Troisième artiste à exposer au Fort Saint-Laurent, Florina Aledo Perez est une artiste peintre depuis 2018. À l’affiche du fort pour ce mois d’août, l’artiste originaire de Roumanie nous a accordé un entretien. Cette ancienne graphiste qui a commencé la peinture à 15 ans se livre sur son art, son solo-show sur le tarot ainsi que ses projets futurs.

Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la peinture ?

Je n’ai jamais mis de côté la peinture ! Je la considérais comme un hobby jusqu’en 2018. C’est cette année là, en travaillant sur le marketing d’une amie que j’ai réalisé que je voulais en vivre. Je devais lui proposer un événement pour attirer un maximum de monde. C’est là que j’ai eu l’idée de lui proposer un vernissage. Cela m’a permis de renouer avec la peinture et de me mettre des objectifs avec une “dead line”. L’événement a très bien marché sur un plan comptable mais également sur un plan personnel. Je me suis totalement retrouvée dans ce que j’aimais faire : c’est-à-dire la promotion, la recherche de thématique et être au contact des gens.

Dans vos œuvres, vous représentez majoritairement des femmes, pourquoi avoir choisi cette représentation de votre art ? Est-ce un choix par défaut ?

Non, ce ne sera jamais un choix par défaut ! Lorsque je faisais des recherches pour ma thématique, mon amie faisait une formation professionnelle pour les femmes entrepreneures. Elle prônait des valeurs comme l’entraide que je voulais intégrer dans le vernissage et qui me tenaient à cœur. Mon amie est franco-mexicaine, j’avais donc dans l’idée d’orienter mes recherches sur le Mexique. C’est là que j’ai fait la rencontre avec Frida Calo. Je connaissais son travail pictural mais pas les détails de sa vie. À travers ces œuvres, c’est là que j’ai ressenti le besoin de montrer sa douleur. Je trouve fascinant comment à travers un simple portrait photographié, on pouvait montrer sa force. La forme et la douleur qu’elle transmet créent une forme de bipolarité que j’apprécie beaucoup. C’est là que je me suis rendue compte que la douleur est complètement subjective et propre à chacun. On a tous une part de douleur en nous à commencer par l’accouchement ou encore par les règles. C’est à partir de là que je me suis dit que n’est pas uniquement Frida Calo, mais toutes les Femmes ! Cela m’a permis d’ouvrir le champ des possibilités sur la femme et de montrer toutes leurs forces face à ce qu’elles endurent.

Vous définissez donc votre art comme représentatif de la douleur ?

Oui, mais c’est une douleur subtile accompagnée des combats du quotidien. Comme je l’ai dit plus tôt, c’est la douleur qui est subjective. Pour moi, on cherche constamment la liberté. C’est une quête qui peut s’avérer complexe du fait que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut. Le fait d’accomplir des tâches ménagères comme des lessives peut freiner cette liberté. Ce sont des choses rébarbatives et qui ont encore trop de connotations féminines alors que tout le monde est capable de le faire. Je veux que mon art permette aux femmes de pouvoir conquérir le monde ! Que tout soit possible.

Vous parliez de la place de la femme dans le monde professionnel. Est-ce que, dans votre milieu, il a été difficile de se faire une place en tant que femme ?

Oui, bien sûr que cela a été difficile ! Je pense que si j’ai réussi aussi rapidement, c’est en grande partie grâce à mes compétences en communication. Je suis fière de pouvoir dire aujourd’hui que je vis de ma passion. Je ne roule pas sur l’or mais j’arrive à en vivre. À travers mon art, je cherche à communiquer et non pas à me vendre. Ce sont deux aspects qui se ressemblent mais essentiels à dissocier. Communiquer, c’est la partie la plus importante de mon travail et non la création ! Je me définis comme artiste populaire : c’est-à-dire que je ne vais pas peindre ce que j’aime peindre. J’aime aller à la rencontre de mon public pour comprendre ce qu’il veut et ce qu’ils ont envie de voir. C’est à partir de ces ressentis que je vais composer. C’est la partie de mon travail que je préfère, c’est-à-dire peindre non pas pour moi mais pour les autres.

Vous peignez souvent des portraits. Comment choisissez-vous vos modèles ?

Les modèles, c’est encore autre chose ! D’un point de vue technique, je pars d’un modèle photographié. C’est plus simple pour moi et pour le modèle qui n’a pas à attendre en prenant la pause. La plupart du temps, je m’inspire de photos de personnes lambdas et des photos de mannequins. C’est un vrai métier de pauser et de faire passer des émotions. C’est la raison pour laquelle les mannequins ont la sensibilité nécessaire pour en faire leur métier. Je pars toujours sur des photos de mannequins professionnels et je fais des croquis. Toutes ces photos seront réunies pour créer un portrait en gardant les traits qui m’intéresse pour faire ressentir une émotion. Ces émotions peuvent se manifester de différentes manières que ce soit dans le regard ou la posture. C’est souvent le souci du détail et l’épuration de mon style que j’aime faire découvrir aux personnes qui viennent me voir. Je veux qu’on comprenne l’essence du personnage que je peins et de ses états d’âme.

