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Sur la question de l’emploi des jeunes, quel est votre constat et vos solutions ?

Je pense qu’on a une urgence absolue de prendre soin de notre jeunesse. On n’a absolument pas pris conscience de la désespérance qui s’est installée. Les jeunes perdent confiance en eux. Je garde contact avec cette réalité-là mais je crains que beaucoup dans nos hommes et femmes politiques ne se rendent pas compte de l’état dans lequel est tombé une bonne partie de la jeunesse qui n’arrive pas à reprendre pied. l’emploi et la formation sont les réponses centrales à apporter. Les jeunes étaient déjà en difficulté avant la crise sanitaire et économique, ça va l’être encore plus ces prochains mois. Il ne faut pas sous-estimer ce qui va nous arriver. Quand la crise sanitaire s’arrêtera, les entreprises n’auront plus les prêts garantis par l’État et beaucoup vont mettre la clé sous la porte. Il va y avoir un phénomène de file d’attente qu’on connait un peu dans tous les secteurs. En 2021, les diplômés de cette année réussiront peut-être à avoir les quelques emplois mais les diplômés 2020 qui galèrent déjà depuis un an vont être chassés. Sous la présidence de M.Wauquiez, la région s’est désinvestie de la formation professionnelle. En 6 ans, moins de 100 000 entrées en formation professionnelle. En comparaison, il y en a eu 200 000 en Occitanie. Vous avez donc des pans entiers de notre industrie comme la  métallurgie et l’agroalimentaire qui ne trouvent pas de mains d’œuvre. On estime à 500 000 le nombre d’emplois fixes et saisonniers non-pourvus dans ce territoire alors que nous avons 500 000 chômeurs de catégorie A. Cette région n’a même pas fait l’effort de former ces gens pour les mettre devant les emplois. Je trouve ça scandaleux ! Je veux qu’on soit la région qui garantit l’accès au premier emploi pour tout jeune de 18 à 30 ans. Il faut que les postes vacants, les formations professionnelles et les demandeurs d’emploi se rencontrent, faire en sorte que ça match entre un employeur potentiel et employé potentiel. Quand il y a un frein à l’embauche du côté de l’employeur, il faut venir le soulager et le rassurer en prenant en charge le salaire de la période d’essai du jeune. Si la réticence vient plutôt du jeune à propos des transports ou du logement, la région les prendra en charge durant les premiers mois pour amorcer la pompe. Il faut une vraie révolution dans la manière dont on considère cette question du premier emploi. Pendant les deux ans qui viennent c’est notre priorité.

Comment finance-t-on ces aides ?

Une agence existe déjà aujourd’hui : l’Agence du développement économique. Elle a 300 employés et s’occupe essentiellement de faire rayonner nos entreprises à l’étranger et vice-versa. Il faut qu’elle se focalise sur la question de l’accès au premier emploi pour permettre une relance économique. Pendant deux ans, tous les moyens et toutes les ressources seront mises là. Evidemment, on augmente le budget de cette agence pour qu’elle puisse faire face à toutes ces tâches. Nous proposons de multiplier par 10 son budget de fonctionnement qui passera  d’à peu près 10 millions d’euros à l’heure actuelle à 100 millions d’euros. C’est une vraie ambition mais il ne faut pas croire qu’il n’y a pas d’argent déjà dépensé. Il existe de multiples dispositifs d’insertion et de financements européens. Les acteurs tels que les missions locales font du bon travail mais ils s’adressent à des publics très spécifiques. La puissance publique doit reprendre la main sur ce sujet primordial et coordonner tous les actions effectuées. Nous avons le contact avec les entreprises, les industries,  les agriculteurs, les acteurs de la montagne. Il faut être ambitieux, regrouper toutes ces missions pour en faire quelque chose de fructueux, d’utile aux gens. En l’occurrence, ce qui serait utile, c’est que les jeunes puissent trouver un emploi et pas simplement avoir un salaire à la fin du mois.

Quelles sont vos ambitions sur les autres domaines, transports logements   ?

Dans la liste de tous les sujets qui ont été désertés depuis 2015 , il y a les maillages et la tarification sociale du transport. On reviendra à la gratuité des TER et des trains pour les moins de 25 ans les plus précaires et des transports scolaires par exemple. La région ne fait plus grand-chose sur la question du logement social et étudiant. Pourtant, il y a de quoi faire. Il faut construire des logements haute qualité environnementale pour les étudiants et les apprentis. La jeunesse doit se mélanger avec des espaces de coworking qui permettent aussi d’accueillir des jeunes travailleurs qui n’arrivent pas à se loger tout de suite. Ce sont de beaux sujets et de belles ambitions. Je ne comprends pas qu’on ne le fasse pas.

Êtes-vous pour une plus grande autonomie de la politique régionale de santé ?

