Peu connue, mal vue, cette section est souvent stigmatisée avec des arguments souvent liés à l’idée de l’échec. Pourtant, elle tend à aller vers une conception innovante de l’enseignement pour les élèves en difficultés. Le LLB est retourné sur les bancs du collège.  

SEGPA

A première vue, l’acronyme (sections d’enseignement général et professionnel adapté) pourrait avoir une connotation négative. L’Esén (Ecole supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche) les décrit en première page de  son site comme « présentant des difficultés scolaires graves et durables auxquelles n’ont pu remédier les actions de prévention, d’aide et de soutien et l’allongement des cycles».

Repères SEGPA
Crée en 1996
Remplace la SES (section d’éducation spécialisés) crée en 1965
En France, 95 755 élèves inscrits en SEGPA en 2011-2012 (d’après le site Eduscol)58 952 garçons et 36 803 filles1500 établissements (France Métropolitaine et DOM TOM) comportent des SEGPA37 collèges concernés dans le Rhône  d’après l’Académie de Lyon

Crée en 1996, elle est l’héritière des sections d’éducations spécialisées (SES) qui ont vu le jour il y a près de quarante ans. Les élèves sont admis en SEGPA sur décision de l’inspecteur d’académie, après accord des parents et avis de la CDOEA (commission départementale d’orientation des enseignements adaptés).

C’est une structure totalement intégrée au collège avec des cours allégés destinés à acquérir des compétences et des connaissances jusqu’au palier 2 du socle commun. A savoir qu’il y a trois paliers en tout. Les enseignants sont des professeurs des écoles.

A partir de la 4ème, les élèves effectuent des stages ne dépassant pas les dix semaines sur les deux ans avec un panel de métiers répartis sur plusieurs secteurs professionnels : habitat, hygiène alimentation services, espace rural et environnement, vente, distribution ou production industrielle. Objectif : d’obtenir le CFG (certificat de formation générale) pour ensuite continuer vers des voies professionnelles comme le CAP ou les centres de formation d’apprentis (CFA).

Casser le mythe du retard

« On ne dit pas un élève de la sixième SEGPA, mais de la sixième de la SEGPA ! »

Situé à Saint Fons, à quelques centaines de mètres du plateau des Minguettes, le collège Alain est perché sur des hauteurs pédagogiques. On n’est plus au temps des ZEP (zones d’éducation prioritaire). Ce statut qui stigmatisait les établissements de banlieue.  On parle désormais de programme Eclair (Programme des écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite).   

En sixième 1, dix élèves de onze à treize ans arpentent les premières étapes de la vie de collégien. Ensemble, comme une équipe de foot mais avec différents coachs. Titeuf ou Mister You ornent leur monde d’adolescents. Ils ont leur profil sur Facebook et une curiosité souvent satisfaite par la télé ou le web. Comme les autres…

« On ressent qu’ils sont différents par les difficultés scolaires. Mais ils ne sont pas handicapés. » Appuie avec conviction la directrice de la section du collège Alain, Madame Feuillet (36 ans).

SEGPA collège Alain
L’ancienne prof des écoles spécialisée en 2007 reconnaît qu’« au départ, on galère mais on réussit à comprendre qu’on n’attend pas de nous quelque chose d’exceptionnel dit-elle. C’est-à-dire redonner à un élève le goût d’apprendre et de venir au collège. Et là, il y a le sentiment d’aboutissement.»

Le Professeur principal des sixièmes 1 Guy Charmasson (45 ans) porte un regard aiguisé sur les mécanismes et surtout l’essence de cette section. Fort de ses vingt ans d’expérience dans cette « spécialité », il considère son métier comme « un défi de tous les jours » où la mise en confiance de l’élève passe au premier plan.

 « On se garde de ne pas tomber dedans au début de sa carrière d’enseignant. Et une fois qu’on y est, on s’y plaît. Etre enseignant, c’est aussi avoir une image beaucoup plus globale du jeune. Il faut essayer de comprendre les difficultés qui sont d’ordre sociales ou familiales.»

Il loue la spécificité du collège Alain qui reste le développement du  partenariat avec la commune de Saint Fons. La bibliothèque, les centres sociaux, les écrivains publics sont grandement sollicités.

Apprendre à tâtons

Les rôles clés

Les directeurs chargés d’une SEGPA sont titulaires du DDEEAS (directeur d’établissement d’éducation spécialisée et adaptée). Ils assurent la fonction d’adjoint du principal et ont une mission d’animateur pédagogique.  Ils réalisent un bilan annuel des élèves qu’ils communiquent aux parents et assurent un rôle de coordination et de gestion des équipes.

Les cours sont assurés par :

Des instituteurs et des professeurs des écoles spécialisées titulaires de l’option F du CAPSAIS (certificat d’aptitude professionnelle aux actions pédagogiques spécialisées de l’adaptation scolaire) ou du CAPA-SH (certificat d’aptitude professionnelles pour les aides spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation en situation de handicap)

Des Professeurs de collège et de lycée professionnel, éventuellement en possession du 2 CA-SH ( certificat complémentaire pour les enseignements adaptés à la scolarisation des élèves en situation de handicap)

En cours de maths, tout est ludique. De la disposition des tables aux exercices. Les chiffres et les calculs sont démythifiés. Ils ne font plus fuir ou bailler. La voix couveuse de leur prof de maths Mr Petit (31 ans) les pousse à tenter leur chance.

Des problèmes à résoudre individuellement et dont les points obtenus par chacun sont au profit d’équipes de trois à quatre élèves. Alors les Miami Heat, l’Equipe du 69 et les intellectueurs s’adonnent à une compétition acharnée de deux heures. Le prof console les élèves quand ils calent et les relance. Un aspect peu connu de l’enseignement. La rhétorique aussi est novatrice. Chez Monsieur Petit, on ne dit pas « chercher » mais « tâtonner ».

Une méthode à  laquelle s’attelle le professeur documentaliste du collège Mr Berjali où il leur  « apprend à trouver de l’information, se repérer pour leurs recherches de documents au CDI à travers le jeu. C’est plaisant de travailler avec des classes en demi-groupe. Ils sont volontaires et partant pour tout. »      

De nombreux  projets sont montés avec le CDI notamment sur l’accueil d’auteurs ou des expositions photos comme prochainement où ils devront prendre des clichés des endroits les plus inspirateurs de la ville de Saint Fons.

« Le regard des autres, déjà oublié… »

Pedro se sent « comme dans une famille où j’aimerai rester jusqu’en…3ème 1. »

« A la SEGPA, on a plus de difficultés que les autres. On n’est pas bêtes même si on fait le programme plus lentement que les autres.» Analyse Jayson l’un des footballeurs de la classe qui joue en UNSS.          

Pour Beatriz, la seule fille du groupe des sixièmes, « le regard des autres, ce n’est pas important. Ce qui compte c’est d’avancer et de progresser. »

Mehdi (12 ans) le délégué de classe est un passionné de danse hip hop. Il cite la SEGPA comme une vie en elle-même.

Les relations avec les autres classes « sont parfois difficiles parce qu’on ne fait pas les mêmes choses dit-il. Mais il y a toujours les copains qui sont comme des frères et des sœurs. Ca ne me fait pas peur de continuer en SEGPA parce que je m’y sens très bien. Les professeurs sont toujours présents pour nous.»

Guy Charmasson est toujours là pour corriger, appuyer, pousser ses protégés  à la réflexion ou la curiosité tout en leur rappelant dans les moments de solitude :

« Si les autres sont ordinaires, vous êtes extraordinaires !»

Jeunes SEGPA

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr