De plus en plus présent sur la scène internationale, le Qatar est en passe de transformer ses richesses naturelles, financières et colossales, en puissance. Une politique d’investissements tous azimuts et une présence médiatique forte ont contribué à l’émergence de ce petit Etat sur la scène régionale. Seulement Doha ne veut pas s’en contenter et compte bien peser sur les relations internationales. L’influence de l’émirat est déjà perceptible en France, et ce n’est pas seulement le rachat du Paris Saint Germain qui est en cause…

 “Les Français d’origine arabe peuvent nous aider dans notre partenariat avec la France“. Le Qatar semble vouloir parier sur le potentiel représenté par les populations d’origines maghrébines. Le petit émirat précède ainsi les Etats unis et leur main tendue aux banlieues.

Etats-Unis

Surfant sur « l’Obamania », l’ambassade américaine s’était livrée une véritable opération séduction à l’endroit de la diversité et de ceux qu’elle avait identifié comme leaders d’opinion. Il s’agissait alors de vanter un modèle qui avait permis à un afro-américain de gravir la plus haute marche du pouvoir. «Un noir à la Maison blanche» ; une image qui devait aider l’Amérique à conquérir le cœur des «minorités visibles». Les symboles ne suffisant pas toujours, l’oncle Sam avait décidé d’organiser des voyages et d’allouer des subventions à cette France «sous exploitée». Ces initiatives seraient elles couronnées de succès ? Rien n’était moins sûr tant le prestige de Washington avait été atteint par une décennie de guerre mais aussi par la faillite d’un model socio-économique vainqueur au poing de la Guerre froide.

Le sentiment d’attraction-répulsion éprouvée par les populations d’origine nord africaine sera sans doute difficile à renverser. L’Amérique est le berceau de la culture urbaine, un pays de self made men où tout est possible; elle est aussi la tempête qui dévasta l’Irak, affama sa population et surtout, elle s’oppose encore à la création d’un Etat palestinien, autre cause fédératrice dans nos quartiers.

Al Jazeera

L’irruption du Qatar dans nos vies est beaucoup plus récente. Elle s’est faite avant tout grâce à une chaine satellitaire : Al Jazeera. Véritable fenêtre de l’Occident sur le monde arabe à partir de 2001, ce Cnn moyen oriental focalisait l’attention de nos parents dés le milieu des années 1990. Bien que cette chaine se gardât bien d’émettre la moindre critique à l’égard du régime local, elle offrait à tous les arabes un espace de débat contradictoire. La Chaine se voulait comme un reflet d’un nouveau Qatar, ambitieux et affichant sa propre conception de la modernité. La qualité des programmes contrastait avec les télévisions nationales arabes en ces temps de fermetures hermétiques des espaces audiovisuels. Que de chemin parcouru depuis l’indépendance en 1971 et la déposition du Cheikh Hamad par son fils Hamad Ibn Khalifa Al Thani en 1995.

Les banlieues françaises

Le Qatar est désormais sur tous les fronts. Des banlieues française au golfe persique en passant par les sables de Libye, plus rien ne semble freiner l’ascension d’un Etat qui ne compte pas plus d’un million d’habitants mais qui entend bien se positionner en puissance régionale dans un «Moyen orient compliqué». Vous répondrez sans doute : «le Qatar, combien de divisions ?».

Démographiquement, le pays fait figure de nain. La population ne dépasse pas les 833 000 et l’émirat doit faire largement faire appel à des travailleurs étrangers venus principalement d’Asie et d’Afrique du Nord. L’espérance de vie y est de 71 ans pour les hommes et de 77 ans pour les femmes. En 2005, le taux d’alphabétisation était en moyenne de 84% de la population. En pleine crise mondiale le Qatar affiche des résultats à faire pâlir de jalousie n’importe quel pays du Nord. Une croissance à deux chiffres (18% en 2011), un chômage insignifiant (0.6% de la population active) et une balance commerciale excédentaire. En 2010, le Cia factbook plaçait le Qatar en tête de son classement relatif au produit intérieur brut (Pib) et à la parité de pouvoir d’achat (Ppa). Avec ses 179 000 Dollars annuelle par tête, Doha devançait des pays comme le Liechtenstein ou le Luxembourg…

