Le GIP EPRA est mort. Bel et bien. Continuer de réclamer sa continuité ne peut être qu’une réaction affective de rejet de cette réalité. Attitude bien compréhensible après la mort d’un proche. Et l’EPRA fut réellement proche de nombreuses radios associatives. Œuvrant avec elles de longues années au service d’une production radiophonique de qualité, sur les thématiques de l’immigration, contre les discriminations, elle leur a donné les moyens de produire et de diffuser ces contenus, a mis en place un outil remarquable d’échanges de programmes, les a poussé à une véritable exigence qualitative professionnalisante.

logo_epraLe rapport Bouvier

Mais la volonté politique et les financements se sont taris et ont accéléré l’essoufflement de cette belle institution. On ne peut que le regretter, et en particulier le processus qui a consisté à laisser le GIP agoniser si longtemps avant de décider de son sort. Mais l’EPRA n’est qu’un nom, une enveloppe, une forme. Ce qui importe est au final notre capacité de continuer à produire ces mêmes contenus de qualité au service des populations. C’est à ce titre que le rapport remis par Jérôme Bouvier le 5 juillet dernier aux Ministres de la Culture, de la Ville et de l’Intérieur est fort intéressant. Tout d’abord, il est le signe d’une volonté gouvernementale de trouver une suite à ce travail essentiel poursuivi par les radios depuis une vingtaine d’années. Ensuite il préconise une actualisation, une adaptation aux nouvelles pratiques médiatiques, du dispositif qui resterait toujours au service d’une production de contenus de qualité.

Lire le rapport de Jérôme Bouvier : Médias de proximité et diversité

rapport bouvier

Il n’appartenait pas au rapport de Jérôme Bouvier de proposer la renaissance de l’EPRA mais d’en imaginer une suite. Il part donc d’un triple constat : l’existence de 6000 heures de programmes radio produits dans le cadre de l’EPRA ; la présence d’autres acteurs sur les territoires concernés et le peu de visibilité des actions réalisées par le GIP. Aussi propose-t-il :
1. De créer une commission nationale pour le soutien de médias de proximité et de la diversité
2. La numérisation et la mise à disposition des archives EPRA par l’INA
3. La création d’une plate-forme numérique dédiée
4. La mise à disposition d’un lieu pour la production, la mutualisation, la recherche et la formation.

La réaction des ministères

Le 5 septembre 2013, les Ministères de la Culture et de la Ville ont publié une communiqué de presse donnant suite au rapport. Aurélie Filippetti et François Lamy se disent « conscients de l’enjeu des médias de proximité en terme de création d’espaces d’expression alternatifs et de changement d’image des quartiers » et demandent à leurs services de :
•    « Déterminer les conditions de la création et de fonctionnement de la commission nationale de soutien aux médias de proximité dont le principe est retenu, et qui, plus largement, aura pour objet d’améliorer le soutien global aux médias de proximité, de soutenir leur professionnalisation et leur visibilité.
•    Examiner avec l’INA le développement rapide et opérationnel de la gestion des archives de l’Epra
•    Étudier la possibilité de mettre en œuvre la plateforme numérique proposée, et de l’associer à un espace de travail des radios associatives de quartier, en lien avec les collectivités territoriales pouvant être intéressées par ce projet. »

 

Lire le communiqué de presse : Remise du rapport sur les médias de proximité et la diversité

Accompagner le processus

Si de nombreuses questions restent posées quant à la mise en œuvre de ce nouveau dispositif et quant à la manière de procéder aux transitions entre l’ancienne et la nouvelle structure, la perspective semble toutefois tout à fait louable.

Jérôme Bouvier présentait son rapport au Congrès du SNRL le 17 octobre 2013

Jérôme Bouvier présentait son rapport au Congrès du SNRL le 17 octobre 2013 (© Karinaphotos)

Et de fait, parmi les radios, si quelques voix fort attachées à l’EPRA font entendre leur écho déjà nostalgique, l’ensemble des acteurs semble adopter une posture expectative et ouverte, voire volontariste pour accompagner le processus proposé par Jérôme Bouvier. C’est le cas du SNRL dont le président Emmanuel Boutterin estime qu’il s’agit de « la meilleure perspective, il n’y a pas d’autre solution qu’une mutation de la banque de programmes. Nous devons accompagner ce processus pour que les radios continuent de bénéficier d’un dispositif intéressant pour leurs programmes et pour les auditeurs. »

C’est l’avis aussi du réseau MédiasCitoyens dont le président, Patrice Berger, a récemment demandé un rendez-vous aux Ministères de la Culture et de la Ville afin que la voix des dizaines de médias de proximité réunis dans le réseau puisse aider à la mise en place d’un dispositif équilibré et pérenne au profit des médias et surtout des territoires et de leurs habitants. (Lire ci-dessous)

Rendez-vous aux Assises Internationales du Journalisme et de l’Information

Les prochaines Assises Internationales du Journalisme et de l’Information organisées elles-aussi par Jérôme Bouvier devraient offrir une nouvelle étape dans le processus vers un après Epra. Le 6 novembre prochain, à l’Arsenal de Metz, elles proposent un atelier intitulé : « Créer une plateforme numérique commune pour tous les médias de quartier ? Les médias de proximité définissent leurs projets » qui invite tous les médias concernés à venir débattre.

L’enjeu de ce débat sera de réussir à imposer la nécessité d’une communication sociale de proximité au bénéfice des territoires et de leurs habitants, dans le respect des compétences que chaque acteur peut apporter dans ce processus. L’objectif est de continuer à offrir une tribune aux thématiques de la diversité, une voix à tous les sans-voix de notre nation . En prenant en compte toute l’étendue des possibles à l’heure du numérique et de la démocratisation des processus médiatiques qu’ils soient radiophoniques, écrits ou audiovisuels, on peut aujourd’hui imaginer développer des processus d’intelligence collective. Processus où chaque acteur de média citoyens, où chaque acteur de la société civile peut prendre une part constructive. A condition d’accepter de dépasser les divergences sectorielles anachroniques, à condition de s’élever au-dessus des carcans erratiques et stigmatisants depuis trop longtemps imposés à l’action publique en faveur des territoires défavorisés. L’après Epra pourrait être cela : à la fois reflet et acteur des dynamiques en œuvre dans les quartiers populaires et les zones oubliées de la République.

Article par Thierry Borde de Médias CItoyens

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