Une région a d’ores et déjà des compétences majeures en matière de santé. Commençons par les utiliser et les faire fonctionner. Je ne dis pas qu’il ne faut pas en demander plus mais je trouve qu’il y a une forme d’hypocrisie à dire qu’il faudrait décentraliser. En tant que région, nous avons la charge des formations sanitaires et sociales. Il faut tout mettre en place pour que les étudiants soient les meilleurs possibles, viennent de toute la diversité possible et que les études ne soient pas trop cher pour eux avant de demander plus de pouvoir. La Région a aussi la compétence en matière de lutte contre les déserts médicaux et nous en avons sur notre territoire que ce soit en zone rural mais aussi parfois en ville dans des quartiers populaires. C’est pourquoi nous proposons de salarier directement des médecins et des infirmiers. 1000 personnels de santé seront déployés dans des centres et maison de santé pluridisciplinaires qu’on ouvrira dans les zones que nous auront repéré grâce à  une étude de terrain mais nous connaissons déjà les besoins dans le Cantal et l’Ardèche par exemple.

Pour le monde de la culture, les deux ans qui viennent de passer ont été compliqué. Avez-vous une idée de comment les aider en complément de ce qui est fait au niveau local ?

Le terrain de la culture est très important. Je voyais bien quand j‘étais en charge de la politique culturelle pour la région Rhône alpes en quoi doubler le budget pouvait vraiment changer les choses. Dans cette période de confinement, alors que les acteurs de la culture ont affreusement souffert, la Région n’a à aucun moment pris l’initiative de les réunir pour évoquer avec eux la suite. À la fin de ce confinement, les gens auront une énorme envie de culture. Ils en ont ras le bol de Netflix et de la solitude de leur appartement. Tout le monde rêve de pouvoir aller voir un spectacle ou un concert. Un âge d’or de la culture se prépare mais il faut l’accompagner. À la reprise, on aura ce phénomène de la file d’attente que j’évoquais tout à l’heure pour l’emploi. On ne peut pas raisonnablement sortir toutes les œuvres en attente depuis un an. On devra faire des choix et renoncer à des choses. Ce qui prévaut dans ces cas-là, c’est privilégier le connu plutôt que l’émergent. L’émergence risque donc d’être laminée par cette période qu’on vient de traverser. La puissance publique doit être au rendez-vous en venant  soutenir l’innovation. Il ne faudrait pas que la nouvelle génération culturelle ait la tête coupée. La puissance publique doit également être présente sur la question de l’accessibilité de ces spectacles notamment pour les jeunes. Ils ont particulièrement manqué de moments de festivités et de culture. La démocratisation implique des tarifs adaptés et une puissance publique qui accepte de soutenir tout ça. Nous allons également créer 1000 tiers-lieux dans la région. Ce sont des lieux dans lesquels la culture ou encore le sport viendra à nous. Ils seront ouverts à la fois dans des zones rurales et périphériques. Pour faire ce travail-là, comme le soutien aux festivals, on le fera en collaboration avec des collectivités locales.

Est-ce que vous ne travaillerez qu’avec les municipalités socialistes ? Et les autres municipalités ?

Je pense qu’on peut me faire plein de reproches mais surement pas sur l’intégrité politique. D’ailleurs, c’est sans doute une faiblesse quand on voit la façon dont la vie politique semble fonctionner. On se dit qu’il faut être roublard à un moment ou à un autre, forcément trahir et être déloyale. Je suis désolée ce n’est pas moi, ça ne me correspond pas et ne m’intéresse pas. Dans l’exercice des responsabilités, je peux vous dire que jamais je n’ai été mue par autre chose que de donner le plus à ceux qui ont le moins. C’est l’un des sujets sur lesquels je me suis exprimée assez fortement. Je trouve que c’est important. Le jour où je serai présidente de cette région, je mettrais en place un système d’audit annuel réalisé par un cabinet et des ONG pour avoir une forme de transparence et regarder à quoi ont servi nos subventions et nos aides. On ne va pas attendre un papier de Médiapart pour montrer la déconnexion totale de ce qu’on donne par habitant en fonction du département. Tous les ans on verra sur quels critères objectifs nos subventions ont été adoptées. Pour ce qui est des aides aux entreprises, il y a la nécessité de les conditionner. On doit soutenir l’activité et l’emploi mais quand on a affaire à des entreprises ou industries polluantes et que c’est avéré c’est normal, si on les soutient, de leur demander de mettre fin à telle ou telle activité carbonée. Si on a affaire à des entreprises dans lesquelles il y a vraiment un sujet social ou de discriminations, évidemment qu’il faut mettre de la conditionnalité sociale aux aides que la région verse. Il y a une forme d’exemplarité interne et externe à assurer.

Kenza Sammari