Cette richesse repose sur la quatrième réserve mondiale prouvée de gaz naturelle et dans une moindre mesure sur le pétrole. Il serait pourtant injuste de traiter cet émirat d’Etat rentier. Doha a fait de la diversification de son économie une priorité. De gros efforts ont été consentis pour le développement de l’agriculture, des services, de la communication et des transports. A travers la Qatar holding, l’Etat a acquis 10% du capital de Lagardère. Cette percée dans l’économie occidentale s’est aussi traduite par la souscription à des titres de grands groupes allemands comme Hochtief (9,1 %) ou Volkswagen (17 %), l’espagnol Iberdrola (6.16 %) ou les français Veolia Environnement (5 %) et Vinci (10 %).

Ce volontarisme dépasse le cadre économique. Au niveau régional, le Qatar a su se positionner en acteur incontournable au grand dam du grand frère saoudien. Cette rivalité est symbolisée par la concurrence entre les chaines de télévision Al Arabiya et Al Jazeera. Cette opposition s’est accentuée à l’occasion des «Révolutions arabes». Alors que Riyad est partagée entre la satisfaction de voir certains régimes inamicaux tomber et la crainte d’une contagion, Doha s’est érigée en protectrice des révolutionnaires. Le régime offre son soutien médiatique, diplomatique, financier et même militaire.

Nous nous souvenons que la petite armée Qatarienne avait participée au conflit libyen et qu’aujourd’hui encore, le cheikh Hamad Ibn Khalifa est favorable à l’emploi de la force pour régler la question syrienne. L’effacement de l’Egypte préoccupée par sa transition, le risque d’éclatement de la Syrie et l’apathie saoudienne ont laissé le champ libre au Qatar. Les ingérences et les menaces de l’Emir ont fini par irriter certains dirigeants arabes. Las des remontrances et des «conseils» de son invité, le président mauritanien Ould Abdelaziz a interrompu la visite officielle du Cheikh, rentré dans son pays sans protocole.

Rencontres avec les français

Les relations entre l’émir Khalifa Al Thani et ses interlocuteurs ne sont pas toujours aussi difficiles. La rencontre entre le souverain et un groupe d’élus français issus de la diversité à été plutôt fructueuse. Elle a débouché sur la création d’un fond de 50 millions d’euros destinés à accompagner l’entreprenariat dans les quartiers. L’affaire est délicate. Elle nous interroge tous. Des élus français ont sollicité «l’étranger» pour contribuer au développement de zones réputées pour leurs rapports difficiles avec les autorités.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Les élus des minorités ont-ils décidés d’être autre chose que les cautions des partis qui les «emploient» ou ont-ils simplement découvert un filon extrêmement prometteur? En acceptant l’aide du Qatar, nous devenons ses débiteurs. Il se s’agit en aucun cas de faire du mauvais esprit ou de remettre en cause le dévouement de certains élus. Les relations internationales nous ont appris qu’il n’y avait pas d’action désintéressée. Le Qatar souhaite t’il créer un vivier dans lequel il pourrait puiser les ressources humaines qui lui font tant défaut ? Cela peut se comprendre et ne causerait de tort à personne. En revanche le contrôle d’une minorité à agiter le cas échéant pourrait être une carte entre les mains d’un éventuel adversaire…

Avec le contexte actuel, dans une France où les perspectives d’avenir sont loin d’être «folichonnes», il sera de plus en plus difficile de résister à la tentation qatarie. Nous ne serions pas plus avisé d’y succomber tant la puissance de ce petit Etat est superficielle. L’argent ne suffit pas, et toute puissance, régionale ou mondiale ne peut faire l’économie d’un outil militaire solide, d’un territoire et d’une population relativement importants. Dans le cas contraire, cet Etat ouvrirait la voix à un nouveau type d’acteur : «le micro hégémon».