Shella Gill est à la tête du mouvement « Union essentielle » pour les élections régionales de 2021. Elle nous dévoile les grands axes du programme de ce mouvement né il y a quatre semaines.

Retrouvez la première partie de l’interview en cliquant ici.

Shella Gill à la présentation des têtes de liste d’Union Essentielle pour les élections régionales.
Depuis plusieurs années, les filières d’apprentissage qui permettent une insertion professionnelle rapide sont négligées. Comment valoriser cette filière et aider les jeunes à se tourner vers du travail plus manuel ? 

La filière qui est en souffrance aujourd’hui et qu’on doit absolument aider est l’agriculture ; elle doit être soutenue. Cela permettrait de produire en qualité et à bas coût des produits locaux qui vont, par la suite, servir toutes les cantines scolaires et les établissements hospitaliers. Pour avoir la qualité de vie que l’on demande tous, cela passe d’abord par la réflexion de base : on veut des produits de bonnes qualités et d’agriculture sans pesticide, etc. Pour ce faire, on commence par aider nos agriculteurs locaux. Après on va s’occuper de l’insertion des jeunes pour des métiers comme commerçants et artisans. Il y a énormément de choses à faire, il faut rendre actrices les personnes intéressées. On va essayer de mettre tout ça en place.

Les structures associatives et notamment sportives peuvent-elles être une bonne alternative pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes en difficulté ?

Notre chef de liste Cantal, en tant que grand sportif, a effectivement proposé le sport comme un levier pour l’insertion, notamment des jeunes. Le sport est une formidable solution aussi bien pour l’insertion que pour le suivi psychologique. Le sport va nous aider à retrouver le moral, surtout en ce moment où le besoin se fait ressentir. Ça va aussi nous permettre éventuellement de créer de nouveaux emplois et de sortir les jeunes des quartiers. Donc effectivement, c’est un sujet qui est déjà pris en compte chez nous.

L’OL est un fleuron du sport féminin dans la Région. Cependant, selon les chiffres de l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) en 2018, 68 % des licences sportives sont masculines contre 32 % féminines dans la Région. Comment aider le développement du sport féminin ?

Il faut peut-être poser la question à l’inverse : pourquoi est-ce que les femmes ne sont pas autant présentes dans le sport de haut niveau ? Il faut d’abord faire en sorte que les femmes et les jeunes filles se sentent en sécurité ; je pense que c’est la première étape. On ne peut pas se permettre d’avoir des coachs sportifs ou des entraîneurs de clubs qui soient accusés d’attouchements ou de mauvais traitements envers des jeunes filles et garçons. Je pense que ça a un impact vraiment fort dans le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de femmes après dans le haut niveau. Donc essayons d’être des gardes fous, de mettre de l’éthique et de la déontologie dans le monde du sport dès le plus petit niveau, dans les associations et dans les clubs. Je pense qu’on verra les femmes et les filles revenir beaucoup plus nombreuses dans ce secteur.

La crise sanitaire a démontré les limites des établissements de santé. Avec les moyens restreints dont dispose le Conseil régional sur cette thématique, ne faut-il pas une plus grande autonomie des politiques sanitaires au niveau de la Région ?

Lorsque j’ai moi-même posé cette question, on m’a ri au nez en me disant que ça ne faisait pas partie des prérogatives de la Région. Effectivement, ça n’en fait pas partie mais si ça devait l’être, ce serait une remise en question de tout le fonctionnement du Conseil régional. Pour le moment, ce n’est pas possible. Même au niveau des maires, qui ont essayé de proposer des variants dans les protocoles sanitaires, ils se sont fait très vite retoquer. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles une liste citoyenne comme la nôtre existe. Il y a une concentration du pouvoir qui s’est faite au fur et à mesure et qui devient dangereuse pour la démocratie aujourd’hui. En tant qu’élus du Conseil régional, nous n’aurons peut-être pas beaucoup de pouvoir sur la politique sanitaire, mais il y a une chose que nous n’hésiterons pas à faire : nous exprimer. Ainsi nous montrerons à la population que les avis divergents ont le droit d’exister, que ce n’est pas un crime, que l’on peut contester une politique sanitaire, simplement parce que ça fait partie de nos droits fondamentaux. Rien que le fait d’exprimer un point de vue divergent va nous aider.

La crise sanitaire a aussi laissé en suspens la culture, sinistrée depuis maintenant plus d’un an. Que proposez-vous pour aider le monde de la culture et les structures de proximité ?

