Deuxième partie de l’interview d’Antoine Mellies, le nouveau responsable du Rassemblement National dans le Rhône. L’élu de Givors livre sa vision pour la ville et la Métropole de demain. 

“Lyon Bondy Blog : Dans la course à la mairie de Lyon, quelle sera la stratégie du Rassemblement National face à Gérard Collomb ? 

Antoine Mellies : Ça n’est pas encore décidé. Il y aura déjà un projet sur lequel nous sommes en train de travailler. Contrairement à ce que l’on nous dit, Lyon n’est pas plus agréable à vivre qu’avant. Je vois des phénomènes inverses, avec des personnes qui partent à la campagne ou en banlieue car ils ne supportent plus les conditions et le cadre de vie. Mais la question qui va se poser ce sera d’abord celle de notre candidat ou candidate. On va attendre la décision souveraine de la commission nationale d’investiture. Ce qui est certain, c’est que nous aurons un rôle à jouer sur le plan municipal mais également sur le fond. Il y a certains sujets dont nous avons le monopole et qui sont les angles morts des autres candidats. 

LBB : Lesquels ? 

A.M. : La sécurité par exemple. Même le candidat de droite n’en parle pas. Je pense à Etienne Blanc qui a démarré une campagne sur le thème “la ville plus douce à vivre”. J’ai cru qu’il était écologiste. Il y aura un vrai sujet qui concerne toutes les métropoles régionales : est-ce que Lyon a pour vocation de devenir l’équivalent de Paris ? Est-ce que ce qui fait l’attractivité de Lyon aujourd’hui ce ne sont pas des choses comme le logement abordable, scolariser convenablement nos enfants, ne pas passer sa vie dans les embouteillages ? Et encore, tout cela est en train de disparaître sous nos yeux. La vocation de Lyon n’est elle pas de rester une ville à taille humaine ? Quand j’ai vu Gérard Collomb dire : “Il faut gagner 30000 habitants, c’est le sens de l’Histoire de devenir une métropole qui va rivaliser avec Hambourg, Gênes, Milan, Barcelone etc…”.  Je considère, au contraire, que ce qui fait la spécificité des communes de France c’est qu’elles sont agréables à vivre. On va avoir un phénomène de reflux car la ville de Paris est complètement saturée en terme de mobilité, de cadre de vie, d’accession au logement et de sécurité. Ce phénomène se fera vers les campagnes et vers les villes de province comme Bordeaux, Toulouse et Lyon. Soit on densifie à bloc, soit on fixe une limite pour le nombre d’habitants. On voit déjà poindre tous les défauts que l’on trouve à Paris. On devrait les atténuer et proposer un modèle alternatif qui pourrait servir de modèle pour d’autres villes métropoles à la croisée des chemins comme Bordeaux, Toulouse, Marseille et Lille.  Ensuite l’autre question qui va se poser c’est quelle relation entre la ville de Lyon centre et ses territoires ? La vocation est-ce, comme à Paris, de passer les 10 000 euros au m2  , un peu de logement social et entre les 2 des logements inabordables pour les classes moyennes, que l’on refoule toujours plus loin ? Ou alors on veut une ville avec une réelle mixité sociale, qui n’est pas la mixité culturelle, avec une vraie relation entre le centre-ville et les territoires péri-urbains avec la préservation de notre formidable capacité agricole. 

LBB : Le fait que vous ayez déplacé le siège du Rassemblement National à Irigny fait partie de cette politique ? 

A.M. : C’est purement interne. On a été obligés de quitter Lyon car ça nous coûtait trop cher de relouer un local sur Lyon. Irigny c’était transitoire compte tenu du fait qu’à l’époque on avait des problèmes de financement, avec quelques soucis au niveau national. Nous avons vocation à avoir une antenne lyonnaise. Je ne sais pas quand, mais les élections municipales auront de l’importance. Ce n’est pas un choix délibéré, c’est la gestion au cas par cas par rapport à une situation compliquée. La question qui se posera à un moment ce n’est pas de remplacer mais d’additionner.

LBB : Il y a un  territoire du Rhône sur lequel vous faites de bons scores, qui est le Beaujolais. Avez-vous également une politique d’implantation ?

A.M. : Nous travaillons déjà à implanter des candidats dans des communes de 600, 800, 1500 habitants. On ne sais pas qui partira avec l’étiquette RN ou sans étiquette. Ce n’est pas une histoire de ne pas assumer, mais la tradition dans les communes rurales c’est que le maire est sans étiquette. Ça n’aurait pas d’intérêt de présenter absolument une étiquette politique. La question se pose mais on a déjà des personnes qui ont fait valoir leur candidature. Il est évident qu’on ne sera pas en mesure d’aligner sur toutes les communes de la Métropole. L’objectif est d’en avoir le maximum et de se concentrer sur nos zones fortes. 

