Mercredi 9 novembre, le mini-bidonville en face du cimetière de la Croix-Rousse a été évacué et détruit. Une douzaine de personnes, dont six enfants, se retrouve à la rue.

« Qu’est ce qu’il se passe ? » Narcissa vient de rentrer de l’école avec ses deux petites sœurs. « Tu ne pourras plus retourner à ta cabane, répond Monique. Ils sont venus la détruire ». Il est un peu plus de midi, ce mercredi 9 novembre, et devant chez elles les trois fillettes trouvent leur famille sur le trottoir. En face d’eux, la police leur interdit l’accès aux petites cabanes de fortunes dans lesquelles elles vivaient, en face du cimetière de la Croix-Rousse, Lyon 4e. Le peut d’affaires qu’elles possèdent sont entreposées sous l’Abribus pour les protéger de la pluie fine glaciale qui a remplacé les premières neiges de l’automne depuis peu. Les parents n’attendent plus que les enfants pour partir.

Installation d’un mini-bidonville 

Voir article « Ceci n’est pas un camps de Roms, c’est un bidonville »

s1360074

Les cabanes dans lesquelles vivaient les familles. Photo Alban Elkaïm

Quelques familles roms s’étaient installées sur ce terrain de la Métropole, dans le courant de l’été. L’une avait récemment quitté les lieux pour retourner en Roumanie. A ceux là s’ajoutaient un couple et un ou deux célibataires. Une douzaine de personnes en tout au moment de l’expulsion, dont six enfants, âgés de 2 à 12 ans. D’abord installé dans des tentes, tout ce petit monde avait peu à peu bâtit des cabanes. « Ils venaient de mettre des bâches pour se protéger du froid, l’un d’eux avait même installé un poêle », soupire Monique Sabouret, de l’association Agir tous pour la dignité quart monde (ATD quart monde).

Avec les associations, les habitants de ces abris de fortune avaient réussi à scolariser quatre des enfants. Monique Sabouret venait faire des lectures pour eux et leur apprendre des comptines. « Ils s’étaient habitués à certaines histoires. Il y en a qu’ils connaissent bien et qu’ils commençaient à lire eux-mêmes », sourit-elle.

Un bulldozer s'apprête à raser les cabanes. Photo Alban Elkaïm

Un bulldozer s’apprête à raser les cabanes. Photo Alban Elkaïm

Pendant qu’elle parle, un bulldozer jaune prend position sur le terrain. Bientôt, sa pelle balayera les cabanes comme des brindilles et tout aura disparu.

Car les familles occupaient le terrain de façon illégale. « Dès le 2 juillet, la Métropole a déposé plainte pour demander l’évacuation », explique, la veille de l’expulsion, David Kimelfel, maire du 4e arrondissement et premier vice-président du Grand Lyon. L’édile affirme alors ne pas savoir quand aurait lieux l’opération. La décision du tribunal était tombée le 15 septembre : le terrain serait évacué. Samedi, les résidents du mini-bidonville avaient été informés qu’ils devraient quitter les lieux mercredi au plus tard…

 

Une expulsion sans relogement

s1360067

La douzaine de personnes expulsées protège sous l’Abribus tout ce qu’elle possède de la pluie. Les enfants s’y abritent aussi. Photo Alban Elkaïm

« On ne sait pas quoi faire maintenant », s’emporte l’un des parents alors que les soudeurs s’activent pour poser les barrières métalliques qui interdiront désormais l’accès au terrain. « Personne ne nous a rien proposé. Le 115, y a rien ! J’ai les papiers, nos enfants vont à l’école, mais je n’ai pas d’argent pour aller autre part ! » Peu probable que Narcissa et les autres retournent à l’école de quartier, place du commandant Arnaud, où elles allaient depuis trois semaines. Selon les représentants associatifs la situation risque d’être trop instable dans les jours qui viennent. Par la suite, les familles s’installeront où elles pourront, certainement trop loin de l’établissement pour y envoyer les petites.

« Un travail a été fait pour trouver des solutions de relogement depuis le 2 juillet, assurait le maire du 4e le jour d’avant. Certains ont été relogés. Mais pas tous, c’est pour cela qu’il y a encore du monde. »

En attendant, tous les habitants des quelques cabanes alignées sur le mur tagué du terrain s’en vont sous la pluie, à la recherche d’un endroit où passer la nuit. « Je viendrai te voir là où tu seras », promet Monique Sabouret à Narcissa. « Ce sera où ? », demande l’enfant ? « Je ne sais pas… »