Le LBB est allé à la rencontre de IBR, rappeur local qui tourne désormais depuis une dizaine d’années sur les scènes lyonnaises. À l’occasion de la sortie de son prochain EP, le natif de Vénissieux nous décrit son évolution vers un style musical plus varié avec des aspirations reggae, house et même techno. Un chevronné du rap qui prend toujours autant de plaisir sur scène.

Tu peux te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle IBR, mon prénom c’est Ibrahim, métisse de la région lyonnaise. Je fais du rap-reggae ronin (en solo), comme j’aime le dire. Je fais du son depuis quelques années maintenant, avec quelques apparitions dans plusieurs compilations, principalement sur scène en région lyonnaise.

Tes débuts dans le son tu peux nous en parler ?

Ça commence à remonter à quelques années ! Il y a eu beaucoup d’impros, ce qui me permet de plus maîtriser cette pratique aujourd’hui, et de me faire plaisir sur scène. C’est un art particulier le freestyle. Les débuts c’était à la MJC de Vénissieux, une association qui s’appelait « Les orphelins de la rue ». Elle rassemblait 50 MC’s de la région, notamment des gens de Décines tels que Tom Wallas, Hamas, Apocalypse, Flingoralz. Des gens de Saint-Priest, de Vaulx-en-Velin, de Vénissieux aussi et des Minguettes en particulier où j’ai pu rencontrer la Blet Side, Oz Dezeta, avec qui je continue de travailler… Bref pas mal de monde qui m’a permis de me lancer.

Et qu’est-ce qui t’a vraiment fait plonger dans la musique du coup ?

Difficile à dire. L’envie de partager des choses sûrement. Et puis quand j’ai commencé à chantonner, je sentais que j’arrivais à attirer l’attention des gens et qu’ils étaient réceptifs à ce que je faisais. Cela m’a donné envie de continuer et de creuser davantage.

Et dans ton style musical, le hip-hop occupe une place importante non ? Tu préfères l’ambiance hip-hop actuelle ou plutôt celle d’avant, de tes débuts ?

Selon moi, le hip-hop était plus coloré, métissé à mes débuts. Il y avait plus de diversité dans les ambiances justement. Aujourd’hui le hip-hop est dénaturé parce qu’on se lance dans le rap pour faire de l’argent. On perd de vue le principal objectif qui est de s’éclater, de prendre du plaisir et d’avoir une expression sincère sans visée de réussite commerciale.

“Le hip-hop était plus coloré, métissé à mes débuts”

Tes influences dans le milieu du hip-hop ?

On va passer de Mystikal, Hamas à Master P, sans oublier Snoop Dogg, ou même Nirvana, des influences de genres très différents. Mais la musique entière m’influence, il n’y a pas de barrières.

Et au niveau de la culture populaire, tout ce qui est mangas, BD etc., t’as des références qui te tiennent à cœur ? 

Je suis de 1984, j’ai l’âge de Mario ! J’ai pas mal été dans la culture du jeu vidéo, mais aussi du manga avec l’époque du Collège Foufoufou par exemple. C’est ma madeleine de Proust, à chaque fois que j’y pense ça fait ressurgir les souvenirs de l’enfance ! DBZ après les cours, ou même avant (rires). On n’avait pas de problèmes à gérer à l’époque.

Pour revenir à ta musique, on t’entend rapper, mais aussi chanter sur scène. Tu l’as toujours fait ou c’est plutôt une nouveauté ?

C’est une envie que je mûris depuis trois-quatre ans, parce que ça me permet de m’exprimer davantage et d’explorer d’autres domaines qui correspondent à ce que je veux faire. Grâce à la collaboration avec d’autres rappeurs comme Oz Dezeta, par exemple sur le projet plus reggae intitulé Blablajahman, j’ai pu développer ça et avoir plus confiance en mon chant.

Tu tournes avec qui du coup ?