Outre l’utilisation du pinceau et de la peinture, avez vous d’autres techniques de peinture pour réaliser vos œuvres ?

Oui cela m’arrive. J’utilise parfois le numérique pour réaliser mes œuvres. Dans un premier temps, je fais un croquis sur une tablette. Même avant de l’avoir, j’avais un téléphone avec un stylet qui me permettait de dessiner. Malheureusement, l’écran était trop petit mais je l’avais toujours sous la main. Je pouvais dessiner quand je le voulais. Une fois mon croquis terminé, le plus gros de mon travail est fait. J’avais déjà choisi les couleurs et les perspectives. Une fois cette étape finie, je choisis mes supports : soit j’opte pour un cadre de dessin mais cela peut être aussi des murs ou des impressions. Ce peut être également des objets annexes comme des carnets de coloriage ou de notes ainsi que des tote bags. J’aime rendre accessible mon art et je veux que les gens qui l’aiment soient capable de pouvoir se l’approprier sans dépenser des sommes faramineuses. À travers cette démarche, c’est une façon pour moi d’être encore plus proche de mes admirateurs. En revanche, j’ai beaucoup de mal avec la spray parce qu’on nous impose la couleur. Je préfère travailler mes couleurs car le résultat change du tout au tout notamment avec les associations que je peux réaliser.

Comme Spirale, vous utilisez souvent des couleurs vives et tape-à-l’œil, qu’est ce que cela représente pour vous ?

Pour moi, le travail de la couleur est essentiel. À certains moments, je peux travailler des heures pour avoir le bon pigment de photo. Pour moi, c’est aussi un moyen de communication et son utilisation a un impact direct sur le visuel. Je ne dirais pas par contre que j’utilise des couleurs vives. J’utilise les couleurs en fonction du ressenti et de l’émotion que je veux faire passer. Lorsque je réalise des fresques pour un particulier, je le fais en fonction de l’endroit où je vais me trouver pour réaliser son œuvre. De ce fait, je vais travailler la couleur d’une certaine manière. Je ne vais pas utiliser de couleur vive si je suis dans une chambre avec peu de lumière. Je m’adapte toujours en fonction de mon environnement et du message à faire passer.

Parlons maintenant de votre exposition qui porte sur le thème du Tarot. Pourquoi avoir choisi ce jeu ?

Tout simplement parce que j’ai trouvé le jeu très intéressant artistiquement parlant. Quand je suis tombé sur le tarot de ma mère, j’étais comme une gamine. Je regardais chaque carte et je m’interrogeais sur la signification des signes. «Superposition» m’a aussi permis de pouvoir travailler sur ce thème en me penchant plus profondément sur le sujet et j’ai découvert un univers artistique complètement fou ! Le potentiel artistique du jeu est sans limite et très intéressant. Rien que pour une carte, la signification peut être variée. J’ai donc acheté une multitude de livres sur le sujet pour m’informer sur la signification des cartes et notamment des arcades qui est le thème principal de mon exposition. Je ne me concentre que sur les arcades majeures qui ne représentent que 22 cartes sur 78.

Quel a été le principal défi pour réaliser cette exposition ?

Le défi a été d’actualiser les symboles pour une personne qui ne connaît pas le tarot. La compréhension des symboles peut également être difficile. De cette difficulté, je vais essayer d’actualiser ce thème en passant par la réalisation de mon cadrage et sur le message que je cherche à faire transmettre. Pour moi, le tarot, c’est le jeu de la vie avec ses couleurs et ses significations. Il renvoie à notre inconscient des images et des significations qui peuvent répondre à des questions universelles telles que « est-ce que je vais être heureux, est ce que je vais réussir dans la vie, avoir des enfants ? »

Depuis 2018, vous enchaînez les expositions à Lyon notamment à Pause CréationSofffa Guillotière ou encore au Hard Rock Café ainsi qu’à Annecy. Qu’est ce qui vous a amené aujourd’hui à collaborer avec «Superposition» ?

Je ne connaissais pas « Superposition » avant de venir ici. Si une rencontre s’est produite, c’est uniquement sur le fait que « Superposition » a réussi à obtenir les clefs du fort Saint Laurent. Le fait que je connaisse aussi très bien la directrice de “Superposition” Orbiane Wolff a permis mon entrée au fort. Je n’ai pas cherché de moi même à collaborer avec eux. Cela s’est fait naturellement. On a discuté et on m’a proposé cette exposition. J’étais vraiment enchantée par le projet. C’est de cette façon que nous avons commencé notre collaboration.

A travers vos œuvres, on retrouve un peu le style de Frida Kahlo. Est-ce la seule artiste qui vous inspire ou en avez vous d’autres et pourquoi ?

