CHRONIQUE DU BLED V. Il y a des soirs de bonheur où tout peut devenir sombre d’un seul coup…de téléphone. Nabil en a fait la triste expérience, le 3 avril dernier.

Utilisateur GSMSamedi dernier, j’étais à un mariage kabyle. Tous les kabyles de la région lyonnaise se connaissent ou presque et sont très soudés. Les jeunes mariés, dont nous célébrons le bonheur ce soir-là, sont originaires du même « douar » algérien (lieu composé de plusieurs villages qui s’organisent ensemble). La fête est à son comble quand une nouvelle commence à circuler dans l’assemblée. Je demande à mon cousin de me dire ce qu’il se passe. Il me regarde, l’air inquiet, et me dit qu’il va appeler son frère qui habite en Kabylie pour savoir ce qu’il en est.

Il faut savoir qu’en Kabylie, il y a très peu de gendarmes. Ce sont donc les habitants qui assurent eux-mêmes la protection du « douar ». Une responsabilité collectivite qui, ce soir du 3 avril, va se transformer en cauchemar. Ces gens, issus de la population locale viennent en effet d’être visés et tués par un groupe de 30 personnes (ndlr : non-revendiqué). Un premier engin a explosé au passage du fourgon qui les transportait.

La bombe a été minutieusement préparée après un repérage des lieux et une longue surveillance des habitudes et de l’itinéraire des agents de sécurité. Une deuxième bombe, déclenchée à distance, a explosé une heure après la première, tuant un militaire et en blessant deux autres. Une opération de ratissage de grande envergure a alors été menée par les forces de sécurité dans la région pour identifier les auteurs de cet attentat.

Après son coup de téléphone, mon cousin m’explique que les personnes qui ont été tuées sont toutes connues des gens présents au mariage. Certains sont même des cousins très proches. Cette nouvelle en bouleversa plus d’un et je sentis que certaines personnes s’affolaient autour de moi, craignant le pire pour leur proche.

Au total, 8 personnes sont mortes lors de ces attentats. C’étaient des jeunes, pères de famille, qui faisaient simplement leur devoir. Mais pour les Algériens, les jours de mariage et les jours de deuil se confondent bien trop souvent, encore aujourd’hui.

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Auteur : Nabil Merad

La rédaction

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