Une écriture singulière, une histoire de survie dans un monde d’inégalités sociales. Voilà ce que propose Sami Kdhir, jeune écrivain à la tête de la saga « Sursis sans frontières » sortie en 2014 aux Editions EdiLivre. Une histoire brutale où le style d’écriture suit le même parcours.

Samir Kdhir, originaire de Dijon, fait basculer la ville de Lyon au cœur d’aventures sombres entre la vie et la mort. Dans sa nouvelle Séquelles, le personnage fait face aux mensonges de ses amis et aux histoires d’argent qui y sont liées. Ses personnages à problèmes, souvent violents dans les mots, se retrouvent face à des situations où fuir pour plus de liberté semble primordial. Ses romans au langage cru cachent une réelle indignation sociale, une quête sur soi-même.

« La vie est un piège. La mienne est devenue The Walking dead »

De père tunisien et de mère française, il grandit dans une famille aimante et pleine de valeurs. Comme de nombreux enfants nés dans les années 80, Olive & TomLes Chevaliers du Zodiaque ou encore Dragon Ball Z bercent la jeunesse de l’écrivain. Ces références ne le quitteront pas et certaines d’entre elles apparaissent même dans ses romans. A l’école, il est le seul élève aux origines maghrébines. Dix années plus tard, la tendance s’inverse. Sa famille déménage à Lyon, dans le troisième arrondissement. La mixité sociale règne dans les classes du collège Chaponnay. Passionné par le foot, il rêve en grand. Mais l’adolescence n’épargne pas Sami qui se renferme sur lui-même. Les ennuis commencent et ses mauvaises fréquentations s’accumulent. Il perd confiance et voit la vie comme « un piège, la mienne est devenu The Walking dead : j’avance dans un monde incertain, où la réussite ne dure jamais bien longtemps ». Il n’est pas pour autant mauvais à l’école : « Depuis tout petit, j’étais doué en Français. Je n’aimais pas forcément la rédaction, mais j’ai toujours aimé m’exprimer. Adolescent, j’écrivais des paroles. C’était plus pour m’amuser ». Malgré cela, ce n’est pas l’école qui lui a donné l’envie d’écrire.

 

L’écriture, un moyen de se libérer

 L’écriture, qui est souvent une démarche personnelle, ne joue pas uniquement sur l’influence des grands textes littéraires, mais sur le ressenti de l’auteur. L’inspiration vient généralement d’une expérience propre, que l’auteur n’hésite pas à grossir pour y forger un roman. C’est le cas de Sami pour qui, les grands écrivains comme Victor Hugo ont eu moins d’importance que les mangas japonais : « Dragon Ball Z a eu une grande influence sur moi parce qu’il y avait plein de problématiques qui sont ancrées dans nos sociétés. C’est très courant dans les mangas japonais ». Ses trois livres débordent de références musicales, de films comme Heat ou encore Scarface. C’est ce qui rythme l’histoire en plus du ton humoristique donné à quelques passages.

C’est après avoir obtenu la note de 3/20 au baccalauréat d’Espagnol que Sami décide de partir étudier en Espagne : « ça a été l’une des plus belles expériences de ma vie ». Ce dernier avait besoin de partir pour se retrouver face à lui-même, se confronter à de nouveaux challenges. A partir de ce moment, il prend conscience de l’importance du voyage pour s’émanciper. Quelques temps plus tard, il part au Mexique pour étudier l’économie. Là-bas, il renoue avec sa passion du foot et découvre une forme d’éducation plus attractive : « Ce qui était intéressant, c’est que là-bas, le prof parle autant que l’élève. En France, le fait de seulement écouter sans pour autant participer nous rend passif au cours. Mais quand on participe à quelque chose, on se rappelle de ce qu’on a fait, on va chercher les bonnes réponses ». Ce voyage est une réussite pour lui.

 

Voyager, une étape déterminante

 En voyageant hors de la France, Sami se découvre. Lancé dans l’inconnu, être soi-même semble plus aisé. Après être parti au Canada, il revient en Amérique centrale et commence à écrire le premier jet de Sursis Sans Frontières. L’idée d’écrire est, pour lui, une démarche pour faire retranscrire à ses lecteurs ce qu’une personne seule, perdue et dépassée par les évènements peut ressentir : « En somme, c’était un peu moi, même si ça ne colle pas totalement au personnage ». Il commence alors à écrire quelques idées avant de constituer son histoire : « Quand tu écris une fiction, tu écris plusieurs fois avec différentes idées puis après tu essayes de les relayer et le reste se fait tout seul. C’est ce processus-là que j’aime bien dans l’écriture ». Même s’il admet qu’il peut se lasser rapidement, il essaye d’emmener ses projets le plus loin possible. Sami avait pour projet de n’écrire qu’un seul tome de Sursis Sans Frontières. Mais après une moquerie d’un ami, il part sur une trilogie : « j’écrivais et un ami était à côté de moi, et il se moquait de moi : t’écris un livre ? Je l’ai un peu mal pris et je lui ai répondu « je ne vais pas en écrire un, mais trois ! ».

L’environnement influence les actions des personnes. C’est le message que veut nous faire passer l’écrivain : « l’environnement a une influence sur toi plus que toi, tu influences l’environnement. La majorité d’entre nous est influencée par son environnement. J’ai voulu raconter ça sous une autre forme ».

 

« Ecrire m’aide à comprendre ce qui se passe »

Malgré son style urbain, l’auteur ne compte pas faire carrière dans l’écriture. Sa saga reste un moyen d’extérioriser une pensée qui le hantait depuis des années : « C’est pour ça que j’écris, ça m’aide à comprendre ce qui se passe ». Dans sa saga, Sami n’hésite pas à montrer les différents aspects de la cité et comment la situation peut rapidement devenir hors de contrôle. Ses histoires lui servent particulièrement pour se « moquer du monde », dénoncer une réalité où les jeunes de cités sont mis à l’écart, mais tente de réussir par tous les moyens, bons ou mauvais.

Après avoir enseigné la langue de Cervantes à l’université et dirigé une entreprise pendant cinq ans, l’auteur de la saga lyonnaise a aujourd’hui d’autres projets. De nombreux jeunes n’arrivent pas à trouver l’équilibre entre les cours et la pratique d’un sport. Ce phénomène alerte Sami, grand passionné de foot. En ayant pour projet de devenir agent sportif universitaire, il trouve alors satisfaction à les aider. A cette heure, deux étudiants sont partis étudier à l’étranger avec le soutien de Sami. Rayan est l’un d’entre eux : « Il m’a avoué qu’avec mon niveau de football et mon baccalauréat littéraire, je pourrais étudier au Mexique avec une très bonne bourse. J’ai directement accepté (…) Aujourd’hui, je suis à Aguascalientes depuis six mois et je devrais commencer une carrière dans la communication et la diplomatie pour pouvoir travailler en ambassade, un métier qui me permettra de continuer à voyager. Sami a eu un rôle très important ».

 

Avec un passé orné de moments difficiles, Sami Kdhir a su tirer profit de ses expériences. Il a trouvé dans l’écriture une façon de faire le point sur sa vision de la société française. L’auteur a également appris de ses voyages sans quoi il n’aurait pas pu découvrir sa réelle personnalité.