Depuis près de 10 ans, les associations d’anciens combattants et de mémoires se battent pour faire officiellement du 27 mai une journée nationale de la résistance. Témoignage en deux parties de l’ancien résistant Maurice Luya. 1re partie : la résistance.

Le 27 mai 1943, alors que la France est occupée par l’ennemi, les organisations résistantes se réunissent clandestinement et concluent la première réunion du Conseil national de la Résistance sous la présidence de Jean Moulin. Le moment est crucial, l’avancé des alliés et la victoire sur le nazisme et le fascisme en dépendent. Et même si aujourd’hui, la date n’a pas été instituée officiellement, plus que jamais les témoins de la guerre encore vivants sillonnent les classes d’élèves par devoir de mémoire. J’ai rencontré l’un d’eux. Témoignage en deux chapitres de Maurice Luya, 84 ans, ancien résistant grenoblois et déporté français.

L’histoire commence en 1940. Maurice Luya, 16 ans, vit à Grenoble et étudie dans un lycée professionnel près de chez lui. À l’époque, le Maréchal Pétain est au pouvoir et le gouvernement français s’est écrasé devant l’Allemagne nazie. Mais en dehors des manifestations à la gloire de De Gaulle et aux valeurs patriotiques, Maurice est loin d’imaginer que dans un futur proche, son implication dans des mouvements de résistance lui coutera les pires années de sa vie.

Le jeune homme rêve de devenir aviateur. Pour cela, il n’a qu’une solution : obtenir son brevet industriel de tourneur sur béton pour pouvoir accéder à l’École d’aviation. « J’étais l’un des meilleurs élèves en atelier. J’ai passé mon brevet industriel tourneur de façon anticipée pour pouvoir remplacer dans les usines les hommes mobilisés par l’armée », raconte Maurice. Il obtiendra effectivement son brevet et commencera à travailler à 16 ans. Par la même occasion, son rêve s’envole.

L’année 42 est un tournant. Maurice a 18 ans, il allie travail et rugby. La même année, l’un de ses voisins hongrois et communiste lui propose d’intégrer le mouvement de résistance des Francs Tireurs et des Partisans Français (FTPF). « Le soir même, j’avais rendez-vous avec un homme : c’était un allemand antifasciste qui luttait clandestinement. Il a placé une bombe dans le magasin d’un collaborateur et à tout fait exploser. J’ai tout vu !, se souvient-il. La deuxième fois, on m’a demandé de créer dans le sud de Grenoble une organisation de résistance secrète, le Front Patriotique de la Jeunesse. Je recrutais alors les gars dans mon équipe de rugby, des amis d’enfance. Au mois d’août 1943, dix mois plus tard, nous étions dix-sept jeunes résistants. »

Leurs missions : distribuer de façon anonyme des tracts dans les boîtes aux lettres, réaliser des tags de propagande [« Vive de Gaulle ! À bas Pétain ! »]…« Et on a commencé à faire des attentats contre des biens. Pas longtemps ! On faisait sauter les transformateurs dans les usines qui travaillaient avec les Allemands. » Puis très vite, leur supérieur leur demande de s’attaquer directement aux collaborateurs. Plusieurs organisations de résistances devaient commettre des attentats à la même heure. Dans le jargon résistant, on appelle cela « les kermesses », ajoute le connaisseur. « On entrait par équipe de deux, discrètement, dans un bâtiment. Chaque duo repartait avec l’heure, le nom de la cible et la petite bombe. Un jour, une de nos sentinelles m’a averti que deux de nos hommes avaient été interceptés par les autorités. C’est la brigade antiterroriste d’Annecy, déléguée par Pétain pour faire tomber les groupes de résistance, qui les a interrogés. Le jour, de la kermesse, la brigade était à Grenoble », poursuit Maurice. Nous sommes alors le lundi 23 août 1943, les consignes de sécurité n’ont pas été respectées. « L’un des gars possédait sur lui l’adresse de notre 18e recrue qui était en contact avec moi. C’est lui qui me dénonce. La police me reconnait à cause de mon insigne de rugby et m’arrête. »

Grace à un bon avocat, les trois jeunes seront relaxés par le tribunal. Mais le préfet ne veut rien savoir, il lance quand même un mandat d’internement administratif. « Nous sommes internés au camp d’Eyjeaux en Haute-Vienne puis, par peur de nous voir délivrés par le maquis, on nous a transféré à Toulouse dans le camp de Saint-Sulpice-La-Pointe. »

Sur 1 200 prisonniers, il y a sont 150 jeunes. « Il y avait des écoles mises en place par les prisonniers politiques, les résistants, les enseignants enfermés. J’ai appris la philosophie et la peinture quand d’autres apprenaient à lire et à écrire. D’ailleurs, à l’intérieur de la prison, les gars et moi continuions la résistance. Certains gardes nous transmettaient des messages de l’extérieur. Nous étions informés que le maquis allait nous délivrer. »

Ils se trompèrent. Les Allemands seront plus rapides. En juillet 1944, les prisonniers sont conduits dans des trains de marchandises en direction de l’Allemagne. À cet instant, Maurice et ses camarades s’exécutent docilement. « À aucun moment, nous n’avons soupçonné ce qui nous attendait vraiment »

Retrouvez mercredi la suite de ce témoignage avec le récit de la déportation de Maurice Luya.

Naima Daira