Samedi 12 Mars avait lieu le vernissage d’une photographe tout à fait prometteuse qui n’est autre que notre Laura Tangre locale. Le sujet de son travail ? La gare de Perrache sous tous ses angles, avec ses allés et ses venants, ses habitants et ses colonnes de béton grisâtre.

Quelle fut ma surprise lorsque je découvris qu’une artiste s’était attelée à la tâche de montrer la vivacité de ce lieu ferroviaire, toujours animé par des passants occasionnels.

Perrache est toute mon enfance, pour cette petite fille du Cours Charlemagne que je suis, cette Gare est comme une plaque tournante des voyageurs, des sans domicile fixe, des vendeurs de ci et de ça, des  immigrés perdus sans repère, des habitants de Oullins ou de Sainte-Foy.

C’est aussi est surtout une frontière matérialisée par ses quais entre deux grands quartiers, l’un est connu pour ses plaisirs à bas prix inscrits dans un quartier neuf tandis que l’autre est réputé pour son côté bourgeois inséré dans des immeubles aux plafonds gigantesques à la limite du style Haussmannien.

Pourquoi le choix de ce quartier ?

C’est surtout l’architecture qui l’a intéressée, elle y voyait toutes ces personnes rassemblées qui sans arrêt passaient et venaient chaque jour sans jamais se connaître au milieu de toutes ces verreries et de ces carrelages colorés. Mlle Tangre voyait Perrache comme un ensemble construit en plusieurs années qui s’aggloméraient les unes sur les aux autres, elle l’apparente à une fourmilière où chacun a son but, chacun sa fonction au sein de ce bâtiment construit et reconstruit en plusieurs temps avec à chaque étage une surprise qui peut être une crèche, un centre de séjour ou une école d’art.

Alors armée de son outil de travail, elle est allée voir tout ces personnages qu’elle souhaitait mettre sur scène dans ce centre social et sociologique, elle se rendit à la station de métro, à la cour sur les toits de Perrache, sur la voie des passages entre la Gare des trains et le bâtiment commercial, sous le tunnel où les voitures côtoient l’amiante et les passants.

Elle n’a pas réussi à remarquer des « habitants » dans cette Gare ; « des habitants » au sens de personnes qui passaient le plus clair de leur temps de cet endroit immense. Elle vit surtout ces gens qui ne faisaient que passer, qui s’étaient malgré tout attachés à cette place, en s’appropriant ces coins et ces grands recoins obscurs ou éclairés.

Le but de Mlle Tangre n’était pas de basculer dans l’exposé sociologique ou architectural de la Gare, mais seulement de faire un état des lieux, de mettre en scène ce que pensent tous ces passants lorsqu’ils se rendent sur les lieux.

C’est ainsi qu’en sillonnant les coins et les recoins de cette Gare de Perrache, la photographe a put faire le portrait de nombreuses personnes qui lui ont chacun offert des petites anecdotes sur leurs quotidiens, sur ce passage ponctuel dans ce si grand lieu, en lui permettant d’ériger un portrait de la Gare.

Par exemple, elle rencontra ce vieil homme solitaire qui avait pour passe temps de s’assoir et de se sentir accompagné de la présence de toutes ces personnes anonymes qui passaient devant lui de façon éphémère. Elle a recueilli de nombreux avis positifs mais aussi des regrets venant des habitants des alentours et des habitués qui déploraient la vétusté des lieux ainsi que le fait que cette antique question de réhabilitation ne soit pas posée sur la table.

Perrache est un lieu qui commence à être plus qu’une zone de passage, qu’un foyer des problèmes sociaux de la région, elle devient une place à part entière pourvue d’une identité forte qui souhaiterait un nouveau rayon de Soleil sur ses côtes bétonnées et ses carreaux blanchâtres inhumains.

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