Le mardi 3 Juin, le peuple syrien se rendra à son tour dans les bureaux de vote

pour un résultat qui laisse déjà peu de place au suspens. Le chorégraphe d’origine syrienne Rami Hassoun, toujours engagé dans l’activisme artistique compte encore une fois marquer le coup comme en mars 2013 avec La Marche pour La Syrie. Il organise une manifestation artistique le même jour sur la place des Terreaux à 18h pour faire passer un message de liberté et de solidarité.      

Marche pour La Syrie en 2013

Un scrutin en Syrie, est-ce une solution ?

Ces élections sont une aberration totale pour ce pays soit disant démocratique où l’on compte sept millions de réfugiés internes et externes et où l’on a dépassé les deux cent milles morts. Il y a quasiment la moitié de la population (22 millions d’habitants) qui n’est pas apte à voter.

Comment sont elles perçues par la communauté syrienne en France ?

La communauté syrienne en France est divisée dans le conflit tout comme là bas. On a ceux qui soutiennent le régime de Bachar el-Assad et la majeure partie qui lui demeure opposée. Ces derniers ne trouvent pas d’intérêts à ce scrutin. Il y a tellement de choses à faire dans ce pays comme le sortir de cette situation en éradiquant son régime pour ensuite juger son dictateur. Ce serait déjà une première récompense pour le peuple en dehors de ces élections auxquelles celui-ci ne pourra pas participer. Là-bas, les bureaux de votes se trouveront dans les régions où les localités où le régime a le contrôle. A savoir qu’en France, il n’y en n’aura pas (contrairement aux dernières élections présidentielles en Algérie ou en Tunisie).

une Syrie en proie à un vote déjà acquis pour Al Assad

Une Syrie en proie à un vote déjà acquis pour el-Assad

« Les Syriens ont confiance en l’avenir »

Quels sont vos liens avec la Syrie ?

J’ai des contacts avec des civils syriens qui n’ont toujours pas sorti la tête de l’eau depuis trois ans. La fierté nationale s’en ressent. Bachar el-Assad est très loin de représenter ce pays. Les régimes se succèdent mais les peuples restent. On ne peut pas comparer la situation du peuple syrien à celle des Tunisiens ou des Egyptiens qui sont très différentes, de par la situation géopolitique des différentes communautés et des ressources énergétiques du pays. Les Syriens ont confiance en eux et aspirent à un renouveau. Je connais bien ce pays, j’ai d’autant plus fait un semestre de langue arabe à l’université de Damas en 2009. En ce qui me concerne, l’idée d’un retour n’a pas disparu pour autant.

La Syrie a-t-elle gardé son potentiel culturel ?

On n’est pas très loin du Tigre et de l’Euphrate et donc du berceau de l’humanité. Les grandes civilisations y sont passées en laissant chacune leurs affluences. A l’heure qu’il est la Syrie est convoitée par les grandes puissances. Il y a une inspiration culturelle et une envie malgré la restriction que le peuple a subit durant le cycle el-Assad. La culture et l’art ont été biaisés au nom de ce clan. Ces tabous là ont été désormais dépassés et on peut se permettre d’insuffler un renouveau dans la sphère culturelle et artistique. Voilà pourquoi mon envie d’y retourner s’affirme. Avant, si on y allait et que l’on disait quoi que ce soit sur la sphère politique, on disparaissait du jour au lendemain sans espoir que l’on soit retrouvé un jour.

Et ce sont les jeunes qui ont permis de casser ces tabous …

Il y a l’exemple du bakchich : les gens employés dans la fonction publique récupéraient de l’argent sur les personnes qui travaillaient en dessous. Ces dernières faisaient la même chose à d’autres et c’était tout un système qui était monté de manière hiérarchique. Depuis que ces tabous ont refait surface, il y a une nouvelle vision d’avenir. La différence se fait sur ces tabous. Pour les anciennes générations, c’était tellement ancré que cela les dépasse encore. La nouvelle génération bénéficie d’une liberté d’expression et voit les choses autrement. Je m’interroge sur la manière dont Bachar el-Assad peut se projeter dans l’avenir avec une telle situation. Il a beau être au centre de toutes les attentions au niveau médiatique, il ne faut pas oublier que 67 % de sa population à moins de 30 ans. Ce qui est très jeune et la roue tourne…

Rami Hassoun utilise la danse comme un vecteur (2)

Rami Hassoun utilise la danse comme vecteur. © Jean Combier

« Le message du spectacle sera très concret »

Vous menez des projets à la fois politiques et artistiques…

Depuis quatre ans, j’ai toujours eu des projets conceptuels ou engagés. Ma première œuvre dirigée dans l’activisme créatif et engagé dans le propos syrien était un cours métrage sorti en avril 2012 : « You don’t fit for freedom ». Il avait été diffusé au Festival Sens Interdit au Théâtre des Célestins en Automne dernier, à la télévision Orient News. Cela ma engagé dans une voie tout autant politique qu’artistique. J’ai développé ces pôles avec une recherche technique, politique et intellectuelle pour comprendre le pourquoi du comment. D’autres personnes m’ont aidé dans ces recherches comme le chorégraphe Alexandre Del Perrugia ou Dominique Audin qui m’ont apporté d’autres réponses. Mais je reste maître de mes choix.

Parlez nous de la manifestation artistique du mardi 3 juin…

J’ai choisi cette date – qui est aussi celle des élections – pour être en coordination totale avec cet évènement à portée nationale et même internationale. Le but est de marquer les esprits. C’est une collaboration entre la Compagnie Danse Hassoun et le CISLD (comité d’information pour une Syrie libre et démocratique). J’ai fait beaucoup d’appels aux participants éventuels via les réseaux sociaux et nous attendons de voir ce que cela va donner.

« La solidarité associative est encore très présente »

Comment allez-vous mettre en forme la thématique ?

Nous allons installer un bureau de vote fictif sur la place des Terreaux avec une boite encadrée par trois militaires. Puis arrivera le cheminement de deux chaînes de soldats différentes accompagnant des civils évoluant en chaine comme des esclaves. Certains de ces civils réussissent à s’en écarter et à sortir de cette chaîne pour interpréter une danse ayant pour thématique la liberté. Ces derniers sont récupérés par les militaires qui les amènent au bureau de vote en leur pointant un pistolet sur la tempe pour les inciter à voter. Sur ce bureau de vote, on lira « vote Bachar or die ». Une fois qu’ils auront voté par obligation, les civils sont alignés sur la place publique puis exécutés fictivement. C’est donc très concret et épuré : le but de cette manifestation artistique politique.

Au niveau local, la solidarité pour la Syrie est-elle toujours aussi intense ?

Depuis « La Marche pour La Syrie » en mars 2013, je n’ai plus retravaillé avec Free Syria Lyon, mais cette association continue un engagement très actif au niveau humanitaire. Ce qui   demeure très important. Chaque jour, les extrêmes dans l’horreur et la détresse sont dépassés au niveau des populations et ils s’amplifient. En ce qui me concerne avec la Compagnie Danse Hassoun, je me base sur un travail politique et artistique. Il y en a d’autres à Lyon à part Free Syria et le CISLD et les engagements de chacune des associations lyonnaises sont très importants.

Des mises en scène symbolique pour faire passerv le message

Des mises en scènes symboliques pour faire passer le message

Voir aussi : http://www.ramihassoun.com/

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr