Sacrée championne de France de karaté light contact le 28 avril dernier, Melissa Meunier a récemment enchaîné avec l’obtention d’une précieuse ceinture noire. D’un naturel direct, parfois «impulsive» de son propre aveu, elle s’estime changée par ses cinq ans de formation au KSO. Portrait d’une combattante pleine d’ambitions, qui fait la fierté de son club. 

Une ceinture noire, une coupe nationale et un titre de championne de France. A 22 ans, Melissa Meunier admet facilement avoir vécu «l’année parfaite» en 2019. Cinq ans après son arrivée au KSO, dans le 7e arrondissement de Lyon, la combattante villeurbannaise est finalement parvenue au sacre de championne de France de karaté light contact, chez les moins de 50kg. Blessée à la cheville, Melissa a dû insister auprès de son entourage afin de rejoindre les Halles Carpentier, dans le 13e arrondissement de Paris, où se déroulait la compétition en avril dernier. «Je leur ai dit : c’est maintenant ou jamais. Je veux gagner mon championnat, et c’est cette année, je le sens.» Le coup était bien senti : le temps d’un aller-retour express à la capitale, la karatéka revient à Lyon munie d’une nouvelle médaille d’or, ajoutant ainsi une ligne à son palmarès, déjà constitué de trois coupes de France. 

«Au début, je ne voulais pas du tout être compétitrice»

Issue d’une famille de sportifs à l’image de son oncle Jimmy Kachaou, ancien champion d’Europe de boxe anglaise, Melissa Meunier a pratiqué la gymnastique pendant onze ans, en y consacrant déjà une large part de son quotidien. Tout au long de sa jeunesse passée dans le quartier du Tonkin, à Villeurbanne, la jeune Melissa se focalise au maximum sur sa passion : «Le Tonkin, je n’y restais pas souvent. Je faisais école, sport, école, sport… On m’a élevé comme ça. Toujours faire du sport, toujours se dépenser, ne pas rester derrière une Playstation à ne rien faire.» À l’âge de 17 ans, elle ouvre une première fois les portes de KSO Lyon, pour y découvrir la self-défense. La jeune sportive ne pense pas encore à la compétition : «Au début, je ne voulais pas du tout être compétitrice. Je voulais faire de la boxe comme un loisir». Ses premiers entraînements changeront rapidement la donne : conquise par le full-contact, elle impressionne rapidement ses formateurs, qui l’inciteront à évoluer en compétition. Le début d’une histoire passionnée entre Melissa et le KSO : cinq ans après ses débuts, la championne affiche fièrement sa fidelité au club : «J’ai commencé directement au KSO, et je n’ai jamais lâché. Jamais. Aujourd’hui, j’y vais sept jours sur sept.» 

C’est notamment au contact Jimmy Kasovimoin, figure emblématique du KSO, qu’elle s’attache profondément au club. En compagnie de son frère James, il a pris Melissa sous son aile dès le premier jour. «C’est vraiment un exemple. Au-delà du sport, il m’a beaucoup apporté, c’est énorme. Ça a été un gros, gros changement. Je suis passée, on va dire, de “fille de cité” à femme, capable de tenir un cours voire tenir une salle.» Au cours de ses années d’entraînement rue Abraham Bloch, la combattante s’est sentie changer au plus profond d’elle-même. «Je ne vais pas mentir : je viens d’un quartier, et au début, quand j’arrivais à la salle, j’avais la casquette à l’envers, je crachais par terre… Quand t’habites là-dedans, forcément, tu as des comportements qui font que…t’es une fille de cité quoi, t’as pas le choix! Dès que j’ai mis les pieds au KSO, j’ai pu me calmer.» 

Melissa Meunier (à droite) lors d’une séance au KSO (Lyon 7e), sous l’oeil de Jimmy Kasovimoin  (au centre) | Crédits photo InesBdz

«Si j’ouvre ma propre salle, elle s’appellera KSO»

Aujourd’hui gestionnaire client chez EDF, Melissa Meunier travaille intensément en parallèle, afin d’obtenir le diplôme d’instructeur fédéral (DIF). Au KSO, elle enseigne déjà la boxe anglaise, le full contact, la self-défense et la préparation physique. «C’est du bénévolat», assure t-elle en souriant. «Franchement, je le fais parce que c’est ma passion. J’aime ça, et je ne demanderai jamais un centime !». Malgré un palmarès désormais étoffé et le soutien des cadres du club, elle avoue qu’il est parfois difficile en tant que jeune femme de donner des cours dans le milieu des sports de combat : «Apprendre de la self ou de la boxe à un garçon, parfois des hommes de 40 ans, des fois ça ne leur plait pas trop. J’ai eu beaucoup de réflexions», regrette t-elle. À terme, la combattante aimerait particulièrement travailler aux côtés de femmes battues ou incarcérées, comme c’est déjà le cas au KSO. Un autre combat, qui lui tient à cœur : «C’est pas parce que tu es une nana que tu peux pas mettre deux coups de poing, deux coups de pied. J’ai 22 ans, je suis toute petite, je fais moins de 50 kilos, mais je peux me défendre  explique la villeurbannaise. Avant d’ajouter : «On a un précepte au club, c’est que la technique annule le rapport puissance-poids-taille.» 

Dans un coin de sa tête, le rêve d’ouvrir sa propre salle, dans une autre ville pour ne «pas faire d’ombre» au KSO. Pour la jeune femme, hors de question d’abandonner son club : «Si j’ouvre ma propre salle, ça sera sous l’enseigne KSO. C’est ma famille, c’est un truc que je ne trahirai jamais. Je pense qu’il ne faut pas oublier d’où tu viens, d’où tu as commencé. Moi, je ne savais rien faire, et ils m’ont tout appris. Si j’ai ma propre salle, ça sera toujours grâce à eux.» En attendant, la championne tentera de conserver son titre, et préfère prévenir : «Si on se déplace, c’est pour gagner. On perd pas, nous !»