Le label indépendant crée par un artiste ayant vécu à Lyon s’engage dans une véritable ascension. La structure musicale basée à Sarcelles présente un panel d’artistes ambitieux déterminés à passer les échelons à travers une ligne artistique bien définie. Découverte.

Le rap indépendant est un élève rebelle ou anti-libéraliste qui a généré de grands noms comme Assassin ou Lunatic. Il ne va pas dans le sens des puissantes majors où les directeurs artistiques dictent chaque ligne. Cependant, ses capacités à mettre en lumière des talents validés par le grand public se confirment de plus en plus.

Mat Rack Records a été crée en 2002 à Sarcelles la ville du groupe mythique secteur A et du styliste urbain Mohamed Dia. Elle compte pas moins de cinq artistes tous originaires de l’archipel des Comores : le fondateur Lhadi Bakari, Babal, Jahmal Kraken, Twabrane et Nejma. On compte aussi des ingénieurs du son et des beatmakers reconnus comme Lesster et Tapha qui travaillent dans un studio flambant neuf ouvert en novembre 2015.

Mat Rack Records, un projet humain

Lhadi Bakari (35 ans) rappeur et producteur est l’un des personnages-clés de la structure. Il a vécu à Chalon-sur-saône puis en banlieue lyonnaise à Vaulx-en-Velin. C’est avec le groupe C-99-C qu’il éclot sur la scène hip-hop francilienne à Sarcelles avant de tenter l’aventure de la production.

« J’ai commencé vers 1998 et c’est Babal, l’un de nos artistes qui m’a poussé dans le bain. A l’époque je vivais encore à Chalon-sur-Saône. On faisait du son pour le plaisir tout simplement. Mais lorsqu’on a assuré la première partie de La Brigade avec IPM en 1999, on a compris qu’on pouvait fait faire quelque chose dans la musique. »

Babal a vécu à Villeurbanne près de six ans. C’est ici qu’il a rejoint le collectif Animal Cromagnon avec le rappeur Flash Boomer. Il se considère comme un artiste conscient influencé par Time Bomb, NTM ou IAM. Présent chez Mat Rack Records depuis deux ans il prépare un nouveau projet pour courant 2017 « Mes regrets progressent ».

« Chez nous, il y a une base qui est solide. On se connaît depuis tous jeunes et on a fait nos premières bêtises ensembles. On continue de s’appeler tous les jours tout en se voyant une fois par mois au studio. Musicalement nos chemins se sont décroisés mais humainement on est resté ensemble. »

Les projets notables du label sont les compilations « Saigneurs du micro » en 2002 avec le groupe mythique lyonnais IPM et « Retour en zone » en 2004 en collaboration avec Skandalize où s’illustrent de grands noms comme RSK-P, C-99-C, La brigade, Injection lyricale avec H Magnum, Boss One…

Le retour au premier plan de « La Mat Rack »

Après la compilation « Retour en zone », Lhadi Bakari a pris une pause musicale pour se consacrer à sa famille et s’offrir un certain recul. Il revient avec le projet « Les conséquences de mes actes » et le titre « Les conséquences » téléchargé près de 4000 fois. C’est en fait le prélude d’un EP titré « Ma réalité » qui sort le 14 octobre prochain.

« Le label s’est structuré et j’ai eu envie de prouver que ce qui ne m’a pas tué hier ne me tuera pas aujourd’hui. »

La ligne de travail chez Mat Rack Records est relativement changée. La communication sur les réseaux est bien rodée. Preuve en est la préparation des projets de chacun des artistes comme « Ma réalité » qui a mis deux ans à être conçu. D’autres artistes se positionnent comme Twabrane dont le titre en comorien « Rike N’dro » et son clip sortis cet été ne sont pas passés inaperçus au sein de leur communauté. Le chanteur résidant à Toulouse est aussi l’ancien auteur d’une certaine Sheryfa Luna (Je reviendrai 2009) et pour La Fouine sur la mixtape Capitale du crime 1 (Un frère ça ne se remplace pas 2008).

” Le compositeur de notre label Tapha est très eccléctique et ça donne tous les styles mélangés, cependant on reconnaît toujours sa patte. » insiste Lesster l’ingénieur du son.”

La « Mat Rack » participe également au concours de freestyle lyonnais One Again Tremplin. Elle offre une journée d’enregistrement en studio au vainqueur. Ce qui permet au label de porter un regard concret sur le rap lyonnais. Lhadi en était l’un des jurys principaux en 2016 :

« Le One Again Tremplin a donné une bonne direction à mes projets car apporter mon aide à des jeunes, cela m’a permis de percevoir leurs difficultés. On se rend compte qu’ils misent leur avenir musical à travers des producteurs comme nous.»

Lhadi Bakari insiste sur son désintéressement de l’argent. Il se dit passionné tout d’abord par la musique, ce qui renforce le caractère indépendant de son activité. Ainsi, il compte mener son label et ses artistes vers une véritable reconnaissance du grand public.

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr