photo by Danny Howard (dannyman), flickr creative commons

Le regard de notre société sur la mort est en train de se transformer. La ville de Lyon compte bien initier ce changement. Pour la première fois en France, l’art s’exprime dans un cimetière et invite nos perceptions à s’élargir. Une exposition des meilleures photos prises par les participants au concours « au delà des clichés », un concert de jazz, des conférences variées, sont quelques unes des animations proposées du 2O septembre au 20 octobre à l’intérieur  du cimetière de Loyasse (5ème arrondissement). Le but est simple: redonner vie à ce lieu et faire renaître le passé.

« On ne se crée que parce qu’on se souvient des anciens »

Le cimetière n’est habituellement pas le lieu auquel on pense si on veut passer une journée agréable. Pourtant, il fait partie intégrante du patrimoine culturel et celui de Loyasse, dont la ville de Lyon fête les deux cents ans, recèle bien des originalités. A travers lui c’est une partie de l’histoire de Lyon qui se dessine. En son sein des milliers de destinées uniques, banales, tragiques, extraordinaires, héroïques ont écrit une part d’histoire. A commencer par Marc Antoine Petit, à l’origine de la création de ce cimetière et fondateur de la Société de Médecine de Lyon. Bien d’autres illustres et moins illustres personnalités sont à découvrir comme celle du mystique chrétien Philippe de Loyasse, ami du tsar et de la tsarine, ou celle d’Emile Guimet, qui a crée notamment le musée national des arts asiatiques à Paris. Loyasse est aussi une merveille du patrimoine lyonnais pour les richesses architecturales dont il regorge. Sur les 170 chapelles qu’il compte, seulement deux sont identiques. Chaque tombe est une oeuvre artistique, reflet d’une époque, mémoire d’un personnage et d’un créateur. Les propos de Céline Ayraut ajoutent encore une autre dimension à l’intérêt du lieu:

« Nous souhaitons que les gens cassent leurs habitudes. On peut venir dans un cimetière pour réfléchir, grandir. C’est aussi important de faire vivre la mémoire des défunts qui sont enterrés là et de redonner au cimetière la place qu’il avait auparavant, c’était un lieu d’échange, de rencontres.  Sans jeu de mots, nous voulons redonner vie au cimetière. »

photo by Danny Howard (dannyman), flickr creative commons

La mort pensée autrement

« Nous célébrons plus qu’un cimetière, plus que la personne qui a fait construire ce cimetière, plus que Loyasse même, nous célébrons une réflexion de notre temps. C’est important car au 20ème siècle on a voulu occulter la mort. Je crois que la période est en train de changer. On constate de plus en plus de considération, de réflexion sur la mort sur l’après mort, plus de respect des ancêtres. Il y a une propension des gens à venir visiter les tombes de gens célèbres. Certes ça a toujours existé mais c’est un phénomène qui prend de l’ampleur. On est heureux d’accompagner voire d’amplifier ce phénomène à Lyon… »

Les propos de Jean Louis Touraine, premier adjoint au maire de Lyon et député PS de la 3ème circonscription, décrivent un autre enjeu de l’évènement: ramener la réflexion sur la mort au coeur de la vie de l’homme. Le cimetière est propice à ce type de méditation mais il n’est qu’un point de départ pour initier une réflexion au centre de la société.
 Les organisateurs espèrent que l’évenement touchera et rassemblera des gens de  tous âges, de toutes conditions et notamment des jeunes et des enfants. Le programme a d’ailleurs été crée dans ce but là. Jean Louis Touraine ajoute:

« Je suis d’une génération, après 1945, où on n’amenait presque jamais les enfants au cimetière. On voulait les protéger de la mort. Mais il faut au contraire que les enfants s’approprient le cimetière, qu’ils y viennent, regardent, posent des questions, sans réserve excessive. Il ne faut pas en avoir peur. Ils sont destinés comme nous tous à y finir, il faut chasser les inquiétudes inutiles qui viennent de l’ignorance et n’étant pas ignorants ils le redouteront moins. »

Initier le mouvement, c’est simplement prendre le temps de la réflexion et transformer son propre regard. Et qui sait ? Comme le dit l’adjoint au maire: « On verra dans notre civilisation beaucoup plus de conférences sur la mort qui ne seront pas tristes mais seront des reflexions, une compréhension de notre vie, une réflexion philosophique de l’avant et de l’aprés… »