L’association 6ème Continent, la référence lyonnaise en matière de Musiques du Monde, fête ce mois-ci son 6ème anniversaire. Son directeur, Mohamed Sidrine, a partagé pour l’occasion ses meilleurs souvenirs et anecdotes.

 Bonjour Mohamed Sidrine. Avant de nous parler des origines du 6ème Continent, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ses missions ? En 2010, le « 6ème Continent » c’est :  un Festival de musique du monde,  un lieu de rencontre et de partage, un laboratoire pour les artistes locaux, des cours de danse, des expo photos, une salle de spectacle, des partenariats avec des dizaines de structures locales, mais aussi et surtout, une équipe de bénévoles de tous âges et de tous horizons très impliqués.

Eh bien, il a dû vous falloir une bonne dose d’énergie pour développer autant de projets !

Vous savez, on est parti de rien. Avec une bande de copains, on a commencé par un petit festival de musiques du monde sur Oullins. A l’époque, si on parvenait à rassembler 200 personnes, c’était le bonheur ! Aujourd’hui, le festival « 6ème Continent » attire près de 15 000 visiteurs chaque printemps.

Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer ce projet  ?

Il y a 20 ans, à Lyon, les musiques du monde étaient totalement invisibles, hormis dans les cercles familiaux et communautaires. Avec des amis, tous d’origines étrangères, on a voulu changer la donne. Et je peux vous assurer que les débuts n’ont pas été simples !

Pour quelles raisons ?

A cette époque, les élus locaux ne voyaient pas du tout l’intérêt de mettre en lumière les musiques du monde. Je me rappelle même qu’en 96, quand le directeur de la biennale de la danse a eu le courage de faire participer au défilé, pour la première fois, toute la diversité, ça a fait couler beaucoup d’encre ! Heureusement, les choses ont évolué. Les élus ont fini par saisir les enjeux même si ce n’est pas toujours suffisant.

Quelle est la chose la plus difficile pour vous aujourd’hui ?

La chose la plus dure ? Eh bien, vous voyez, je viens d’aller voir le médecin et j’ai découvert que ma tension était à 15. Tenir un tel projet vivant, c’est vivre constamment sur le fil, dans un état de précarité permanent, sans jamais pouvoir se projeter. Mais je ne lâcherai pas pour autant…

Qu’est-ce qui vous fait tenir finalement ?

Le militantisme, évidemment ! Et puis, la satisfaction de rencontrer chaque jour des dizaines d’adhérents formidables, à l’esprit ouvert, ayant le désir de faire avancer les choses.

Vous êtes un expert des musiques du monde. Quel est votre regard sur ce style musical ?

D’un point de vue national, je remarque que les musiques du monde, contrairement à d’autres styles musicaux comme le jazz ou l’électro, ont du mal à se structurer et à être visibles dans les grandes salles de concert. Maintenant, d’un point de vue local, je peux dire que nous possédons un vrai vivier de talents comme Bebey prince Bissongo, par exemple.

Quelles actions menez-vous pour promouvoir ces musiques ?

Nous travaillons beaucoup sur la programmation du festival annuel. Cette année, le thème est le Brésil. Nous allons donc faire venir des artistes brésiliens. Mais ce genre d’initiative n’est jamais acquis. Par exemple, l’année passée, nous avions choisi pour thème le Maroc et j’ai eu la mauvaise surprise d’apprendre que 32 des 86 artistes invités ne pouvaient pas se rendre à Lyon, faute de visa. Heureusement, pour l’édition 2010, les artistes brésiliens n’ont pas à faire de demande de visa. Mais si ca continue ainsi, on va être contraint de faire une édition suisse en 2011 (rire) !

Pour tout savoir sur la programmation et les événements du 6ème Continent

Auteur : Pascale Lagahe

La rédaction

Crée en 2008, la rédaction du Lyon Bondy Blog s'applique à proposer une information locale différente et complémentaire des médias traditionnels.