LBB : Votre objectif  est donc l’est lyonnais ?

A.M. : Oui mais pas que. Il y aussi le sud, le Val-de-Saône avec les maires Synergies mais cette zone est contrastée. Le vote local n’est pas forcément le même que le vote national. On sera peut-être en mesure de présenter des personnes implantées localement dans le nord et l’est lyonnais. 

LBB : La dernière enquête du CEVIPOF qui indique qu’il ne devrait pas y avoir de nouvelle vague de dégagisme, vous inquiète-t-elle ?  

A.M. : On verra, mais je crois qu’ils se trompent pour deux raisons.  Comme pour les élections législatives il y a eu cette vague de dégagisme, après l’élection d’Emmanuel Macron il y a un nouveau clivage qui se structure. Même si l’élection municipale est celle qui atténue le plus l’équation nationale compte-tenu des enjeux locaux, ça va percer. On a 13 communes RN, je ne ferai pas de projections au niveau national, mais on en aura bien plus. Ça c’est le premier point, le deuxième c’est qu’il y aura une vague locale de dégagisme car il y a beaucoup de maires qui sont là depuis trop longtemps, qui ne savent pas partir. Ce seront les électeurs qui les feront partir. Le phénomène de superposition du clivage populiste / mondialiste est en train de fonctionner même au niveau local. Nous serons en mesure de présenter un maximum de candidats capables de créer des coalitions locales pour l’emporter. La question ne se pose pas dans l’Hérault, le Var, le Vaucluse et  le bassin minier qui sont des coins où l’on a fait près de 40% des voix au dernier scrutin. Dans le Rhône, la Métropole nous a bien fait baisser. Il y a des poches où nous sommes en mesure d’arriver aux responsabilités et de créer un contre pouvoir. 

LBB : Pendant longtemps votre parti avait un discours national voire européen, pour ces élections  il faut aussi avoir un discours local à propos de la gestion locale….

Il n’y a pas qu’un discours, il y a un bilan également. Nous avons 13 mairies donc 13 bilans. 13 bilans qui démontrent que la gestion par un maire étiqueté RN c’est globalement très différent de la gestion d’un maire de droite ou de gauche. C’est différent au niveau de la fiscalité : pas d’augmentation voire baisse des impôts locaux. C’est très différent au niveau de la gestion des dépenses, des endettements. C’est très différent au niveau du cadre de vie : nos maires n’ont pas privilégié les zones commerciales mais l’embellissement de leur cœur de ville, la survie et l’implantation des petits commerces de proximité. Au niveau de la sécurité c’est également différent, avec le discours totalement décomplexé de nos maires sur la police municipale. Ils les ont dotés des effectifs et des moyens nécessaires pour pallier au manque de moyen de la police nationale . Regardez Fréjus et Beaucaire, les résultats sont spectaculaires. C’est aussi la lutte implacable contre le communautarisme, avec le respect des principes de laïcité et de la République française. Dernièrement à Mantes-la-Ville, une salle municipale qui était utilisée par une association cultuelle musulmane, le maire a obtenu de la récupérer avec le soutien du préfet mais il a dû être un peu sportif. Le bilan est très clair et très bon. C’est marrant que les médias n’en parlent pas, car si le bilan avait été mauvais les médias en parleraient, ce qui n’est pas le cas. Le bilan est donc globalement très, très positif. Ensuite ce sera notre discours. Quelle sera la plus-value des listes soutenues par le Rassemblement National ? Premièrement c’est le courage, deuxièmement la vision. Comme je vous disais nous défendons la commune car là où s’exerce la démocratie locale c’est au niveau communal. Le maire est à portée de baffes. On défend que le maire ait les compétences car c’est vers lui que les administrés se tournent lorsqu’il y a des problèmes. On défend également la gestion d’un art de vivre qui n’est plus partagé par beaucoup d’élus sortants. Le projet municipal c’est d’abord un projet local, je ne vais pas vous décliner le projet à Bron ou à Saint-Priest. Il y a des lignes directrices, mais après nous sommes très attachés au principe de libre administration des collectivités. Les maires administreront librement leur commune. 

LBB : Vous êtes donc contre le développement de la Métropole ?

