Anne-Sophie Mathis est originaire de Nancy. Âgée de 37 ans, elle pratique la boxe depuis 21 ans. Elle possède un palmarès éloquent dans la catégorie super-léger : 27 victoires (23 KO), 3 défaites (1 KO) et neuf victoires sur douze aux championnats du monde. Le LBB l’a interviewée sur son parcours et le rôle éducatif que peut apporter la boxe.

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Bonjour Mme Mathis. Pouvez-vous raconter votre parcours ?

Anne-Sophie Mathis : Depuis que j’ai seize ans, je pratique la boxe. J’ai d’abord commencé par la boxe pieds-poings dans un club à Nancy. Il y avait une personnalité qui m’a donné l’envie d’aller au plus haut niveau. Au bout de six ans, je me trouvais meilleure aux poings. Depuis ce temps, je suis allée à Dombasle Boxe, l’école phare de l’Est. J’ai commencé les combats professionnels. J’ai additionné les victoires qui m’ont permis de participer aux championnats d’Europe en 2005 et aux championnats du monde en 2006.

La boxe est une école de la vie, permet-elle un lien social ?

Oui, elle le permet. J’ai eu un gros manque de communication étant plus jeune. Je n’arrivais pas trop à parler. J’avais tendance à me battre pour un rien. Avec ce sport, j’ai appris à communiquer, m’ouvrir et aller vers les gens. J’ai notamment appris des règles. Une belle école de la vie.

 Est-ce que le travail et la détermination vous ont permis de réussir dans la boxe ?

Je pense que c’est un bon cocktail. J’ai toujours eu un caractère bien trempé. Quand je veux quelque chose, je l’obtiens. Je me suis toujours donné les moyens. Par le biais de la boxe, j’avais un cocktail de punch et de persévérance.

Le LBB a traité récemment de la boxe féminine dans les quartiers populaires. Les boxeuses nous racontaient comment ce sport permet d’avancer dans la vie. Justement, que vous a apporté la boxe ?

J’ai perdu mon père à l’âge de douze ans. Ma mère était seule pour nous élever. Elle avait un travail qui lui prenait tout son temps. Étant jeune à cette époque-là, on était libre. Je sortais de l’école, je rentrais chez moi, je posais mon cartable et je faisais ce que je voulais. Je n’étais pas en concordance avec l’école et la loi. J’ai fait pas mal de conneries. C’est le sport qui m’a remis dans le droit chemin. Une sorte de deuxième chance.

©federation francaise de boxe

© fédération francaise de boxe

 

Êtes-vous amatrice ou professionnelle ?

Je n’ai jamais été amatrice. Depuis mes débuts, je suis professionnelle. J’ai dû avoir un travail à côté en complément. C’est un emploi qui m’a permis de m’entrainer à 100 %. J’étais rémunérée dans le cadre d’une activité sportive pendant trois ans. J’ai pu également passer des diplômes d’éducatrice sportive. Cela m’assure une reconversion.

Depuis de nombreuses années, la boxe masculine est en berne. Finalement, la boxe féminine est un peu le porte-drapeau de la boxe française…

Oui, on peut dire ça. Il n’y a pas beaucoup de boxeuses féminines qui sont au top niveau. Le nombre de licenciés hommes est largement supérieur. On est loin derrière. Après tout, on n’est que deux championnes du monde. La plupart ont arrêté. Dans la boxe féminine en France, on est que six professionnelles, alors que les garçons sont beaucoup plus nombreux. Simplement, pour organiser des championnats du monde, c’est un gros coût financier. Les primes ne sont pas intéressantes pour ces derniers. En France, on n’a pas forcément les moyens. Donc, ils sont obligés de se délocaliser pour combattre. Mais le problème pour boxer à l’étranger, c’est qu’il faut être une tête d’affiche ou gagner par KO.

Arrivez-vous à conjuguer vie professionnelle et vie de famille ?

On est habituée. Quand je prépare un combat, je m’entraîne matin et soir. Généralement, l’après-midi je me repose. J’ai une journée et demie par semaine pour me consacrer à ma famille. On essaye de caler ça en week-end, le samedi ou le dimanche. Cela me permet de les retrouver.

Au cours de sa carrière, Anne-Sophie Mathis a battu notamment en 2011 à Albuquerque, Holly Holm, une grande boxeuse américaine. Le prochain combat de cette championne est le 27 juillet contre Christina Hammer à Dessau en Allemagne pour le titre vacant W.B.O. Bon courage à elle.

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014.
Twitter : @AazzabEtienne

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