Le Lyon Bondy Blog vous propose un nouvel épisode des chroniques judiciaires du Tribunal de Grande Instance de Lyon. Cette semaine, une rixe entre membres de la communauté des gens du voyage, sur fond d’alcool et de conflits familiaux.

L’après-midi s’annonçait chargée pour les magistrats du Tribunal de Grande Instance de Lyon. Sept dossiers devaient être jugés en comparution immédiate. Celui qui nous intéresse était le premier à être présenté à madame le Juge. Ce sera également le seul pour lequel la magistrate et ses deux assesseurs suspendront la séance pour un long délibéré. Simon* a 21 ans et est membre de la communauté des gens du voyage. Depuis bientôt 2 ans, il est père d’un petit garçon et vit en concubinage dans une caravane qu’il qualifie de « pot de yaourt ».  Un environnement exigu propice à quelques tensions, d’autant que la concubine de Simon est mère au foyer. Par le passé, le prévenu a vivoté quelques temps avec des petits boulots en intérim avant de se retrouver au RSA. Pour compléter le tableau, le jeune homme est défavorablement connu des services de police. Il a une condamnation pour des menaces de mort proférées alors qu’il était mineur mais surtout quatre condamnations pour outrage envers des agents de police, une pour violence et une dernière pour conduite sans permis.

Un voisinage sous haute tension

Depuis un mois, Simon et sa petite famille ont élu domicile au lieu-dit la Picardière. Rapidement les conflits ont germé avec un des principaux occupants du lieu, établi depuis 20 ans. La situation a dégénéré pour de bon en fin de semaine dernière, en pleine nuit. Habitué des coups de sang et de son propre aveu porté sur la bouteille et le pétard, Simon semble nourrir une véritable rancœur envers son voisin. A moins que ce ne soit de la jalousie : celui qui est considéré comme le maître des lieux est établi depuis 20 ans avec sa grande famille dans des bâtiments en dur. Le pot de yaourt de la petite famille de Simon occupe un petit bout de terrain délimité par un grillage. C’est sous la chaleur de la mi-août que la situation va s’embraser. Au beau milieu de l’après-midi, Simon commence à ingérer une vodka / jus d’orange. Au beau milieu de la nuit, le tintamarre incommode son voisin qui fait appel à un équipage de la gendarmerie. Arrivés sur les lieux, les deux militaires se retrouvent au beau milieu d’un violent échange de noms d’oiseaux entre les deux hommes. Simon rappela même à la présidente du tribunal qu’il n’avait jamais quitté les limites de sa parcelle mais ne se souvient pas du nombre de verres qu’il a bu.

Manque de confiance envers la police

Quelle quantité d’alcool Simon avait-il dans le sang au moment des faits ? Impossible à dire, d’autant qu’il n’a pas été arrêté et qu’aucun examen médical n’a été pratiqué. Lui dit avoir peu bu, ce que la présidente ne trouve pas crédible vu l’état d’énervement et d’agitation décrit par les forces de l’ordre. Des forces de l’ordre qu’il n’aura cessé de harceler par téléphone. A dix-sept reprises ,il tenta de joindre le service d’urgence du commissariat la plus proche. « Je voulais qu’une autre patrouille intervienne. Je trouvais qu’ils étaient trop proche de mon voisin. » Dans son réquisitoire, le procureur prend en compte la récidive et l’alcoolisme de Simon. Il requiert une peine de 8 mois de prison dont 6 avec sursis, l’interdiction de paraître à Saint-Bonnet-de-Mure, l’obligation de soin et de travail. Le tout assorti d’un mandat de dépôt, c’est-à-dire d’un trajet direct entre le tribunal et la prison. Pour sa défense, l’avocate plaide l’absence de dangerosité de son client, qui n’a jamais usé d’arme blanche ou à feu, que les forces de l’ordre n’ont pas jugé nécessaire d’emmener en cellule de dégrisement. Elle note aussi que Simon a fait une demande de logement social et est en recherche active de travail. Après un long délibéré, la présidente du jury prononce une peine plus légère que le réquisitoire : 6 mois de prison dont 4 avec sursis, assortis de deux ans de mise à l’épreuve. S’il a été relaxé pour les 17 appels au standard du commissariat il a dû quitter Saint-Bonnet-de-Mure et s’acquitter de 100 euros de dommages-intérêts envers un gendarme.