Ce lundi, un collectif assez particulier s’est rassemblé rue Victor Hugo près de la place Bellecour afin d’exprimer son mécontentement contre un phénomène qui se répand : la propagation des panneaux publicitaires en ville. Ce collectif citoyen qui se fait appeler « Plein la vue » souhaite par ses actions, sensibiliser lyonnaises et lyonnais, mais surtout les élus politiques, aux effets néfastes et malsains de la publicité dans le Grand Lyon.

« Des arbres, pas des pubs ! » tel est le cri de ralliement de Plein la vue, un collectif monté fin novembre dernier à la suite d’une pétition pour diminuer la pollution publicitaire dans le Grand Lyon. Une pétition qui atteint aujourd’hui plus de 9 000 signatures. Un mouvement encourageant pour Benjamin Badouard, porte-parole du collectif qui a participé hier matin au recouvrement de divers panneaux publicitaires rue Victor-Hugo.

(Photo 1 : crédit sources : Benjamin Badouard)

« C’est aujourd’hui qu’il faut se mobiliser sur cette question »

Contacté par Lyon Bondy Blog, Benjamin Badouard est revenu avec nous sur les intentions et les revendications du collectif Plein la vue. « Nous prônons la lutte contre les panneaux. Nous souhaitons la diminution de la pression publicitaire car nous pensons qu’il y a trop de publicités dans les rues. Parfois lorsque nous allons sur Internet, que nous lisons un journal ou que nous regardons la télé, il y a de la publicité, mais au moins cette publicité nous choisissons délibérément de la regarder, alors que dans la rue nous n’avons pas le choix. Il y a des pubs qui s’imposent à nous. Nous parlons de liberté d’expression, mais nous pouvons évoquer également la liberté de réception ». Car aujourd’hui, selon Emmanuel Keo-Kosal, membre de l’association Résistance à l’agression publicitaire, il y aurait entre 7800 et 14 800* panneaux publicitaires qui arborent les rues lyonnaises, dont 40% considérés comme illégaux. L’action menée ce lundi 22 n’était pas anodine. À la même date se tenait le début de la concertation publique pour le Règlement local de publicité intercommunal, qui a pour but de légiférer pour les années à venir la taille, la densité et la mise en place de panneaux numériques dans le Grand Lyon.

(Photo 2 : crédit sources : Benjamin Badouard)

Une invasion nuisible à l’environnement

Le collectif peut se reposer sur le soutien de nombreuses associations et particuliers. Tous sont concernés et tendent à faire entendre leur voix afin de lutter contre cette diffusion intensive de la publicité en ville. Il peut compter également sur les réseaux sociaux grâce au Youtuber écolo lyonnais Vincent Verzat, qui lui aussi s’est montré impliqué dans sa vidéo La Publicité | Le Vlog des gens qui se bougent, datant de fin novembre dernier. L’environnement étant évidemment un thème à mettre en avant dans cette protestation. « Nos actions sont diverses et entres autres pro-environnementales, car ces panneaux sont très énergivores, notamment les écrans vidéo qui vont prochainement faire leur apparition. Par exemple un écran vidéo de 2 mètres carrés consomme quatre fois plus qu’un écran lumineux actuel et c’est l’équivalent d’un ménage de trois personnes. C’est beaucoup trop en termes d’énergie », témoigne Benjamin.

(Photo 3 : crédit sources : Benjamin Badouard)

Une contestation par tous et pour tous

Plein la vue encourage donc lyonnais et lyonnaises à protéger leur ville de cette invasion publicitaire en donnant de la résonnance à leurs propos en écrivant directement aux élus de la Métropole de Lyon. « Nous pouvons dire que nous sommes pro-patrimoine, car nous souhaitons défendre la beauté de nos villes » nous dit Benjamin Badouard. Outre l’environnement et la ville, les premiers à pâtir de la publicité selon lui sont les enfants. « Nous défendons aussi le développement des enfants. Des enfants de cinq ans par exemple qui passent devant des publicités de voitures, de fast-food ou de soutien-gorge, ce n’est pas forcément bénéfique à leur développement. On a pour habitude de dire à nos enfants de s’éloigner des écrans, de la télé, des smartphones ou autres… et là, on va leur mettre des écrans de 2 mètres carrés devant les yeux ». Autres victimes d’après lui, les commerçants locaux. « Toutes ces affiches, à très grande majorité, sont pour les grands groupes. Donc les petits commerçants, eux, y perdent. Il y a près de 630 entreprises sur 3 millions en France qui possèdent 80 % des panneaux publicitaires, donc nous pouvons dire aussi que la publicité n’est pas forcément lucrative pour les petits commerçants ».

À l’avenir, Plein la vue compte bien pérenniser ses actions, toujours dans un contexte de non-violence et de sensibilisation. Des actions encore secrètes, nous dit Benjamin. « Je peux juste vous dire qu’on mènera une action au début du mois de février. Nous serons par exemple au salon Primevère, on sera également présent le 25 mars pour la journée mondiale contre la pub, et puis nous continuons à faire signer les pétitions dans les rues ».

Avec le nouveau règlement, le Grand Lyon risque de voir débarquer de nouveaux écrans vidéo. La ville des Lumières risque donc d’être davantage sous les feux des projecteurs.

*Détail de l’implantation des différents panneaux publicitaires à Lyon:

  • Panneaux de 8m²: plus de 150.
  • Panneaux “sucettes”: 600
  • Panneaux dans les abris-bus: entre 2000 et 4000
  • Panneaux dans les métros: plusieurs dizaines
  • Panneaux grands formats classiques: entre 5000 et 10 000