La suspension de la culture a été une véritable souffrance pour moi. J’ai travaillé pendant plus de 25 ans dans le secteur associatif culturel. C’est vraiment navrant de ne pas avoir trouvé de solutions pour laisser vivre à minima le secteur culturel. Il va donc falloir aider ce domaine, en lui donnant tous les moyens et en arrêtant de mettre systématiquement en avant le protocole sanitaire et les interdictions. Pourtant, on sait pertinemment qu’en extérieur on peut autoriser des cours et on peut éventuellement faire des dérogations sur des stades ou des gymnases grands et ventilés. Les secteurs sportifs et associatifs sont des choses véritablement essentielles. Ce sont des éléments à ne pas négliger et qui permettent aux personnes de rester psychologiquement stables. Je tiens à ce que le secteur associatif soit soutenu à fond avec des moyens : rajouter des salles plus grandes avec des ventilations répondant aux critères sanitaires, avoir une flexibilité sur les cours sportifs ou culturels. Laissons les gens vivre sainement !

Votre mouvement est proche de figures médiatiques covido-sceptiques comme Martine Wonner ou le docteur Louis Fouché qui ont déjà été accusés de propager des fausses informations. Que répondez-vous aux accusations de complotisme envers ces listes comme la vôtre qui dénoncent une dictature sanitaire ? 

Je ne sais pas si on doit répondre à une quelconque accusation. On nous a accusé et sans jugement, on nous a déjà condamné. C’est anti-démocratique comme procédé. La gestion d’une crise, à moins d’être sous l’attaque d’une bombe nucléaire où il y a un danger imminent, doit être raisonnée et surtout consultée. On ne doit pas prendre de mesures liberticides sans avoir au minimum consulté les personnes concernées et on ne prend pas à la hâte des décisions qui relèvent complétement de l’absurde. Par exemple, enlever des rayons dans les supermarchés, je ne sais pas à quel niveau cela est pertinent. Je ne sais pas ce que ça veut dire covido-sceptique. Quand on a une situation de crise, il faut des personnes psychologiquement stables et qui ont des reins solides pour la gérer. Il ne faut pas avoir des personnes dans la peur, dans la précipitation qui vont penser que la solution est d’enfermer tout le monde. L’échec de cette gestion de crise est peut-être due au pouvoir décisionnaire qui s’est enfermé. Les décisions se sont prises à quatre dans un bureau sans aucune consultation et sans aucun compte-rendu. Forcément, ça crée de mauvaises décisions. Plus une crise est forte, plus il faudrait consulter les gens et justement ouvrir la réflexion sur des cercles plus grand. Louis Fouché et Martine Wonner sont de personnes qui ont un avis et qui l’expriment. Je pense que c’est ça le plus gros jugement et la condamnation qu’on leur a faits. L’étiquette qu’on leur met c’est à cause de ça, parce qu’ils osent parler. C’est ça le crime aujourd’hui… il ne faut pas parler !

Nous sommes là parce qu’on revendique notre liberté de parler et nos libertés fondamentales. Ce n’est pas encore une dictature car il y a des élections, mais on est sur des pentes un peu glissantes. Par rapport à la vaccination, je trouve que chaque individu devrait avoir le choix de se faire vacciner ou non. Il ne doit pas avoir de discriminations des personnes selon leur décision face au vaccin. On ne doit pas créer une société à deux niveaux : les privilégiés vaccinés et la sous-caste des non-vaccinés. Gardons les libertés fondamentales des individus au-dessus de toute question.

Votre mouvement s’est constitué récemment autour de l’ingérence de la crise sanitaire par le gouvernement. On a vu récemment des listes de gilets jaunes lors de dernières élections qui sont restées assez marginales. Comptez-vous continuer après les élections régionales et vous développer à l’échelle nationale ? 

Mon idéal pour les présidentielles à venir serait qu’une personne issue de la société, et non des rangs politiques existants, puisse arriver au pouvoir. Que quelqu’un de neutre puisse réformer l’ensemble de notre système démocratique et le mode de fonctionnement de notre pays. Il faut que l’on puisse réfléchir à la question : comment donner plus de pouvoirs aux citoyens et ainsi avoir une représentativité qui n’est pas juste un bulletin de vote mis dans une urne, mais une véritable écoute à chaque fois que le besoin se fait ressentir. La France n’appartient pas aux politiciens, la France appartient aux Français. Respecter l’avis de la population devrait être la priorité dans toutes les décisions politiques. Ce respect a été oublié quelque part ; on a perdu le fil de la démocratie et c’est malheureux ! Au niveau des gilets jaunes, 80 % de la population française soutenait ce mouvement : est ce que ça veut dire qu’en France il y aurait 80 % de complotistes ? Je soutiens absolument le mouvement des gilets jaunes car c’est une revendication de la démocratie, qui ne peut pas être plus honnête et plus en phase avec ce que nous demandons. C’est aussi un retour à la démocratie directe et participative.

Carmen Buecher