée à maintes reprises, prétextant à sa mère qu’il allait prendre soin de sa fille. Il la savait en pleine détresse psychologique et sous traitements médicamenteux. Julie accuse vingt pompiers de viol à répétition jusqu’à ses 15 ans. Elle revendique son non consentement et l’abus de pouvoir des adultes concernés. 

La première plainte pour viol remonte à août 2010. En juillet 2019, le juge d’instruction a décidé du renvoi en tribunal correctionnel de trois des vingt pompiers pour “atteinte sexuelle en réunion”. Un verdict ainsi qualifié comme un délit, tandis que le viol est un crime ayant une condamnation plus violente. Face à cette décision, Julie se défenestre par désespoir. Elle survécut à cette tentative de suicide, mais elle en garde de lourdes séquelles l’handicapant à 80%. Tandis que sa parole continue d’être mise en doute, sa mère, Corinne Leriche, se bat pour que justice soit faite. La décision finale de la Cour de cassation sera rendue le 10 février.

Appel à manifestation en France le 7 février 2021 circulant sur les réseaux sociaux. / Crédit : Collectif Justice Pour Julie

Des manifestations féministes ont eu lieu dans toute la France 

Cette affaire a été grandement médiatisée et a touché des milliers de français qui ont rejoint le combat des deux femmes, avec notamment le hashtag #Justicepourjulie. Ce dimanche 7 février 2021, devant la cour d’appel de Lyon, quelques centaines de personnes réunies ont brandi des pancartes féministes. “Ce sont plusieurs associations au niveau national qui organisent ces manifestations. Elles se font toutes le même jour à la même heure, pour soutenir Julie dans son combat. En local, ça a été organisé par Osez le féminisme. On a aussi contacté Moi Aussi Amnésie et Droit Des Femmes 69.” précise Anne Sophie, membre du collectif Osez Le Féminisme 69 (OLF). 

Ce premier week-end de février est important pour les féministes signifie Elodie Signol, adhérente au OLF :  “La décision de la Cour de cassation va être rendue le 10 février. C’est bientôt et c’était le dernier week-end pour venir se rassembler. C’est beaucoup trop long. Toutes ces procédures sont trop difficiles. Avec tout ce qu’il s’est passé ces dernières années : #Me too, le débat sur l’âge minimum de consentement, là c’est vraiment temps on en a marre.”

Les manifestants soutenant Julie le 7 février 2021. / Crédit : Léa Dornier

Une affaire symptomatique de la culture du viol

Au delà du soutien à Julie, il est question d’un  rassemblement contre l’impunité et la culture du viol. Les manifestants dénoncent notamment l’inversion de la culpabilité des viols sur Julie opérée lors de l’audition et du procès. Les policiers et les juges expliquaient qu’elle aurait dû explicitement dire non et se défendre. Alors qu’elle n’avait que 13 ans au début des faits, qu’elle se faisait agresser par plusieurs hommes, et qu’elle était sous traitement médicamenteux brouillant sa perception de la réalité. “Selon la loi, pour qualifier un viol on doit se baser sur la contrainte exercée par les violeurs sur la victime et non sur sa réaction, c’est scandaleux !” protestent les manifestants. 

Mié Kohiyama est présidente de Moi Aussi Amnesie, une association luttant contre la pédocriminalité et pour la reconnaissance de l’amnésie traumatique. Elle affirme que ce militantisme a vocation à faire changer les choses au delà du procès de Julie : “C’est un rassemblement aussi pour dire qu’on ne peut pas en France en 2021 considérer un enfant consentant ou consentante à des actes sexuels commis par des adultes.”  Un sujet d’actualité puisqu’une proposition de loi a été adoptée en première lecture par le Sénat le 21 janvier 2021 visant à créer un nouveau crime sexuel spécifique stipulant qu’en dessous de 13 ans tout acte sexuel est un viol. Une avancée concernant le durcissement de la loi envers la pédocriminalité, mais un seuil d’âge qui fait débat selon la présidente :  “En tant qu’association, on est très nombreux à se battre pour avoir un seuil d’âge minimum de non consentement à 15 ans, et à 18 ans en cas d’inceste. Dans tous les cas, même si par malheur on n’obtenait pas justice pour l’affaire de Julie, nous voulons au moins qu’il y ait une évolution des lois. Que plus jamais un enfant ne soit considéré comme consentant à un acte sexuel.”

De nombreuses associations féministes considèrent en effet qu’il existe une certaine défaillance dans le système judiciaire français. Seules 10% des victimes de viol portent plaintes, et très peu aboutissent à une condamnation. Selon Anne-Sophie “Avec la loi de Marlène Schiappa, la plupart des viols sont requalifiés en atteinte sexuelle. Donc finalement ce qui devrait être condamné avec plusieurs années de prison se retrouve dérisoire. Dans le cas de Julie, il y a eu un certain nombre de pompiers qui ont reconnu l’avoir violée et pourtant il y en a seulement 3 sur le banc des accusés.” La décision de la cour de cassation est ainsi attendue avec impatience par les militants féministes. Une chose est sûre, le combat n’est pas prêt de se terminer tant que la loi n’aura pas considérablement évoluée. 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *