Edouard Philippe et Jean-Michel Blanquer ont deux combats communs au cours de ce quinquennat : la réforme des filières au lycée et la réforme du baccalauréat. Une réforme qui va chambouler un système en place depuis 1995. Voici de quoi mettre un peu de lumière sur la probable future organisation scolaire pour les actuelles classes de troisièmes de cette année.

Depuis sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a fait comprendre que de la maternelle à la faculté, l’éducation serait une de ses priorités. Face aux inégalités que représentent les choix de filière (51 % des élèves en S, 17 % en L), le ministère veut relancer une dynamique et une diversité scolaire pour casser cette hiérarchie. Selon le gouvernement, tous les bons élèves en lettre comme en mathématiques tendent vers la S qui ouvrirait plus de portes dans l’imaginaire collectif, paupérisant les filières ES, L et technologiques.

Un système modulaire qui veut individualiser les parcours

« Quatre matières seront passées en contrôle terminal, les autres seront validées en contrôle continu », annonçait Emmanuel Macron au magazine L’Etudiant en mars 2017. La création de classes modulaires au lycée générale consiste à supprimer les filières S, ES et L pour les remplacer par quatre matières obligatoires et communes : français, philosophie et maths, ainsi qu’une quatrième inconnue pour l’instant. Les élèves devront choisir les autres matières en fonction de leurs goûts et aptitudes. Cela a pour but d’individualiser les parcours des étudiants, de casser la hiérarchisation des filières générales et de préparer les élèves à l’insertion professionnelle. Personnaliser les parcours scolaires pourrait, selon la SGEN -CFDT (Le Syndicat général de l’Éducation nationale), réduire l’échec scolaire, puisque les élèves auraient au préalable pu essayer différentes matières.  Les prérequis professionnels seront donc validés avant les études supérieures et les heures de cours seront diminuées, de quoi faire des économies pour l’Etat.

 

Un syndicat des enseignants en colère

Le Syndicat national des enseignants du second degré n’est pas de cet avis. Après avoir étudié le fonctionnement du système modulaire en Angleterre, celui-ci affirme que le « lycée à la carte » serait encore plus rigide que notre organisation actuelle. Plus fragile car plus dispersée, les élèves seraient coincés dans des modules qui accroîtraient les inégalités du savoir. « Pour   qu’une   organisation   du   lycée   puisse   éviter “d’enfermer”   les   élèves   dans   une “spécialisation précoce”, une voie de formation “cloisonnée”, il faudrait que l’élève puisse changer de champs disciplinaires étudiés d’une année sur l’autre. Or ce n’est absolument pas possible en Grande-Bretagne : […] il est strictement impossible, par exemple, de choisir “histoire” ou “mathématiques” pour le A2 level (year 13) si on n’a pas étudié ces disciplines pour le AS level (year 12) », constate le syndicat. La diminution de mobilité étudiante sera également réduite après le parcours scolaire. Puisque la professionnalisation aura lieu avant les études supérieures, changer de parcours pendant les études supérieures sera plus difficile.
Le dernier point que conteste les syndicats est social. Ils craignent que le choix des filières ne relève pas d’un problème d’organisation, mais du milieu et des pressions sociales que subiraient les élèves. En fonction de leur sexe, ou encore de leurs notes, de leur établissement.

Credits : SNES

Credits : SNES

 

 

 

 

 

Le baccalauréat est le « totem » à faire tomber pour le gouvernement. Gianni Colombo rappelle dans L’évaluation des systèmes éducatif : « il ne faut pas oublier que l’évaluation représente l’une des phases constitutives de l’action éducative. Pourtant, considérer l’évaluation comme le cœur de la question risque d’aboutir à l’exacerbation d’un seul aspect spécifique de l’ensemble de la thématique scolaire et revient à fragmenter un discours qui doit, au contraire, être abordé dans sa totalité ». Les professeurs encore formés traditionnellement ne seront probablement pas prêts à ce nouveau fonctionnement sans de nouvelles réformes. Des élèves âgés de seulement 14 ans ne semblent pas aptes à décider sans doute leur parcours professionnel. Pour qu’un tel projet marche, il faudra qu’il soit bien encadré et financé.