A.M. : Nous sommes totalement contre l’extension de la Métropole, et il n’y a pas que nous. Aucune commune n’est favorable à intégrer la Métropole de Lyon. Echalas, Loire-sur-Rhône, Longes et Trêves ont intégré Vienne Agglo. Le périmètre de Vienne Agglo qui est en Isère, s’étend maintenant à tout le sud du Rhône. Ils ont une communauté d’agglomération où ils ont encore un peu le pouvoir même si Longes ne pèsera pas longtemps face à Vienne. Pour la première fois on va avoir un scrutin où pour la première fois on va avoir des maires qui ne seront pas représentés au conseil métropolitain. Deuxième chose, c’est encore une intercommunalité dans son état d’esprit. La Métropole de Lyon est une collectivité à part-entière. L’intégrer signifie fiscalité supplémentaire et perte des compétences. Notamment sur la voirie, ils auront de moins en moins la main sur le traitement des déchets et sur le PLU. Le maire gouverne et doit avoir la main sur son foncier et sa stratégie en matière d’urbanisme. A Givors, il y a des parcelles qui étaient constructibles qui ont été classées non constructible par Michel Le Faou. La maire a manifesté son mécontentement mais c’est tout. Regardez, Jean-Michel Aulas fait semblant de soutenir Kimelfeld, il ne va pas voir la maire de Décines pour faire modifier le PLU, il va voir le président de la Métropole. Le pouvoir politique des maires est en train d’être vidé de sa substance à l’heure où les administrés ne savent pas quelles sont les compétences de la Métropole de Lyon. 

LBB : Comme vous le disiez, les électeurs métropolitains ne savent même pas à quoi ressemblera le scrutin, allez-vous utiliser cette campagne pour expliquer ce transfert de pouvoir ? 

A.M. : Bien évidemment mais il y a une grande inconnue, c’est comment vont se comporter les électeurs. Ils vont aller dans un bureau de vote , où ils vont être sensés voter deux fois. Le deuxième ça va être le procès de cette Métropole bulldozer. J’ai fait les 2/3 des réunions de quartier : la Métropole revient à chaque fois. Tout le monde disait que le service de nettoyage de la voirie était plus efficace lorsque la mairie s’en occupait. Au moins ils allaient au bout du chemin car si ce n’était pas le cas, l’habitant appelait l’adjoint qui était à portée de baffes. 

LBB : Y-a-t-il moyen, selon vous, de faire en sorte que la Métropole soit plus proche de vous ?

A.M. : Ce n’est pas nous qui allons faire disparaître la Métropole car c’est une création législative. Cette campagne servira à faire le bilan de ceux qui ont dirigé cette Métropole où les directeurs de service ont plus de pouvoirs que les élus. Il va falloir réorienter cette politique et corriger ses excès. Je considère qu’il faut un moratoire au principe de métropolisation pour que notre Métropole devienne un exemple pour d’autres bassin de vie comme Bordeaux, Marseille, Toulouse. L’antenne de la Métropole ne doit pas être à l’extérieur de l’Hôtel de ville mais à l’intérieur. Avec la multiplication des établissements, on finit par ne plus rien comprendre. Ensuite, la redistribution des pouvoirs entre la Métropole et les communes. Les voiries, par exemple, doivent être rétrocédées aux communes. Le cadre de vie ne doit pas être une compétence exclusivement métropolitaine. 

LBB : On vous répond que la métropolisation permet de faire des économies d’échelles… 

A.M. : Elles sont où ces économies ? Vous avez vu l’explosion de la fiscalité ? La taxe sur les ordures ménagères permet de générer un excédent alors que c’est interdit. Il n’y a pas eu d’économies d’échelles. La commune de Givors a transféré de très nombreuses compétences à la Métropole de Lyon. Ça n’a pas suivi au niveau de la maîtrise des effectifs. On a une baisse homéopathique des effectifs de la commune de Givors.  Il y a une arithmétique locale voire clientéliste et la rigidité du code de la fonction publique du droit territorial. Ça s’est superposé avec des effectifs pléthoriques. Surtout, les citoyens n’ont plus la maîtrise sur la politique qui est décidée par un grand élu tout puissant et leurs directeurs de services. 

LBB : Vous disiez qu’il fallait donner plus de pouvoir aux communes. Au sein de la ville de Lyon, faut-il donner plus de pouvoir aux arrondissements ? 

A.M. : Il faut retravailler toute la chaîne de décision , notamment sur les aménagements. Il faudrait que les mairies d’arrondissement aient un fonds d’initiative qui décident de décider de manière souveraine ce qu’ils souhaitent faire sur telle ou telle voirie ou parc. “

 

 

 

 

La rédaction

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