Pockemon Crew, c’est d’abord une compagnie de breakdancers lyonnais qui a marqué le milieu du hip-hop depuis les années 2000. Plusieurs fois champions de France, d’Europe et du monde en battle, ces duels avec d’autres compagnies de hip-hop, les ″Pockemon″ sont devenus des références. Mais en parallèle ils ont aussi investi avec succès les salles de spectacles pour présenter leurs propres créations chorégraphiques. Aujourd’hui, ils reviennent à Lyon les 29 et 30 septembre prochains pour un spectacle inédit, «Pockemon Crew & Friends ». À cette occasion, le Lyon Bondy Blog a rencontré Riyad Fghani, le directeur artistique de la compagnie. Il a pu nous en dire plus sur ce spectacle qui s’annonce étonnant et détonant.

 

Lyon Bondy Blog : Le nom de votre nouveau spectacle laisse penser qu’il va s’agir de retrouvailles. Vous pouvez levez un peu du mystère pour nous ?

Riyad Fghani : « Le point de départ de ce spectacle c’est un des gros défauts de notre compagnie. Depuis les débuts du Pockemon Crew, on a été invités pour faire des représentations partout dans le monde. Et jusqu’à maintenant on avait jamais organisé quoi que ce soit pour rassembler tous ces gens qui nous ont aidés durant notre carrière. Ce spectacle c’est un peu un juste retour des choses, pour tout ce que les gens à travers le monde nous ont apporté. Donc le plus important dans Pockemon Crew & Friends, c’est bien ″Friends″ ».

À quoi peut-on alors s’attendre pour ce spectacle ?

« Pour cette première édition, on n’a pas voulu être trop ambitieux. On a invité ″seulement″ nos amis Français. Il y aura de la danse hip-hop bien sûr, mais aussi du cirque et peut être – on est en train de régler les derniers détails – du stand-up. Avec la motivation de tout le monde, on va faire quelque chose de pas mal ! Et si cette édition marche bien, on espère le refaire chaque année et inviter les gens à l’étranger qui nous ont aussi soutenus. Si on arrive à tous se retrouver sur scène et proposer un spectacle inédit au public lyonnais, j’en serai très fier ».

Vous avez aussi voulu donner un caractère solidaire à votre spectacle en reversant une partie de la recette au Centre Léon Bérard, qui œuvre pour la lutte et la recherche de traitement contre le cancer. Pourquoi ?

« Au mois de décembre, on intervient chaque année au Centre Léon Bérard, pour voir les enfants, danser et les amuser. C’est très bien mais souvent je suis frustré car je me dis : ″on a dansé, on leur a donné un peu de bonheur et on est partis″. Je voulais aussi aider durablement, apporter un soutien supplémentaire et donner notre part pour la recherche. On ne va pas changer le monde, mais si chacun met la main à la pâte on peut essayer de faire avancer les choses.

Mais le public ne le saura pas forcément parce que ce n’est pas inscrit sur les affiches. On ne le dira qu’à la fin du spectacle. Car pour moi il ne fallait pas que ce soit un argument de vente, je voulais que les gens viennent spontanément, passent un bon moment, s’éclatent et se disent à la fin que le billet qu’ils ont payé va aussi servir à quelque chose d’important ».

Ce spectacle, vous aviez en tout cas la volonté de l’organiser à Lyon et pas ailleurs ?

« Tout à fait. On est très attaché à Lyon car c’est nos racines, on a commencé dans la rue puis sur le parvis de l’Opéra. Mais aujourd’hui comme on est souvent en tournée, on se fait un peu oublier du public ici. Parfois je rencontre des gens qui pensent qu’on n’existe plus car ils ne nous voient plus. Et bien non, c’est juste qu’on est en tournée. Donc si on m’avait proposé de le faire à Paris, pour moi ça n’aurait pas eu de sens. Et puis on veut apporter quelque chose au public lyonnais et des alentours qui nous a toujours soutenu ».

Ça c’est toujours bien passé entre vous et le public d’ici ?

« Sincèrement c’est hallucinant d’avoir eu autant de gens qui nous soutiennent, qui viennent nous voir, qui s’inquiètent dès qu’on s’absente… D’avoir cette attention du public lyonnais, de Rhône-Alpes au sens large, ça nous touche beaucoup. Et puis les gens ont suivi notre parcours : récemment j’ai rencontré une personne qui m’a dit ″la première fois que je vous ai vu, c’était il y a quinze ans sur le parvis de l’Opéra et là je viens de prendre mon ticket pour votre spectacle″. C’est quelque chose qui fait plaisir. Que des gens nous suivent depuis nos débuts, l’histoire est quand même jolie.

Et puis il faut savoir qu’à nos débuts les programmateurs étaient assez difficiles à convaincre. À chaque fois qu’ils ont fini par revenir vers nous c’était suite à une demande du public. Si on existe, c’est grâce au public. Tout ce qu’on a aujourd’hui, on le doit au public ».

Aujourd’hui, vous en êtes à votre septième création artistique. Lorsque vous regardez en arrière, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

« L’histoire est belle car on avait aucune idée de ce qu’on allait faire. La plupart d’entre nous avaient quitté l’école assez tôt, moi je faisais la plonge dans un restaurant. On dansait par passion, sans véritable objectif. Et puis grâce à notre entrée en résidence à l’Opéra de Lyon en 2003, on est arrivé dans ce milieu artistique, mais sans forcément en comprendre les codes et avec personne pour nous les enseigner.

Je regrette qu’on nous ait beaucoup critiqué à l’époque pour ça : ce n’était pas assez mature, pas professionnel, etc. Mais en même temps personne ne nous a transmis ces codes. C’est tout seul en étant à l’Opéra, en observant les chorégraphes avec leurs danseurs que j’ai appris l’espace sur scène, comment mettre un danseur en avant, comment travailler en groupe, etc. Donc je suis fier de ce qu’on a fait, de notre détermination. Pour des gamins des quartiers populaires, aujourd’hui on vit de notre art, on a fait le tour du monde, c’est une belle histoire. On va maintenant essayer d’aider la nouvelle génération à vivre ça aussi ».

Si un jeune danseur veut vous rencontrer, il n’a qu’à se rendre sur le parvis de l’Opéra ?

« Oui, comme ça se fait depuis le début. Aujourd’hui, il y a une trentaine de danseurs dans la compagnie, dont vingt qui sont professionnels et gagnent leur vie grâce à la danse. Tous sont venus un jour sur le parvis, ce sont tous des jeunes qu’on a formé et intégré petit à petit ».

Quel est le futur proche pour le Pockemon Crew ?

« On reprend en ce moment les tournées en France et à l’étranger. Bientôt il y a la présentation à Paris de notre spectacle Hashtag 2.0. Et puis là je suis en train de travailler sur un nouveau spectacle, avec une compagnie étrangère. Ça sera une fusion de nos deux groupes. J’ai hâte, j’espère que cela verra le jour en 2019 ».

Propos recueillis par Thomas Sévignon

 

 

Infos pratiques
Pockemon Crew & Friends
Le 29 et 30 septembre 2017, 20h30
À la Bourse du travail, Lyon 3ème
Métro Place Guichard (ligne B)