Portraits croisés d’une Lyonnaise amoureuse de Japon et d’un Japonais, passionné par la France.

La France, le pays-monde adoré par tous les étrangers. Ce pays, qui n’a  jamais connu une immigration japonaise comme le Brésil ou les États-Unis, voit aujourd’hui une onde de japonais débarquer : non seulement pour passer des vacances, mais aussi et surtout pour apprendre la langue de Molière, comme Yusuke Asakura, 24 ans, étudiant en Lettres Modernes à Lyon 3.

« Mon intérêt pour la France est venu par la langue. Je trouvais le français très beau, les voyelles, la prononciation, la façon dont on s’exprime en Français. Contrairement aux autres étudiants, je ne me suis jamais intéressé à la culture Française avant de venir, ma passion n’a été vraiment que la langue. » Croire que le Japon se résume aux sushis et aux mangas est l’un des grands préjugés créés par la majorité des Français qui s’intéressent à ce pays. Marie, elle, a découvert le pays du soleil levant à travers la littérature. Elle a même fini par en tomber amoureuse…

« Mon histoire d’amour entre le Japon a commencé lorsque j’ai entendu une chanson en japonais. J’ai trouvé ça beau, magique et j’ai décidé d’apprendre la langue. Il y a aussi le fait que ma famille a un passé lié à l’Asie, mon grand-père vient du Cambodge. Quand j’étais en terminale, j’ai décidé de faire du japonais à la fac. Comme j’aimais beaucoup bouquiner, j’ai décidé d’aller à la fac pour faire un LCE (Littérature Culture Etrangere) en Japonais et c’est à partir de là qu’est naît ma passion pour la culture Japonaise

Marie part en septembre au Japon dans le cadre de son doctorat. Sa proximité avec les Japonais lui a permis de comprendre un peu mieux leurs us et coutumes et ainsi, de ne pas seulement aimer la vision mythique du Japon. « Sans jamais avoir été au Japon, mais avec le vécu partagé entre des amis japonais et des connaissances que j’ai acquises grâce à mes études, je dirais que la société japonaise est très hiérarchisée, très compliquée et n’accepte pas facilement les étrangers. »

De son côté, Yusuke regrette un peu l’image « manga » de son pays.  « C’est pour cela que j’appelle “abruti” celui qui aime le Japon des mangas, des jeux vidéos, car il parle d’un Japon merveilleux où tout le monde aime tout le monde, ce qui n’est pas vrai. » Par contre, il affirme n’avoir eu aucun mal à s’adapter à la vie lyonnaise. « Je trouve normal d’avoir des difficultés à s’adapter lorsque l’on ne parle pas bien le Français. On cherche ses racines pour ne pas être perdu… Mais par rapport aux autres asiatiques, comme les Chinois, nous sommes beaucoup moins communautaires. Moi, par exemple, j’ai beaucoup plus d’amis Français ou non japonais que des japonais. » déclare Yusuke.

Marie rebondit sur ses propos :  « Je dirais que les Chinois ont en quelque sorte peur de l’autre, car les occidentaux, parfois, les acceptent mal. Les Japonais aiment aussi rester entre eux, mais ils sont bien plus facilement intégrés parce que le Japon est un pays riche et très occidentalisé et il n’existe plus de sentiment anti-japonais en Occident ».  L’intégration des Lyonnais ou de n’importe quel Français dans le Pays du Soleil Levant reste cependant bien plus compliquée. Même les Sansei, Yonsei, c’est-à-dire, les fils et petit-fils des immigrés qui sont partis au Brésil pendant la Guerre, ne sont ni vus ni acceptés comme des Japonais (même s’ils parlent le Japonais et ont un phénotype japonais).

Peur de tout ça ? Quelques mois avant de partir pour sa nouvelle vie à l’autre bout du monde, Marie dit ne pas s’inquiéter. Quant aux Japonais-lyonnais, Marie affirme qu’ils « nous apprennent des choses, nous font redécouvrir des particularités dont on ne se rend plus compte à cause de la routine qui ferme nos yeux. C’est toujours marrant de voir un Japonais venir chez moi et m’offrir un ‘bon vin’, français, choisi par lui-même (rires) ».

Alesson Souza

La rédaction

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