Rencontre avec Oz Dezeta, rappeur lyonnais actif depuis plus d’une décennie. A l’occasion de la sortie de son EP « Mettre Les Gaz » et de nombreux projets à venir, ses différentes formations et son actualité de plus en plus chargée, le rappeur prend le temps de partager avec le LBB son enthousiasme et son énergie lors d’un entretien découverte.

Bonjour Oz, tu peux te présenter pour commencer ?

Je suis un pur Lyonnais, je suis passé par pas mal de formations. J’ai pas mal trainé à la MJC de Vénissieux à l’époque où il y avait un gros foyer de MCs. Mon premier groupe c’est La Brume avec mes potos Versus et Sirocco. Groupe qui est toujours d’actualité, c’est un « groupe d’amitié », ça fait un moment qu’on n’a pas fait des choses ensemble, car j’avais des projets de mon côté. Donc voilà, beaucoup de formations, de groupes, de styles différents, toujours hip-hop à la base. En 2004-2005, j’ai tourné avec une formation qui s’appelle Allchimist avec Z-toon, un pote du quartier, et avec trois gars de Vénissieux avec qui on a monté un groupe un peu hip-hop, soul, funky. C’était vraiment spécial en fait. Ça m’a fait progresser de travailler avec tout ce monde. Chacun avait sa propre force, sa propre prestance au niveau du flow et ça ça me plaisait vraiment de voir un truc qui sonnait déjà professionnel dans le milieu amateur.

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“La Brume ça a commencé comme ça, des freestyles un peu sales”

T’as commencé quand dans le rap ? 

Déjà j’ai commencé par l’écriture. C’est aux alentours de 20-22 piges que j’ai écrit mes premiers vrais textes. Je posais sur des sons qui tournaient déjà, je rappais par dessus comme un gamin jusqu’à tomber sur mon pote Versus qui a grandi aussi au quartier. Il m’a présenté des potes à lui à Croix Rousse, rue Bouteille chez le poto Sirocco. On a fait présentation et j’ai kiffé, c’était de l’amusement. On posait avec les petits micros à main qui font genre 5 mm de diamètre. La Brume ça a commencé comme ça, des freestyles un peu sales. On se voyait les vendredis, petit à petit ça a pris plus d’ampleur.

Entre temps, je me suis mis en lien avec la MJC qui montait une structure qui s’appelle « Les Orphelins de la Rue ». J’étais en plein dans le montage de la structure ce qui m’a mis sur un chemin où je découvrais, j’apprenais. Je commençais à voir des MCs dans tous les sens, du matos, des choses que je ne voyais pas avant et qui me semblaient même inaccessibles.

“Lacrim, à l’époque c’était le style lyonnais ça”

La scène lyonnaise vit, tu pourrais nous en parler de ton point de vue ?

Ça bouge grave dans cette ville. Après tu vois qu’il y a toujours eu des foyers dans la région, « des zones dormantes » qui se réveillent, qui se créent. Y’a vraiment du monde depuis très longtemps en fait. La différence c’est que j’ai l’impression qu’aujourd’hui y a de plus en plus de techniques. Du coup je me dis que les petits commencent a bien kicker. Non pas qu’à l’époque ce n’était pas le cas, mais c’était moins mathématique. Je remarque que la province — comme ils disent — est une sorte de laboratoire. Je vais citer des artistes qui marchent aujourd’hui sur la scène française comme des Lacrim ou autre, à l’époque c’était le style lyonnais ça ! Le style de rue parlé comme ils le font aujourd’hui, on disait que c’était du rap crapuleux à l’époque. Mais bizarrement avec le recul, à 10-15 ans d’écart, la capitale pioche en province les idées et le met en mode bien carré, mathématique. Et le truc déchire. Ils disent qu’ils arrivent avec une nouveauté, mais ce que j’entends aujourd’hui, c’est déjà vu. Comme si le rap lyonnais était en avance au final.

Par rapport à ton univers, tu crées beaucoup, tu peux nous parler un peu de ton univers dans le rap ?

