Le festival Revoluson R, qui s’est tenu à Lyon du 12 au 16 mai dernier, a rassemblé de nombreux artistes hip-hop venus des pays arabes

. La rappeuse libanaise Malikah a enflammé le festival de sa voix et de son charisme. L’une des seules représentantes féminines, avec la DJ tunisienne Missy Ness, revient sur son parcours de femme et de militante. Rencontre.

Sur la scène, la rappeuse aux yeux azur et au chignon serré bluffe les novices par un flow entraînant émanant d’un véritable charisme. Sa capacité à mettre en avant ceux qui l’accompagnent s’affirme au fil des couplets. La DJ tunisienne Missy Ness est embarquée dans l’aura dégagée par Malikah. Le rappeur libano-palestinien Osloob, qui lui donne la réplique, gagne au fil des morceaux les faveurs du public de la salle Le Croiseur Scène 7 à Gerland. Il Bill Boy, rappeur libanais résidant à Lyon, prévient : « Elle sait faire passer le message quand il faut. Et en tant que femme et artiste, c’est un véritable atout pour le rap arabe. »

2006 : la guerre au Liban et un déclic artistique

Née à Aix Provence, cette artiste atypique ayant vécu toute sa jeunesse au Liban adopte cette voie à 15 ans lors d’une rencontre avec d’autres MC’s libanais. Ils formeront le groupe The Westsiders. La rappeuse de 29 ans, qui est aussi chef de projet dans la publicité à Dubaï, a d’abord baigné dans le hip-hop américain, mais aussi français. À ses débuts, elle utilise Lix comme prénom de scène.

Osloob,Diaz, Il Bill boy, Royal S, Malikah, Refugees of Rap

Osloob,Diaz, Il Bill boy, Royal S, Malikah, Refugees of Rap

C’est en 2006, lors de la deuxième guerre du Liban, qu’elle change de nom de scène et devient Malikah. Elle décide d’écrire une chanson en anglais destinée au peuple « Ya Lubnan » (2006). Un morceau que même les membres du Hezbollah écoutent au sud du pays. La rebelle revient alors à sa langue maternelle qu’elle présente comme mélodieuse et très complexe au niveau phonétique :

« Quand on veut parler en arabe, on ne peut pas avaler la moitié du mot. On doit donner la valeur à chaque lettre. C’est donc bien plus difficile de rapper en arabe qu’en français ou en anglais, mais ça fonctionne très bien avec le hip-hop. »

S’assumer en tant que rappeuse arabe : un défi gagné

MalikahMalikah reconnaît avoir eu au Liban une situation plus facile que d’autres femmes musulmanes. Mais être artiste hip-hop dans un pays du Moyen-Orient s’avère être un véritable challenge, voire un pied de nez aux idées préconçues. Beyrouth n’est pas si grande que cela et chanter sereinement sur scène devient compliqué. Elle fait ses premiers shows le visage caché par un chapeau pour ne pas être reconnue.

« Chez nous, les femmes n’ont pas connu de problèmes avec le public et la scène, mais peut-être avec les gens plus âgés ou extrémistes dans la religion. C’est normal. L’appréhension vis-à-vis du rap est un peu plus marquée à cause d’une crainte de l’américanisation. »

Elle considère que malgré ces mentalités, elle n’a finalement pas eu de problème à s’épanouir dans son pays. À part un opus éponyme sorti avec le groupe 961 Underground, la rappeuse aux yeux bleus reconnaît ne pas avoir ressenti le besoin de sortir un album à elle. Mais d’autres singles notables sont Sam Bel Dam (2006) et des clips prenants par la portée de leur message comme le duo Jab’Aar (avec Bu Koltoum) et plus récemment 7Akakeen (2014) témoignent d’un parcours accompli depuis presque une décennie.

Défendre l’identité arabe avant tout

La plume de son stylo se pose sur des thèmes plus généralistes que politiques : « Tout m’inspire. Il faut parler des problèmes sociaux autres que la guerre ou la politique. Je suis contre les rappeurs qui s’attèlent à raconter ce qui se passe chez nous, car tout le monde est déjà au courant de notre situation. »

« C’est une chanteuse qui sait allier le fond et la forme, ce qui est rare chez les rappeurs à message. Ils négligent souvent la forme ce qui n’est pas du tout le cas de Malikah. » Explique Royal S rappeur et animateur radio sur RMC Doualya.

Malikah prône surtout la fierté et l’identité arabe tout en combattant les stéréotypes attribués par les médias occidentaux.

 

Pour aller plus loin

http://lyonbondyblog.fr/LBB/missy-ness-je-devenue-dj-par-esprit-de-rebellion/

http://lyonbondyblog.fr/LBB/il-bill-boy-le-traceur-du-rap-libanais/

 

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr