Farid Omeir : « Il faut un travail sur le long terme afin de casser les ghettos urbains » – Partie 2

Tête de liste aux élections régionales pour l’UDMF (Union des démocrates musulmans français), l’enseignant en lycée public Farid Omeir souhaite que le débat politique se focalise davantage sur la crise sociale que sur l’immigration et l’islam.

Farid Omeir, tête de liste du parti de l’Union des démocrates musulmans français.
Certains territoires d’AuRA nécessitent de forts investissements car ils ont été délaissés pendant longtemps. Avez-vous identifié des zones au niveau de la région qui ont besoin de rénovation ?

Nous sommes surtout implantés à Lyon et dans les grandes villes. Ce n’est pas seulement un problème régional, mais un problème national. Ces problèmes sont dans les quartiers populaires, comme à Vénissieux ou à Vaulx-en-Velin. Franchement, c’est une catastrophe et c’est indigne de la République !

D’autre part, nous l’avons vu avec la crise des gilets jaunes, les zones périphériques et rurales se sentent abandonnées. Dans ces zones, je pense que l’on doit remettre des services publics, des transports et rénover des lycées. Par exemple, il faut éviter la fermeture des classes, même quand il y a de moins en moins d’élèves. Si nous étions à la tête de la Région, nous ferions en sorte de mettre fin à toutes ces inégalités territoriales et sociales.

En ce qui concerne les quartiers populaires de la métropole lyonnaise, avez-vous des projets d’aménagement ?

Il faut un travail sur le long terme, afin de casser les ghettos urbains. Tant que la pauvreté et les problèmes sociaux continueront à se concentrer, nous n’y arriverons pas. Il ne suffit pas d’injecter de l’argent pour rénover des bâtiments, il faut revoir toute une politique d’aménagement du territoire, d’urbanisme et de mixité sociale.

Il y a encore beaucoup de villes en France qui refusent de construire des HLM. Je crois que c’est ce genre de phénomène qu’il faut casser. En mettant plus de services publics, plus de social et plus de moyens humains, nous y arriverons. Non pas en accentuant la répression ou la suppression d’allocations. 

Sur ces zones que vous avez potentiellement identifiées, quels moyens voulez-vous allouer ?

Dans notre programme, nous avons la volonté de créer immédiatement un audit financier pour avoir un regard sur les budgets alloués. Pour l’instant, nous n’avons jamais dirigé une Région et nous ne sommes pas des politiques d’expérience. Je ne peux pas vous donner de chiffres maintenant, cela serait totalement démagogique. Nous regarderons les besoins des quartiers populaires pour les rénover.
Les compétences de la Région sont limitées, mais elles ont une importance dans l’aménagement du territoire. Notre idée est de remettre des services dans les zones rurales et de casser les ghettos urbains. Même si six ans de mandat ne suffiront pas, nous souhaitons amorcer cette politique.
Nous n’avons pas de budget prévu et nous savons très bien que nous n’avons pas encore les moyens nécessaires pour concurrencer les plus gros partis. Notre objectif est de faire entendre notre message, de nous faire connaître, de grandir politiquement et d’apprendre. Nous avons fait de grandes propositions en sachant que nous n’aurons pas les manettes le 27 juin prochain. 

Peut-on parler d’une « candidature témoignage » ?

Non, parce que nous ne sommes pas seulement un coup d’éclat. Notre objectif est de nous installer durablement dans le paysage politique. Nous souhaitons participer à toutes les futures élections. Il ne s’agit pas d’envoyer un message et de disparaître ; c’est un travail à long terme. Il faut investir le champ politique. 

Tant qu’il n’y a pas de changement sur les questions que j’ai soulevées précédemment, que les hommes politiques continuent d’appliquer ce qu’on appelle « l’islamo-diversion », nous serons présents pour dire que « nous ne voulons plus de cette politique, ni de ces discours ». 

Lorsque vous dites, « toutes les élections », l’UDMF souhaite proposer un candidat pour l’élection présidentielle de 2022 ?

Déjà, on se rend compte des difficultés avec les régionales. Je pense qu’il est impossible de présenter un candidat pour les élections présidentielles. Il faudrait être plus ancré sur le terrain. Par contre, pour les législatives, nous essaierons d’avoir un maximum de candidatures. 

Avec la crise sanitaire, les lycées ont dû fermer un certain temps. Il y a eu des décrochages scolaires, surtout dans les quartiers défavorisés. Comment l’UDMF veut lutter contre ce fléau ?

Il aurait fallu que la Région investisse. Il faut équiper les élèves : certains lycées essayaient d’équiper leurs élèves alors que c’est le rôle de la Région. Pendant le premier confinement, l’État et les collectivités ont été pris de court. Maintenant, il y a les mêmes problématiques et cela montre que ces derniers n’ont pas anticipé. En tant qu’enseignant, on ne pouvait pas tous se connecter en même temps car ça ne marchait pas par exemple.

Comment la Région peut-elle participer à la valorisation de la formation professionnelle et aider les jeunes à se tourner vers du travail plus manuel ? Comment redorer le blason des métiers manuels ?

Le problème vient en premier lieu de l’orientation. On se retrouve avec beaucoup d’élèves qui font des métiers par défaut. Pour moi, en tant qu’enseignant, il est compliqué de motiver mes élèves dans ce cas. La formation est peu valorisée : les élèves visent un parcours général et il y a le sentiment qu’aller en cursus professionnel est presque un échec. Ce sont donc des élèves en difficulté qui entrent dans les lycées professionnels. Un élève qui a des bonnes notes et qu’on envoie en lycée professionnel équivaut à de l’incompréhension. Il faut casser cette image-là.
De plus, le monde de l’entreprise et le monde de l’école sont deux univers séparés : c’est un problème. Il faut multiplier les stages et les découvertes en entreprises dès le collège. Ces dernières années, des élèves en difficulté ont découvert le milieu professionnel, avec ce qui s’appelle la troisième prépa métier. Il faut généraliser ce système à toutes les filières.

En clair, il faut décloisonner le milieu professionnel et le milieu scolaire. La région a les compétences et le budget. On propose dans un premier temps de remettre le budget qui a précédé Laurent Wauquiez : ce sont des centaines de millions d’euros en moins. Cet argent-là servait à ceux qui travaillent plutôt qu’à ceux qui cherchent un emploi. 

Comment souhaitez-vous accompagner les structures sanitaires en cette période de crise ?

Il faut identifier les déserts médicaux dans toute la Région, car on en a de plus en plus. On propose des centres de santé, des centres où se regroupent plusieurs spécialistes. Ce sont des zones assez fréquentées. Il faut remettre de l’argent et arrêter avec cette notion de rentabilité sur tout, que ce soit pour les lignes TER ou autres.

Laissée en suspens avec l’actuelle crise et sinistrée depuis plus d’un an, le monde culturel est à l’abandon. Que proposez-vous pour relancer la culture, particulièrement pour les structures de proximité ?

Nous n’avons pas travaillé sur cette question. Nous n’avons pas fait de propositions à ce niveau-là.

On a le sentiment que les régionales sont les prémices des présidentielles. Comment vous positionnez-vous par rapport à cela ?

Nous n’avons pas d’ambitions nationales. Par contre, cette élection va effectivement précéder le débat présidentielle. Nous voulons faire en sorte que ce débat ne tourne pas uniquement autour du thème de l’islam ou de l’immigration. Il y a énormément d’autres problématiques en France. On estime qu’il y a trois à cinq millions de chômeurs : la question de l’emploi devrait être au cœur des préoccupations et des débats politiques. Sur la thématique de l’islam, on ne dit pas qu’il ne faut pas en parler, il ne doit pas y avoir de sujets tabous. Cela fait aussi partie des préoccupations des Français, mais que ce sujet soit l’Alpha et l’Oméga des débats politiques, nous n’en voulons plus ! Il faut que la question sociale soit au cœur de la présidentielle de 2022 et que l’après-crise soit au centre du débat. On ne connaît pas encore tous les effets de cette crise, que ce soit pour les restaurateurs, les commerçants ou les étudiants. En pleine pandémie, il y a eu des hôpitaux fermés alors que depuis des années, le personnel soignant tire la sonnette d’alarme. En tant qu’enseignant, ça me parle beaucoup.

Est-ce que vous pensez que les problématiques locales sont mises au second plan par rapport aux enjeux nationaux ?

M. Wauquiez a mis au cœur de sa campagne la sécurité alors que ça ne fait pas partie des compétences de la Région. C’est très démagogique. Ce n’est pas forcément l’élection qui intéresse le plus les Français. Je pense malheureusement qu’il n’y a pas beaucoup de Français qui ont compris l’importance de cette élection. Depuis les lois de décentralisation, la Région a beaucoup plus de pouvoir. Les décisions prises par la Région ont des conséquences directes sur la population.

Comment anticipez-vous le second tour, pensez-vous faire des alliances ?

Pour le moment, nous nous préparons au premier tour. Nous allons essayer de faire le meilleur score possible. Pour l’instant, personne ne nous a tendu la main, mais on sait que pour faire des alliances, il faut dépasser la barre des 5% ou 10%. Nous espérons bien nous faire une place dans le paysage politique afin de pouvoir discuter avec les autres formations politiques.

Alexandre Tellier

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