Ce qui me fait kiffer c’est d’aller chercher des choses nouvelles. Je ne me mets plus trop de barrières dans ce qu’on peut appeler le rap maintenant. Je m’éloigne de plus en plus de ce terme-là. Je préfère me rapprocher du terme « je fais de la musique ». Après le rap, c’est une histoire technique. J’ai pas envie de me fermer : je chante, je rappe, je fais du ragga. Dans mes compos, je suis loin d’être uniquement hip-hop. Très souvent on me dit t’as des compos de films, des ambiances un peu bizarres. J’ai grandi en écoutant un peu de tout, vraiment. J’ai pas écouté du rap, mais ça m’est venu plus tard de n’écouter que du rap. À la base, c’était tout de chez tout. Et je pense que ça se retrouve dans ce que je fais aujourd’hui.

Je me sens encore un peu au début en fait. Même au bout de 10-15 ans je commence à peine à maîtriser et comprendre deux trois trucs. À une époque, je faisais vraiment du rap plus jeune, pour mon quartier. Maintenant, j’essaye d’être plus large niveau texte.

C’est plus facile de commencer dans le rap aujourd’hui ?

Ouais carrément. À l’époque il fallait des micros et du matériel pas faciles à avoir. Aujourd’hui, tu peux avoir du matériel pour enregistrer qui ne va pas te couter plus de 250-300 euros, tu vas avoir ta petite table, carte son, etc. Tu peux enregistrer chez toi.

J’écoutais beaucoup de musique gamin. Mon père avait une grosse collection de cassettes, vinyles. Par lui j’ai beaucoup découvert, notamment des choses plus pop Rolling Stones, Beattles, le fait d’avoir des tonnes de cassettes, etc.

Et puis j’ai eu mon poste cassette, mon gars ! Je sais plus quel âge j’avais, j’étais gamin. Ça a été une révolution pour moi. J’ai ce souvenir de dormir avec mon poste. Me lever avec mon poste, mettre des cassettes toute la journée, c’était mon ordi de l’époque !

“Sans être prétentieux, mais je pense que j’ai un futur de crooner. J’ai une voix pour, je sais que j’ai encore beaucoup de choses à travailler, plein de délires sur lesquels j’ai envie de partir.”

Parle-nous un peu plus de tes projets passés ?

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai un très gros manque de confiance en moi. Mais en 2012 j’ai commencé à balancer le projet « New-Old » où j’étais avec un collègue bassiste. C’était un projet acoustique donc j’étais plus dans un trip rap-chant et plus tard j’ai balancé 3-4 projets ou j’étais à la prod. J’ai sorti ces projets, car j’avais un besoin de me créer une sorte de CV. Attention c’est pas pour bâcler les choses !

 

Mon l’EP « Mettre Les Gazs » est le 5ème que je sors. « New-Old » est sorti en 2012 et je suis à la prod de 4 EP. Je suis dans la phase où je sais que ce que je fais est travaillé, mais pas encore assez, car y a pas encore forcément les moyens. Je tourne aussi avec des groupes comme le Son étrange qui ont de l’expérience.

Tu disais avoir commencé à écrire bien avant de te mettre au rap, est-ce que tu aurais comme projet dans l’écriture autre chose qu’en lien à la musique ?

Y’a rien pour l’instant, mais j’y ai pensé plein de fois. J’aime beaucoup écrire et j’ai des phases où j’écris des petits poèmes. J’aime bien ça depuis grave longtemps. Après je ne suis pas un littéraire, je ne lis pas trop. Mais les choses que j’arrivais à lire, justement, étaient des poésies parce que c’était le format court et efficace. Dans le futur pourquoi pas. Avec le temps, tu te rends compte des liens entre chaque discipline. Musique-écriture, écriture-ouverture, tu peux partir dans tellement de choses. Les mots ont une force de fou, la pire ou la meilleure des armes. Y a des choses à faire, mais j’y suis pas encore !

Toi dans la musique en général, t’écoutes encore du rap us ? C’est quoi tes influences ?

En fait je n’ai plus forcément d’influences. Je suis dans le trip ou j’aime voir tout ce qu’il se passe, même ce que je n’aime pas. Comme Kery James le dit bien, « je suis pas là pour dire ce qu’ils veulent entendre ». Cette phrase-là veut tout dire. Je suis dans cette optique. Y’a aussi le délire garder son entité, être patient, soit tu suis la tendance et tu seras qu’un suiveur, soit tu gardes ton cap.

