Commémoration. La culture est un vecteur de transmission. A travers un projet artistique innovant, dont un spectacle de danse contemporaine urbaine, trois associations vénissianes veulent transmettre la mémoire de la Marche de 1983.

De gauche à droite : Pascal De Maria (Hareng Rouge), Azdine benyoucef (Cci Second souffle) et Pierre Bafounta (Vigilance Vénissiane) © Sylvain Ortéga

De gauche à droite : Pascal De Maria (Hareng Rouge), Azdine benyoucef (Cci Second souffle) et Pierre Bafounta (Vigilance Vénissiane) © Sylvain Ortéga

 

C’est l’histoire de trois amis, trois structures associatives qui unissent leur talent et leur motivation pour raconter différemment une page de l’Histoire. Par le biais d’un projet artistique pluridisciplinaire, ils ont le dessein de transmettre l’épopée de la Marche pour l’Egalité et contre le racisme de 1983. Ce projet à la fois artistique et d’éducation populaire, 100% issus de Vénissieux, la ville ou tout a commencé, a été initié par « Vigilance Vénissiane », une association locale de lutte contre la discrimination. L’idée germe il y a trois ans : «  nous avions pensé créer quelque chose d’audiovisuel et de multiple autour de la Marche » explique Pierre Bafounta, le président de l’association à l’origine de l’aventure. Pour mettre à bien cette initiative, il s’entoure de Pascal De Maria et de l’association « hareng rouge », une structure audiovisuelle chargée de proposer un projet global respectant la volonté pluridisciplinaire. Il va en résulter de nombreuses expressions artistiques et pédagogiques dont le but est de transmettre la mémoire de cet événement : un documentaire, un clip musical avec les habitants des Minguettes, un café poésie, une web-série et surtout un spectacle de danse contemporaine urbaine.

« La danse permet de dépasser le cap des mots »

La réalisation du show corporel est confiée à Azdine Benyoucef de la compagnie de danse Vénissiane« Second souffle ». « Lorsque Pierre et Pascal sont venus me proposer d’écrire une chorégraphie sur ce qu’a été la philosophie de la Marche, j’ai tout de suite donné mon accord». C’est une fierté pour lui de pouvoir mettre en scène ce qu’il qualifie de « légende urbaine ». Le rapport à la mémoire est omniprésent dans la réflexion du directeur artistique : « Dès la première rencontre avec mes danseurs, je leur ai dit qu’en interprétant cette chorégraphie, ils avaient une part de responsabilité ». En effet, le poids du sujet est différent d’un spectacle classique. Il ne suffit pas de monter sur scène et d’assurer une bonne prestation. La signification est ici plus profonde : «  Il s’agit de porter une mémoire et de raviver les esprits de certaines génération ». Mais pas seulement. Le directeur artistique regarde aussi vers le présent : «  dans le climat actuel, cette représentation peut aussi remettre en avant cette force collective incroyable qu’a été La marche ». A travers cette création, Azdine Benyoucef souhaite redonner l’envie de créer et de partager ensemble, comme l’avait fait les jeunes des Minguettes en 1983. Différemment d’un film ou d’un documentaire, la danse a un pouvoir évocateur très important. Il est possible, par la gestuelle corporelle, de « dépasser le cap des mots et de se baser uniquement sur le ressentit » confie le fondateur de « Second souffle ».

« Les moments les plus émouvants de ma vie »

Pour mener à bien cette partie du projet pluridisciplinaire, le chorégraphe décide de s’inspirer directement du protagoniste principal des événements de 1983 : Toumi Djaïdja. Il va entreprendre une sorte d’immersion dans le passé de l’initiateur de la Marche afin de comprendre le climat de l’époque, le message et la philosophie qui l’animait. « Il y avait une histoire réelle, des faits réels qu’il ne fallait pas négliger artistiquement parlant. Il fallait alors que je me rapproche de Toumi ». Les différentes rencontres, au cours desquelles Azdine Benyoucef écrit le manuscrit, inspirent et bouleversent le danseur : «  Nous avons eu beaucoup d’échanges. J’ai travaillé avec beaucoup de gens, mais travailler avec lui, cet artiste de la vie, fut les moments les plus émouvants de ma vie. ». Toumi apparaît comme une sorte de « messager » pour le chorégraphe : « C’est un homme qui a une idée de ce que pourrait être le futur. C’est ce que j’ai aussi voulu transmettre à mes danseurs ».

Le projet global a pour vocation de pérenniser la transmission de la marche : « On est actuellement en pleine commémoration mais nous sommes contre l’idée que tout s’arrête le 3 décembre ( date d’arrivée de la Marche en 1983, ndrl) » explique Pierre Bafounta. Bien que cette idée est née et réalisée sur le sol Vénissian, sa diffusion se veut plus large : « On met en honneur quelque chose qui est parti de chez nous mais le rayonnement peut et doit être régional, national » détail Pascal De Maria. En effet, plus ce concept original sera diffusé et plus le message de la Marche pourra être partagé. Cette création artistique et ludique permet aux gens d’apprendre une page de l’Histoire de France oubliée. Et (re)donne ses lettres de noblesse à l’art et à la culture.

                    Maxime Hanssen (@MaximeHanssen) avec Sylvain Ortéga

Maxime Hanssen

Ex Service civique au #LBB. Diplômé d'une maîtrise d'Histoire après un mémoire de recherche sur l'histoire politique de la Hongrie. Journaliste à Acteurs de l'économie - La Tribune. En formation professionnelle à l'ESJ Lille Pro. Contributeur éternel au LBB et citoyen européen.