L’association Diambars est née en 2000 de l’imagination des footballeurs Jean-Marc Adjovi Bocco, Patrick Vieira et Bernard Lama. Présidée par le businessman Sénégalais Saër Seck, elle est destinée à aider des jeunes en difficulté en utilisant le football comme outil. Entretien avec Jean-Marc Adjovi Bocco, l’un des membres fondateurs.

Article réalisé en collaboration avec Le Journal international.

Bonjour Jean-Marc Adjovi Bocco. Vous-êtes né au Bénin. Pourquoi avoir choisi Dakar et le Sénégal pour implanter votre association ?

“J’aurais bien aimé ouvrir mon école au Bénin mais la situation politique rend ce projet impossible. Les équipes nationales ont été exclues des compétitions internationales par la FIFA. C’est donc impossible dans cette situation d’attirer des investisseurs et de mettre sur pied des centres de formation. Même en tant qu’ancien capitaine de la sélection, je n’ai aucune influence sur la situation”.

Votre associé Saer Seck, chef d ‘entreprise, est le président de la ligue de football du Sénégal et de votre club. Quelles sont vos relations avec les instances dirigeantes ?

Simplement un lien amical, à des années-lumière des fonctions qui sont les siennes aujourd’hui. Nous n’avons pas de soutien financier de la part de la ligue”.

« Se servir du football comme un outil social »

Comment vous est venue l’idée d’une association mêlant sport et éducation ?

Quand j’étais le coéquipier de Bernard Lama [saison 1991-1992 à Lens, ndlr], nous parlions souvent de se servir du football comme un outil social dans des pays défavorisés”.

Combien de temps dure l’accompagnement de ces enfants ?

Nous recrutons les enfants vers l’âge de treize ans sur un critère purement sportif. Dans un pays comme le Sénégal, ce sont bien souvent des enfants qui vivent dans la rue et notamment les talibés. Avec Diambars, nous nous démarquons des centres de formation traditionnels en accompagnant des bons élèves vers des études supérieures, même s’ils ne sont pas faits pour le football professionnel. Ainsi, nous avions accueilli un jeune issu d’une école coranique, alors qu’il ne savait ni lire ni écrire en français”.

Où en est-il aujourd’hui ?

“Aujourd’hui il est en France, où il a obtenu un BTS système numérique. Il va intégrer une école d’ingénieur”.

« Aider des jeunes dont les familles ne pourraient pas s’en sortir seules »

Quelles sont les exigences que vous avez vis-à-vis d’eux ?

“On prépare une élite et ce quelque soit le milieu social dont sont originaires les jeunes. Plus que de bons joueurs de ballon, nous attendons des jeunes une attitude exemplaire en dehors du terrain et surtout qu’ils soient de gros travailleurs”.

Quel investissement financier est nécessaire pour permettre à un enfant de suivre un an de scolarité ?

“L’association a 17 ans, j’ai travaillé longtemps sans toucher le moindre salaire. Plus que l’argent, ce qui compte c’est d’aider des jeunes dont les familles ne pourraient pas s’en sortir seules. Dans des pays comme le Sénégal, le talent se trouve notamment dans la rue mais il faut les repérer avant les réseaux de traite”.

Diambars existe depuis 2000. Après 17 ans d’existence, quel bilan en tirez-vous sur le plan sociétal ?

“Nous avons aujourd’hui 85 salariés et une équipe de football professionnelle, totalement issue du centre de formation, qui évolue en première division. Avec un budget de 1 million d’euros par saison, nous avons réussi à remporter le championnat du Sénégal il y a quelques années et donc à participer à la ligue des champions africaine”.

« Certains de nos joueurs font de belles carrières »

Quelles sont vos sources de financement ?

“Il est important de ne pas dépendre des subventions et des dons. L’intérêt d’avoir une équipe professionnelle, c’est que nous vivons des sommes générées par les transferts [un club formateur touche une somme sur chaque transfert d’un de ses anciens joueurs, ndlr]. Certains joueurs qui sont sortis de chez nous font de belles carrières en Angleterre, comme Idrissa Gueye à Everton et Pape Souaré au sein du club Londonien de Crystal Palace. Actuellement, notre équipe compte trois internationaux”.

En plus de Dakar, Diambars a une antenne à Johannesburg. Pensez-vous encore ouvrir de nouvelles structures ?

“Je ne peux pas vous l’annoncer avec certitude, puisque rien n’est fait. Malgré tout, nous sommes en train de réaliser des études de faisabilité pour implanter de nouvelles structures en Côte d’Ivoire et au Maroc”.