Une visite ministérielle s’était déroulé le vendredi 12 juillet en Guyane. Lors de cette visite express qui a duré moins d’une journée, le premier ministre Jean Castex a précisé que « la République n’a pas ménagé ses moyens » pour endiguer l’épidémie sur le territoire. Pourtant, certains habitants s’indignent face à ce discours et alertent sur l’insuffisance des moyens mis en place.

 

Infographie illustrant la situation géographique de la Guyane. Crédit : Le Parisien.

Située en Amérique du Sud, la Guyane est un département français d’Outre-mer qui se trouve à côté du Brésil et du Suriname. Une position géographique qui n’a pas été à l’avantage de ce territoire français durant cette crise sanitaire car la Guyane est un carrefour migratoire et le Brésil est devenu l’épicentre du covid-19 depuis le mois de Mai.  

Des failles dans la gestion de la crise

En Guyane, « la situation épidémiologique semble s’améliorer et la mobilisation de l’Etat n’est pas étrangère à cette évolution », selon le Premier Ministre, Jean Castex. Mais ce qui est étrange, c’est que « depuis 2 semaines, on recense un décès par jour », nous confie Malika*. Avec près de 6900 cas de coronavirus détectés ces derniers jours, la Guyane est le territoire ultramarin le plus secoué par le coronavirus. Cette flambée de cas recensé depuis le déconfinement n’est pas due au hasard, nous explique Malika*. C’est toute une stratégie qui se cache derrière la situation actuelle du département. « Le Directeur de l’ARS Guyane voulait que notre pic de contamination se fasse après celui de La France pour que la Guyane puisse bénéficier des moyens humains » et c’est exactement ce qui s’est passé. Même si le département a pu bénéficier du soutien de la France, les habitants déplorent une faille au niveau de la gestion de la crise sanitaire. Pour eux, tout ce qu’ils vivent actuellement aurait pu être évité en étant réactif. « Il aurait fallu bloquer réellement les frontières » et  « empêcher les vols commerciaux » car les premiers cas de coronavirus du territoire ont été des cas importés et « les plus gros clusters se sont formés à la frontière du Brésil », affirme Cédric*, un agent de la Collectivité Territoriale de la Guyane. 

Situation épidémiologique de la Guyane ces 3 dernières semaines : 

  Cas confirmés Guérisons Décès
       
Semaine du 06/07 au 11/07 5946 2981 26
Semaine du 13/07 au 18/07 6655

(+709)

4272

(+1291)

37

(+11)

Semaine du 20/07 au 23/07 6883

(+228)

5277

(+1005)

39

(+2)

 

Des hôpitaux à bout de souffle

Depuis le début de cette crise, on entend beaucoup dire que les habitants ont été confiné trop tôt mais le vrai problème sur ce territoire n’est pas le confinement mais le « manque de moyens. » Un manque de moyens évoqué par toutes les personnes que nous avons rencontrées. « La crise du covid-19 a mis en relief les problématiques » de la Guyane, explique Cédric*. Dans  les hôpitaux, ce manque se fait ressentir à travers les évacuations quotidiennes des patients vers la Martinique et la Guadeloupe pourtant « Jean Castex affirmait lors de sa venue qu’il y avait 10 lits de libre en réanimation » s’exclame Malika*. Le département a également réduit le nombre de tests et le dépistage est passé de 1200 à 500 tests effectués par jour. Une baisse due au manque de réactif sur le territoire. Dans cette région d’outre-mer, le domaine de la santé va mal. « Il n’y a pas assez de spécialistes » et « les hôpitaux font avec ce qu’ils ont », plaide Bob*, professeur des écoles.   La population « se débrouille en consommant des remèdes à base de plante » confie Malika*. En Guyane, la débrouille est devenue le mot d’ordre. La situation des hôpitaux se dégrade et le syndicat UTG, du parti socialiste guyanais a tiré la sonnette d’alarme.  Une manifestation a eu lieu (hier) le 22 juillet pour réclamer une augmentation du nombre de lits en réanimation.

Précarité : un facteur aggravant

À cela s’ajoute le manque de moyens au niveau des collectivités. Dès le départ, les frontières guyanaises n’ont pas été fermées. Gérer les flux de population qui entrent dans le territoire en pleine crise sanitaire était devenu un casse-tête lorsque les moyens mis en place sont insuffisants. Certains membres de la population vivent dans des bidonvilles où la précarité ne permet pas d’avoir accès à l’eau pour pouvoir appliquer les gestes barrières. Lorsque les habitants du territoire entendent le Premier ministre dire que « la République n’a pas ménagé ses moyens », certaines personnes comme Cédric* se disent que « l’allocution du Premier ministre n’était pas un discours de fond mais une énorme opération de communication. »

Lorsqu’on connaît les réalités du terrain, il est difficile d’accepter qu’en Guyane, « la situation épidémiologique semble s’améliorer.» En tant que citoyenne, Malika* « ne veut pas entendre le discours du premier ministre » et pour elle,  « tout ne va pas bien. » L’Etat devra revenir faire ses preuves auprès des Guyanais pour pouvoir regagner la confiance de cette population française d’Amérique du Sud.

 

* : Les prénoms ont été modifiés.