Depuis un certain nombre d’années, le Parti socialiste laisse les quartiers populaires de côté, favorisant une politique plutôt libérale. L’un des enjeux de ce congrès est de reconquérir ces quartiers et leur électorat plutôt tourné vers l’extrême droite.

Au congrès de Poitiers, les socialistes réaffirment leurs intentions envers les quartiers populaires. La déclaration de Manuel Valls concernant « l’apartheid social » fin janvier avait amené le débat au sein de sa majorité. Pendant son discours, il réaffirme que la République doit être le moteur de ces quartiers, pas l’islamisme. Il annonce plusieurs dispositifs qui pourraient aider ces quartiers à émerger, notamment celui de « politique de la ville », qui pourra accompagner des projets sur le long terme.

L’abstention inquiète

Tous les socialistes n’approuvent pas la « méthode Valls », notamment Christian Paul, député de la Nièvre et chef des fondeurs qui nous déclare  sur le fort taux d’abstention dans ces quartiers :

« Depuis 2014, on constate que les jeunes n’ont plus la foi envers les politiques. Il y a également une défaillance démocratique très forte. Je ne l’impute pas aux gens qui ne vont pas voter, mais plutôt aux politiques qui ne donnent pas envie de voter. C’est au Parti socialiste d’avoir des propositions concrètes envers ce public. Mais la politique libérale qu’il propose n’aura jamais une base électorale populaire. L’abstention de l’électorat de gauche favorise la montée du FN. L’argent, il n’y en a jamais assez pour la reconstruction des quartiers. Je pense que la question aujourd’hui est de trouver nouvelles formes démocratiques. Le challenge que nous avons à mettre en place est de remettre les citoyens dans le jeu pour produire, avec eux, l’avenir de leur territoire. Cela demande qu’ils nous fassent confiance, mais cela demande du travail ».

Il est vrai que les chiffres lors des dernières Européennes lui donnent plutôt raison. Le gouvernement, voyant ces jeunes dériver vers les extrêmes, tente au cours de ce congrès de lancer une opération de séduction envers cet électorat oublié. Il lance mesure sur mesure, notamment en promettant des crédits importants sur le dispositif de la politique de la ville.

Réduire les inégalités, le mot d’ordre

Depuis une quinzaine d’années, les inégalités se creusent entre les jeunes des quartiers populaires et les élites. Des centaines de dispositifs, notamment sur les questions d’emploi ou d’insertion sociale, ont été mis en place, en vain. Nous interrogeons le ministre du Travail et de l’insertion François Rebsamen sur ces questions :

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François Rebsamen, Ministre du travail et de insertion

«Il faut l’accompagnement nécessaire pour ces jeunes, c’est la priorité de mon ministère. Nous avons mis en place un certain nombre de dispositifs comme le « pack de la deuxième chance ». Cela a permis à un certain nombre de jeunes issus de ces quartiers de retrouver du travail. Je crois qu’il faut continuer dans ce sens-là. Nous allons mettre en place un nouveau dispositif, « les contrats starters », à cause d’une discrimination assez élevée, concernant plus les jeunes garçons que les jeunes filles des quartiers. J’ai donc demandé au Préfet de Région de recenser, personne par personne, tous les diplômés et tous les qualifiés dans les quartiers et qui n’ont pas eu de proposition. Pour ceux qui sont plus loin de l’emploi, on a mis en place avec l’Union Européenne la garantie jeune. Ce dispositif permettra à des groupes de quinze jeunes, accompagnés pendant un an par les missions locales, d’avoir non-seulement une indemnité de l’ordre de 500 euros par mois, mais également un suivi sur la recherche d’un emploi et sur le savoir-être. Cela est en train de porter ses fruits. Je suis allé dans plusieurs quartiers français constater ce travail. Cela commence à avancer. Je reste à la disposition des jeunes en matière d’emploi. »

C’est bien beau de mettre plusieurs dispositifs en place, mais cela représente quand même un travail de fourmi, notamment au sein des collectivités locales et territoriales. On peut également parler des patrons qui ne jouent pas le jeu. Ces derniers n’aiment pas forcément recruter des jeunes issus des quartiers. Le meilleur moyen de faire avancer ces questions serait-il de punir financièrement ces entreprises qui ne jouent pas le jeu ? Et la discrimination ? Que Faire ? Ces jeunes se sentent oubliés par les politiques. Ce qui peut expliquer parfois leur radicalisation. Nous espérons que ces mesures permettront à ces jeunes de respirer et de trouver une stabilité dans leur vie.

Il reste deux ans au PS pour convaincre les français et rester à la tête du pays. Ils promettent monts et merveilles pour que l’électorat des quartiers populaires revienne vers le gouvernement. Ce congrès est une « drague électorale » pour aplanir les angles. Deux ans, c’est peu pour réduire ces inégalités. Vont-ils y parvenir ? Rien n’est moins sûr. Mais les cadres du parti assurent qu’ils prennent la problématique à bras le corps. Tout va bien (ou pas).

 

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014.
Twitter : @AazzabEtienne

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