Et concernant le statut d’indépendant, c’est quelque chose d’important pour toi, que tu souhaites conserver ?

Signer pourquoi pas, mais pour de la distribution. Je veux vraiment garder mon indépendance. Je veux pas avoir quelqu’un pour dire « sur cet album tu vas plus chanter, la tu vas plus rapper ». Non ça c’est à moi de décider. C’est moi et mon humeur. Je kiffe mon côté indépendant. Sur la scène lyonnaise, j’ai collaboré avec pas mal de monde, mais je tiens très souvent à dire, rappeler que je suis indépendant. Je peux bosser avec n’importe qui du moment que ça me plait, mais je suis indépendant. Je mène ma barque. 15 ans comme avec des montées descentes, y’a un moment faut que ça serve, ça me rend de plus en plus fort, mais c’est à double tranchant. Pour l’instant, y’a un gros côté thérapie. Depuis quelques années repartir dans un cycle normal, des choses qui me plaisent me font du bien je me dis c’est bien. Y a pas forcément l’oseille, mais à la base c’est quand même ça le but, être heureux un minimum. On est dans une grosse ville c’est un peu Babylone, il faut de l’argent, mais y’a un temps pour tout.

Tu as des thèmes que tu abordes plus que d’autres ? Des choses que tu mets en avant ?

J’ai une manière d’écrire qui est très large, pas dans le sens prétentieux. Dans un 4 mesures je vais pouvoir faire des nuances, je vais pas dire les choses, mais ça va coller à pleins situations. Genre balancer une phrase qui fasse se poser des questions. Souvent sur fond de système en général on va dire.

Tu suis l’actualité ? Ça te sert pour tes textes ?

Je dois m’en servir indirectement, mais moi j’ai pas la télé donc je suis un peu en dehors du bordel. Mais c’est comme la musique, j’ai un ordi donc le matin je regarde la Une je sais ce qu’il s’est passé la veille. Ça me sert surement parce que de toute façon l’actu en général se ressemble. Tu regardes le 20 h d’aujourd’hui ça va être le même qu’il y a 10 piges à quelques choses près. Ça m’inspire surement, mais c’est la vie aussi qui inspire. Je prends tout, pas de barrières.

On parle de l’écriture, mais tu fais aussi beaucoup d’impro, c’est venu comme ça ? C’est quelque chose que tu as voulu le cultiver ?

Je crois que c’est venu un peu naturellement. L’impro c’est peut être lié au fait que je sois tombé avec des équipes avec qui on avait l’habitude de freestyler. Y’a des teams plus basées sur les prods ou les textes, ou la performance. Je me rappelle des équipes avec qui l’impro est devenue comme une spécialité. Mais c’est vrai que j’adore ça, même si c’est super aléatoire tu peux avoir des phases de merde, mais quand un bon freestyleur te sort un texte efficace, c’est de la folie.

Justement le freestyle, autrement la vraie improvisation, c’est pas un peu en train de se perdre ?

Beaucoup de « freestyles » maintenant, c’est juste des textes. Le terme est faussé aujourd’hui. De improvisation, on en a fait freestyle. Et maintenant on retient le côté « free ». Aujourd’hui les gens balancent freestyle, mais c’est des textes. Pour beaucoup maintenant c’est arriver sur une prod différente et balancer un truc. J’ai pas envie de rentrer dans les délires vrai ou faux freestyle. Mais c’est vrai que l’impro, y’en a moins. Mais les vrais freestyleurs, tu les détectes direct. Ils vont tout de suite te faire des références en te parlant de ton gilet bleu, de la bouteille à côté. Y’en peu mais y’en a quand même. À Lyon je me sentais super balaise, mais je me suis aperçu que y’en avaient quelques uns qui pourraient me mettre la fessée dans un beau jour (rires).

J’aime cette discipline. Autant parfois c’est festif et des fois c’est la soirée magique, dans une concurrence positive avec du respect ! Un vrai freestyleur sait que quand le type n’a pas le temps de réfléchir et qu’il te sort une rime folle, improbable et que t’enchaines ça fait super mal. C’est une force de fou.

C’est important la scène pour toi ? C’est indispensable ?