Il s’avère que toutes mes idoles sont mortes mais j’ai été très influencée par Alphonso Mucha durant mes années d’études. J’aime beaucoup tout ce qu’a fait l’illustrateur de mode italien René Gruau. J’adore le fait qu’il dessinait avec très peu de lignes. Les courbes féminines sont travaillées avec subtilité. J’ai essayé de tendre vers ce style de dessin mais j’ai abandonné avec le temps. Pour moi, le trait du pinceau est comme une signature. Je ne vois pas l’utilité de copier son art qui est pour moi unique.

Est-ce que les artistes du fort vous inspirent ? Où vous vous concentrez sur votre propre idée?

La plupart du temps, je reste concentré sur mes idées. La collaboration ne déboucherait sur pas grand chose. Elle est très complexe en terme d’organisation et nos idées sont bien souvent différentes même si on s’aide techniquement parlant. J’ai appris à une vitesse folle en venant ici. J’ai beaucoup perfectionné ma justesse technique et ma précision. Le fait que j’ai été entourée d’autres artistes m’a obligé à repousser mes limites. En revanche, j’adore collaborer avec des gens qui ont des compétences différentes des miennes comme l’écriture, la vidéo ou encore la photo.

On sait que dans le monde de la peinture, les artistes cherchent souvent à critiquer ou à faire passer un message sur le monde qui les entoure. Est-ce votre cas ?

Bien sûr ! La cause homosexuelle est très importante pour moi. Sur ce thème, je travaille en collaboration avec une fille qui écrit et qui va sortir un livre illustré pour les personnes qui cherchent encore leur orientation sexuelle. Ce livre va permettre de montrer à ces gens qu’ils restent normaux malgré les propos que certains peuvent émettre à leur encontre. J’évoque également la femme et notamment le cancer du sein. Cette maladie est pour moi un thème qui me tient à cœur notamment avec le projet Vénus dont je suis partenaire. Je vais travailler en collaboration avec une dame qui a écrit des textes sur ses états d’âme durant sa convalescence. On a ses ressentis sur ses actions et non pas l’aspect « maladie».

On peut voir sur votre site que vos œuvres sont en vente libre. Est-ce le but cherché ou plus une finalité, l’accomplissement de votre travail ?

Le fait est que j’ai une famille à nourrir. Au début, quand je me suis lancée dans la peinture, j’ai gardé l’autre activité tant que je ne pouvais pas en vivre. À partir du moment où j’ai réalisé que je pouvais subvenir à mes besoins, j’ai stoppé mon autre activité. J’ai décidé de me lancer dans la peinture parce que j’y crois et parce que je veux y croire. Le fait d’en vivre me donne la liberté de continuer dans ce sens. Je n’arrive pas à me dire que ça va être compliqué parce que je rebondis toujours face aux difficultés et j’essaye toujours de m’adapter. Pour moi, un artiste est sans cesse dans l’adaptation tout en faisant ce qu’il aime.

En parlant d’adaptation, nous venons de traverser une période délicate avec le covid-19, est ce que ces changements ont influencé votre travail ?

Oui évidemment ! C’est surtout sur le côté travail que cela m’a perturbé et obligé à me surpasser encore plus avec envie. Je ne saurai pas dire à quel point cela a influencé mon art. D’un point de vue personnel, il y a eu un gros impact psychologique. J’avais envie de tout arrêter ! J’ai failli ne pas faire l’exposition, même au dernier moment. Pour moi, le déconfinement ne s’est pas ressenti tous de suite puisque j’ai des enfants et que l’école n’avait pas repris. Il fallait donc que j’organise la garde et lorsqu’on a pas de temps plein, c’est très compliqué. J’ai finalement trouvé un moyen de garde qui m’a permis de me concentrer sur mon travail mais au début, je voyais l’exposition annulée. Une fois ce moyen trouvé, j’ai consacré tout mon temps à l’exposition en un mois. Il a fallu faire des recherches, des dessins et des réalisations en très peu de temps. Ce fut une prouesse technique qui est, pour moi, en lien avec ce confinement et ce sentiment d’oppression. Ce fut une libération pour mon art, bien que j’aurais aimé m’en passer.

Votre exposition est programmée jusqu’à fin août. Une fois finie, quels sont vos futurs projets professionnels et personnels ?

J’ai beaucoup de projets en vue ! Il y a le « projet Vénus » qui me tient beaucoup à cœur. J’ai d’autres expositions prévues notamment le 25 septembre à Dijon dont je suis originaire mais également dans le pays du Mornant. J’ai aussi des projets de fresques avec notamment une appose-création chez onarium. Personnellement, j’essaie de mettre en place des projets de fresques participatives en entreprise. À travers ce travail, mon but est de montrer le bienfait des couleurs et de la peinture sur le moral et la cohésion d’équipe. Mon rêve serait d’exposer à l’international, c’est un rêve ! Je n’ai pas de préférence pour un pays mais j’aimerais beaucoup réaliser ce projet. Pour moi, les meilleures vacances sont les voyages professionnels. J’adore l’idée de visiter et de connaître d’autres personnes tout en réalisant ce que j’aime.