La Fondation Alice Milliat est la première fondation créée et dédiée au sport féminin en Europe. Abritée par la Fondation du Sport Français, elle est aujourd’hui reconnue d’utilité publique. Aurelie Bresson, actuelle présidente, revient sur le combat mené et sur la place de la femme au sein du journalisme sportif. 

 

L’objectif de cette fondation étant de réduire les inégalités entre les femmes et les hommes dans le milieu sportif, il va de soi qu’elle compte améliorer la relation entre le sport feminin (amateur et professionnel) et les médias. La progression de cette dernière est notamment due à l’explosion de certains médias spécialisés dans ce domaine.

 

L’histoire de la fondation Alice Milliat

Alice Milliat, grande pionnière du sport feminin français inspirant un grand nombre de personnalités féminines. Après une carrière de rameur et d’entraîneur de football, elle consacre le restant de sa vie dans la lutte pour l’égalité hommes/femmes dans le sport. Elle fonde la Fédération sportive féminine internationale et impacte grandement la création des premiers jeux olympiques féminins. A sa mort, son nom devient légende et sa notoriété impacte sérieusement le combat pour le sport feminin. Sa statue a d’ailleurs fait son entrée à la Maison du sport Français aux côtés de Pierre de Coubertin, en complète contradiction avec les valeurs de cette ancienne sportive. Pour lui, les femmes n’étaient pas faites pour le sport et se devaient se cantonner à remettre des bouquets de fleurs lors des compétitions. 

Alice Milliat n’a pas été reconnue à sa juste valeur et a été écartée par les instances et mise aux oubliettes”, affirme Aurélie Bresson. Par conséquent, en 2016, la Fondation Alice Milliat est créée. “Ce nom là fait reconnaître que le sport feminin et la place des femmes dans le sport ont sa propre histoire. On veut accompagner, valoriser et financer des projets en faveur du sport féminin” ajoute la présidente de la Fondation. Tout au long de l’année, des projets sont déposés au titre de la Fondation où un comité de collecte se réunit tous les mois pour labelliser les projets. La Fondation Alice Milliat a également des projets européens, propres à eux, comme l’organisation du premier tournoi de rugby amateur mixte, repoussée mais qui devrait voir le jour. “Le but est de porter haut les valeurs de mixité et de l’égalité du sport féminin.” conclut Aurélie Bresson.

 

La parole se libère 

Son rôle de présidente de la Fondation Alice Milliat et celui de fondatrice du premier média de sport féminin Les Sportives, Aurelie Bresson a tout intérêt à réagir au récent reportage de Marie Portolano “Je ne suis pas une salope”. “J’ai ma propre équipe de journalistes et de rédactions, c’est une réelle prise de conscience pour moi, je pense qu’avec ce genre de documentaire, tout homme s’est remis en question en se disant « est-ce que j’ai déjà sorti un truc deplacé à une femme avec une attitude sexiste?« , pense-t-elle. En accord avec le propos, elle blâme également l’exigence physique demandée par la télévision. D’après elle, la femme part avec un handicap, “on attend à ce qu’elle soit présentable, plutôt jolie avec des habits qui la mettent en valeur”

Il y a tout de même un point à déplorer selon Aurelie Bresson. En effet, le reportage de Marie Portolano s’est focalisé sur le journalisme sportif audiovisuel. Pourtant, le problème persiste dans tous types de rédactions sportives. “Il a manqué de complément avec ce qui peut survenir dans des rédactions, dans les médias réseaux sociaux ou webzines, qui sont tout aussi importants mais moins apparents.” s’explique t-elle. Néanmoins, Aurelie Bresson n’enlève pas tout le mérite qu’a eu l’émission, particulièrement au niveau de la transparence avec le téléspectateur. “Ce documentaire a été transmis avec tact, avec tout le vécu et le récit, en conservant des mots vulgaires comme « salope”, justifie la fondatrice des Sportives. Elle pense ainsi que certains hommes se sont sentis concernés par le propos. “Il a fallu un fautif, c’est Pierre Ménès, il a pris pour tous les hommes, pourtant il n’est pas le seul, ça va éveiller de nombreuses consciences”, estime Aurélie Bresson.

 

Le combat ne fait que commencer

Tout cela conforte mes engagements et mes convictions” révèle Aurelie Bresson. Ce documentaire conforte son envie de faire bouger les lignes et de changer les mentalités. La fondation tente également d’évoluer au niveau politique et d’éveiller les consciences. Le souhait est de mettre en lumière les bonnes initiatives et les bonnes pratiques. Pour elle, il y a une forme de reproduction sociale dans le milieu du sport. “Il va falloir quelques générations avant que les choses ne bougent. Je reste persuadé qu’avec les étudiants d’aujourd’hui, il n’y aura pas la même notion d’égalité que dans le passé”, souligne la présidente de la Fondation Alice Milliat. Malgré des progrès notoires, le chemin est encore long pour un jour espérer parvenir à une place plus juste pour la femme dans le milieu du sport. “Il y a un grand pas à faire en avant, en tout cas, on ne lâchera pas.”, conclut Aurélie Bresson. 

Fière de son parcours, son combat est encore long, mais avance à vive allure.