On connaît bien WQ production, il y aussi Oz Dezeta ou Spider avec qui on tourne. On fait pas mal de trucs, et comme je l’ai dit je ne suis fermé à personne ! Un premier projet en solo va arriver, toujours avec des collaborations à la clé : Oz Dezeta, Bescri l’Original, un gros son reggae est prévu aussi : Don’t Care avec Tonton Who. Le projet va intégrer beaucoup d’univers musicaux différents, ça risque d’être étonnant ! De la house, du reggae, de la “tech” aussi, des genres variés qui me permettent de partager tout ce que j’ai vécu, à travers la musique.

Tu t’inspires de l’actualité pour écrire ?

Non pas tellement, je me suis justement lancé un défi : je ne regarde plus la télé depuis cinq mois. J’essaye de me détacher du discours des gros médias et je me rends compte que je n’ai pas forcément besoin d’être informé de tout ce qui se passe dans le monde pour écrire. Selon moi l’inspiration passe d’abord par les sentiments. C’est plutôt comme ça que je vois les choses.

Qu’est-ce que tu penses du rap lyonnais ?

Je le comparerais à une fourmilière. Il y a énormément d’activité et on est tous comme des ouvriers. Le travail ne manque jamais en matière de rap et selon moi on devrait encore plus apparentés Lyon à une plaque tournante. La production est vraiment hétéroclite, mais ce qui freine notre exposition est peut-être l’étiquette chauviniste qu’on nous colle.

“J’ai l’impression d’être comme du vin”

Selon toi c’est ça qui est la cause du manque d’exposition du rap lyonnais à l’échelle nationale ?

Certains parlent de mentalité. Mais je pense que c’est plus lié aux codes du « commerce musical » qui veulent que des rappeurs de Marseille ou de Paris font plus envie, quand tu viens de Lyon tu ne donnes pas envie.

Pour toi ta musique c’est plus une arme ou un bouclier ?

C’est une passerelle pour me faire comprendre, un pont pour m’unir au monde d’une certaine façon. Quand je pose et que je vois les gens danser et prendre du plaisir, c’est là que je ressens un vrai échange.

En parlant de pont, essayes-tu d’exporter ta musique ailleurs un peu ? T’aurais un intérêt à le faire dans d’autres pays ?

Oui ça peut être une éventualité, je commencer à placer des petites phases en anglais, comme sur le prochain EP où il y aura un titre avec le refrain en anglais. Ce n’est pas grand-chose, mais il peut y avoir un petit potentiel. Pourquoi pas chanter en anglais aussi si c’est bien fait ! Je sais qu’aujourd’hui mon son tourne un peu à l’étranger, au Québec, un peu à Hawaï et à Abidjan aussi, donc j’espère qu’à l’avenir ça touchera encore plus de territoires francophones, voire anglophones ! (Rires).

Est-ce que tu t’es fixé une limite, une « date d’expiration » pour ta carrière musicale ?

J’ai l’impression d’être comme du vin, mais pas un Chiroubles tu vois. Un Beaujolais, ou plutôt un Bordeaux, je prends mon temps, mais je me vois pas vieillir. Aujourd’hui à 31 ans je me sens toujours un sale gamin, comme si j’en avais 15 de moins.

T’en es à combien d’années de carrière ?

Huit ou neuf, on ne va pas compter les cinq premières années parce que c’était plus de « l’entraînement ». Je me suis réellement lancé à un très gros concert qu’a eu lieu place Bellecour pour S.O.S Racisme et duquel j’ai gardé de grands souvenirs. Avec des têtes d’affiche comme la Bled Side, moi, il y avait Casus Belli aussi, c’était phénoménal ! On était jeunes et ambitieux. Sûrement vicieux aussi. On a couché Casus Belli devant tout le monde (rires), pas physiquement bien sûr, mais verbalement, comme on sait le faire dans les règles de l’art ! C’est à partir de ce moment-là que j’ai su que je voulais vraiment faire du rap et « mouiller le maillot » pour ça.

© Illustrations GOO-LTD (www.goo-ltd.fr) & William AKA (lanoiraude.tumblr.com)