Ouais complètement, je kiffe ça. Mais je sens que je suis encore novice et que j’ai du boulot là-dessus. Je fais une différence entre la scène et le studio. Beaucoup de mes sons ne vont pas ressortir de la même façon sur scène qu’en studio. J’ai une manière de faire avec mes vocalises qui fait qu’il me faudrait limite une structure avec deux choristes. Mais bon j’adore ça, toujours la grosse boule au ventre avant, mais quand tu commences, t’es obligé de terminer. C’est une sensation de fou furieux. Tu peux avoir de vraies sensations de transe. C’est une drogue, un instant pur. Avec le Son Etrange on a fait des scènes avec du bon son, du bon matos. T’es moins stressé de ne pas t’occuper des trucs à côté. C’est le genre de scène si tu faiblis un peu, t’as l’ingé son qui est toujours là avec son doigt sur le bouton à faire ses réglages. C’est la crème.

Et la scène qui t’as le plus marqué ?

J’ai bien aimé l’an dernier aux abattoirs avec le Son étrange. J’ai aussi bien kiffé, quand j’étais avec un groupe de Vénissieux la BledSide pendant un petit moment, les Nuits Métisses à Vénissieux. Il y avait la grande et la petite scène. Nous on jouait sur la petite, mais c’était à Vénissieux en fin d’été ! Toute la ville est descendue, y’avait 5 000 personnes. C’était le bordel. Quand t’es à plusieurs en plus c’est mortel. C’était y’a 10 piges, mais j’en garde un bête de souvenir. J’ai plus fait des petites scènes underground, mais pas tant que ça en vérité.

En janvier, j’ai eu le projet « Bangui », premier EP 7 titres fin décembre début janvier. En février 2015, le projet « Nouchimowitz ». Là je sors « Mettre les Gazs » prochainement. Je sors « BlablaJahman » le projet reggae avec le poto IBR dans un mois. Je vais enchainer pour essayer de préparer un gros album bien fat pour 2015-2016.

Je ne suis pas dans la course au buzz. J’ai plus envie de préparer 2016 avec une nouvelle optique en tête et qu’en 2015 les gens puissent identifier OZ Dezeta. Les gens doivent se demander ce que je fais, d’autant qu’à un moment, je faisais de la vidéo avec ma grosse caméra donc on croyait que c’était mon taff ! Oh je fais du rap (rires) ! Mais d’ailleurs j’ai des putains d’images de fou !

 

Dans quelle discipline tu t’éclates le plus ? Production, scène, écriture ? En solo ou en équipe ?

C’est super aléatoire, y’a pas de règles. Quand t’es tout seul, t’as le temps de chercher, tranquille. Très souvent, quand je suis avec des potos, c’est pas péjoratif, mais y’en a toujours un qui va dire : « Tu devrais rajouter ça ou ça ». À des moments c’est des bons conseils et parfois ça te fait bugger, parfois t’avais des prétentions pour le truc et ça te change ton délire. Donc ça dépend en fait. Plein de fois je me suis retrouvé à travailler avec des gars qui m’apprenaient des trucs et ça fait plaisir. Forcément quand t’es à 4-5, y’a un thème que tu choisis en groupe.

 

Partir en tournée, faire une première partie de quelqu’un et mettre de côté l’écriture quelqueLabel_CD_impression temps pour la scène, ça te tenterait ?

C’est pas facile de vouloir tout faire, je me fais aider aussi, mais du coup c’est chaud en vérité de tout gérer. Ce que j’aimerai après avoir balancé mes trucs c’est partir sur une tournée. Des scènes y’en a si tu bouges. Je sais que mon truc peut tourner tranquille donc c’est dans la prochaine étape. Y’a beaucoup de choses dans ma tête, ça bouillonne grave, j’te jure (rires) !

Comment on fait pour te suivre ?

Je suis en train de monter un site, sinon sur la page Oz dezeta sur Facebook. Mais bon pour l instant même pour la distribution y’a rien. C’est du main en main. Je me débrouille comme je peux, mais là pour l instant j ai des trucs sérieux a faire dans la musique et je veux continuer dans ce sens la pour l’instant.

https://www.facebook.com/oz.dezeta?fref=ts