Le Parti Démocrate Progressiste (PDP) tunisien donnait un meeting ce vendredi soir à Villeurbanne. Le PDP est candidat aux élections du 23 octobre 2011 dont le but est de former une Constituante, une assemblée chargée de doter la Tunisie d’une Constitution ainsi qu’en vue de futures élections législatives.

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Un peu plus d’une centaine de Franco-tunisiens étaient présents au CCVA de Villeurbanne afin d’assister au premier meeting du PDP à Lyon. Créé en 1983 sous l’impulsion de l’avocat Ahmed Nejib Chebbi, le PDD a fait parti de l’opposition durant les années de la dictature.  Le leader, grand opposant du régime de Ben Ali (il entame une grève de la faim en 2007 à l’âge de 66 ans) énonce les grandes lignes du programme politique du parti en vue des élections du 23 octobre. Parmi les militants lyonnais présents figurent une majorité de femmes dont Amel Hamda Lala Bouali, secrétaire générale du parti à Lyon.

Les militants semblent pragmatiques sur la situation politique et économique actuelle, pouvant devenir rapidement explosive avec l’augmentation continuelle du chômage : « Il faut du temps pour mener à terme une révolution même si le temps presse, il est important de mettre en place des réformes rapidement » indique l’un d’entre eux.

L’enjeu est de taille en France pour les partis politiques tunisiens candidats aux futures élections. Avec des recettes en devise s’élevant à 4,6%  du PIB soit 3 milliards d’euros par an, les 600 000 électeurs Franco-tunisien représentent un poids non négligeable dans les élections.

Après le discours viennent les questions du public. Plusieurs auditeurs interpelleent Néjib Chebbi  sur l’incident qui s’est déroulé au cinéma Afrik’Art à Tunis, saccagé le 26 juin par un groupe d’extrémistes religieux venus protester contre la projection du film « Ni Allah ni maître » de la réalisatrice Nadia Féni, rebaptisé depuis « Laïcité Inch’Allah ». Bilan de l’incident : des vitrines brisées, le directeur frappé au visage et huit personnes interpellées par la police. Les questions portent davantage sur ce dramatique évènement que sur le programme du PDP: « Il y a dans le public des militants du Enahddha, ils lui reproche de vouloir défendre la liberté d’expression », confie une personne souhaitant rester anonyme.

Devant l’insistance des questions, Néjib Chebbi réitère sa réponse : « Je condamne l’utilisation de la violence. Le respect de la religion est nécessaire car la liberté d’expression a une éthique, le respect du droit des femmes de se voiler ou non » et fait la proposition de l’obligation de neutralité des imams, à l’instar des policiers et des magistrats sur les questions politiques.

Les femmes et les jeunes, fer de lance de la Révolution

La crainte de voir un parti islamiste arriver au pouvoir est prise au sérieux par les militants du PDP, et notamment sur la question de l’égalité des conditions pour les Tunisiennes :

« Je fais confiance aux Tunisiennes qui sont conscientes que devant l’urne, elle aura voté pour un idéal de société. La liberté des femmes est un acquis très important. Je ne crois pas qu’elles le perdront aussi facilement. La femme tunisienne a toujours participé à la vie active. Elle tient à ce que sa fille étudie, travaille, même avant le mariage » indique Safia Mestiri, épouse du leader du parti.

La révolution est partie du sud à la mi-décembre après la tentative de suicide de  Mohamed Bouazizi  le 17 décembre 2010, pour remonter vers les grandes villes du littoral un mois plus tard avec entre temps des solidarités qui se sont créés depuis la jeunesse issue des milieux ruraux jusqu’à la bourgeoisie de la capitale, transcendant ainsi les classes sociales : « Du sud vers la capitale, les jeunes se sont donnés la main et se sont retrouvés autour des mêmes buts. Ils continuent encore à communiquer. La dignité n’a pas de prix » conclue Safia Mestiri.

 

Rafika Bendermel