Face aux menaces qui pèsent sur leurs camarades de classe sans-papiers, Adeline et Barbara, deux lycéennes de Vaulx-en-Velin, membres de RESF, se sont engagées dans la lutte contre l’expulsion. Portraits

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Adeline Bingue et Barbara Bacoup n’ont que 17 ans. Elles sont en terminale Bio services au lycée professionnel Les Canuts à Vaulx-en-Velin. Depuis janvier, elles se soulèvent contre les expulsions des élèves sans-papier, un investissement qui demande beaucoup d’énergie. A quelques semaines de passer le baccalauréat, je les ai rencontré entre deux révisions, sur le terrain des revendications.

Quand je les ai aperçues la première fois, elles me sont apparues comme deux jeunes filles sages, loin des problèmes de notre société. Puis quand je les ai entendues parler de lutte contre les expulsions des élèves sans-papier, j’ai su que je m’étais grossièrement trompée. Adeline et Barbara maîtrisent parfaitement leur sujet. D’ailleurs, elles sont même membres de RESF (Réseau Éducation Sans Frontières) depuis cinq mois.

« Ça a commencé quand la police des frontières est venue interpeller chez elle Alarimia, une amie du lycée d’origine comorienne. Heureusement, la police ne l’a pas trouvée, commencent les deux jeunes. On ne comprend pas, toute sa famille à la nationalité française. Elle est la seule à être née aux Comores. Alors la police lui a demandé de retourner dans son pays natal pour effectuer un test ADN et prouver qu’elle est bien la fille de sa mère. » D’ailleurs, cette affaire fera même l’objet d’une grève des professeurs dans leur lycée en janvier. Par la même occasion, les deux élèves apprennent que leur amie comorienne n’est pas la seule sans-papier de l’école. Touchées par cette nouvelle, Adeline et Barbara entrent dans la lutte contre les expulsions des élèves sans-papier.

Elles se mobilisent alors contre l’arrestation de Dato Makaratze, élève de 24 ans d’un autre établissement de la Croix-Rousse [ndlr : IVe arr. de Lyon]. « Il a été contrôlé dans le métro avec une fausse carte d’identité puis a fait presque quatre mois de prison. A la fin de sa peine, les policiers l’ont escorté directement au centre de rétention de Saint-Exupéry, près de l’aéroport, me raconte Adeline. On est déjà allées manifester devant le centre, il y a des barreaux aux fenêtres et un grand grillage de fil barbelé. Des petits bras nous faisaient coucou par les fenêtres », se souviennent-elles.

« On a des tas d’amis et de camarades du lycée dans cette situation. Je me dis que s’ils ont quitté leurs pays, c’est qu’ils avaient des difficultés, lance Barbara. La police pense que Dato porte un faux nom. Quand il a été interpelé, il a raconté aux autorités qu’il venait d’Ukraine puis ensuite de Géorgie. Il est resté deux semaines au centre de rétention puis ils ont du le relâcher car l’Ukraine lui a refusé l’autorisation de laisser passer. Tout le monde suspecte qu’il vient d’Israël, ajoutent les deux filles. C’est un pays en guerre, une zone rouge. Ils ne peuvent pas l’envoyer là-bas, c’est trop dangereux », croit savoir Barbara. Adeline n’est pas du même avis. « Moi, je crois que si les autorités françaises veulent s’en débarrasser, ils tiendront pas en compte ce facteur. »

Aujourd’hui, les filles s’inquiètent du sort qui sera réservé aux élèves sans-papiers quand l’école sera finie. Alors, dès que possible, elles assistent aux réunions de RESF pour se tenir à l’heure des prochaines actions.

Naima Daira