Les 15 et 22 mars 2026 auront lieu les élections municipales. Le Lyon Bondy blog vous propose plusieurs entretiens pour que les candidates et les candidats vous dévoilent leurs programmes. Rencontre avec Nathalie Perrin-Gilbert candidate pour les municipales et les métropolitaines 2026 (Lyon avec vous), cette liste est également soutenue par le PRG .
Lyon Bondy Blog : Présentation et candidature ?
Nathalie Perrin-Gilbert : Nathalie Perrin-Gilbert, candidate à la mairie de Lyon. Je suis d’abord candidate à la ville de Lyon pour devenir maire, si les Lyonnaises et les Lyonnais le décident, et je serai candidate dans le 4e arrondissement comme tête de liste « Lyon avec vous ».
Nous travaillons à présenter des listes dans un maximum d’arrondissements. À ce stade, nous pouvons déjà présenter six listes d’arrondissement, une liste pour la mairie centrale, et nous serons présents dans les six circonscriptions lyonnaises de la métropole. L’objectif est d’être présents dans tous les arrondissements, mais certains, comme le 2e, le 5e et le 6e, sont encore en cours de travail.
LBB : « Dissidente » ou fidèle à ses convictions ?
NPG : On me présente souvent comme une « dissidente » de Gérard Collomb puis de Grégory Doucet, un terme que je vis comme une injustice. Je ne me vois pas comme dissidente, mais comme fidèle à mes convictions de gauche et à une certaine idée de Lyon. Les désaccords ont toujours porté sur des enjeux de patrimoine, sur le fait que le patrimoine appartient à toutes et tous et ne doit pas être mis au service d’intérêts privés.
Avec Gérard Collomb, l’élément déclencheur a été le projet du Grand Stade à Décines, construit sur des terres agricoles, avec une modification du PLUH rendue possible par la reconnaissance d’un prétendu intérêt général. Pour moi, c’est l’exemple d’un politique mis au service d’un projet privé, ce qui est exactement l’inverse de ce que doit faire un élu.
On retrouve la même logique avec la privatisation de la rue de la République et du quartier Grolée, vendus à des fonds de pension, alors que la Sacvel, bras immobilier de la ville, proposait un rachat. En 2010, j’ai été la seule au PS à voter contre les premières infrastructures liées au Grand Stade et à m’abstenir sur le budget de la collectivité, ce qui a marqué la fin de ma relation politique avec Gérard Collomb.
LBB : Conflits avec la majorité écologiste ?
NPG : Avec Grégory Doucet, le point de discorde emblématique est le musée Guimet, ancien musée d’histoire naturelle situé dans le 6e, face au parc de la Tête d’Or, resté fermé pendant quinze ans. En tant qu’adjointe à la Culture, j’avais un projet de réouverture au public, avec une programmation d’expositions, notamment avec la Biennale d’art contemporain et Space Junk, autour notamment de la prévention du cancer du sein et du street art.
Ces expositions ont très bien fonctionné, y compris financièrement, mais le maire a ensuite décidé de refermer cette perspective culturelle et des scénarios de cession du bâtiment sont apparus : vente, délégation de service public, baux emphytéotiques de 60 ou 80 ans. La collectivité se prive ainsi d’un lieu historique, ce qui va à l’encontre de mon principe : le patrimoine municipal doit rester un patrimoine public, surtout pour celles et ceux qui n’ont pas de patrimoine privé.
Même type de désaccord sur la Halle Tony Garnier. Sous Collomb, il était déjà envisagé de la céder à un groupe privé via DSP ou bail emphytéotique, avec des acteurs comme Fimalac ou Live Nation intéressés. Une enveloppe de 4 millions d’euros avait été obtenue pour des travaux d’acoustique et d’accueil, mais une partie a été retirée lors du remaniement de la PPI, au profit d’autres priorités, alors même que l’Arena sortait de terre.
Je considère qu’il aurait fallu investir plus tôt, plutôt que d’attendre la fin du mandat pour lancer des travaux, ce qui ressemble à un calendrier électoral. Demain, je veux faire de la Halle Tony Garnier un lieu de concerts, mais aussi un espace au service de la ville et des grands événements, avec par exemple un grand spectacle lumineux immersif pour la Fête des Lumières, en complément d’une fête renforcée dans tous les arrondissements.

LBB : Budget, fêtes des lumières et arbitrages ?
NPG : La Fête des Lumières a vu son budget baisser au fil des années et se situe aujourd’hui autour de 3,2 millions d’euros. Mon objectif serait de remonter à 5 millions, via un financement public-privé, afin d’en faire un événement qui profite à tous les quartiers, et pas seulement à la Presqu’île. En parallèle, un événement comme « Entre Rhône et Saône », qui coûte plus de 600 000 euros, serait arrêté pour réinjecter ces moyens dans la Fête des Lumières.
La ville de Lyon reste, selon moi, une collectivité plutôt bien gérée et pas excessivement endettée, avec des droits de mutation qui repartent à la hausse. Il est donc possible de poursuivre des investissements, à condition qu’ils soient raisonnables et orientés vers l’intérêt du plus grand nombre, sans se lancer dans des projets à 2 milliards d’euros ou des équipements à 140–180 millions d’euros jugés démesurés.
LBB : Halles de la Martinière et compromis imparfaits ?
NPG : Aux Halles de la Martinière, Gérard Collomb voulait initialement céder le lieu à l’enseigne Casino pour en faire juste une surface commerciale. En tant que maire du 1er, avec la mobilisation des habitants, j’ai obtenu l’abandon de cette vente et la mise en place d’un bail emphytéotique administratif avec un groupement d’économie sociale et solidaire.
Ce compromis, qui évitait la vente pure et simple, montre aujourd’hui ses limites : les commerçants, notamment l’épicerie, subissent des loyers et charges trop élevés, conséquence des travaux financés par le groupement qui doivent être amortis. Si la ville avait assumé les travaux de propriétaire sur ce bâtiment qui lui appartient, la situation économique des acteurs locaux serait probablement plus soutenable.
LBB : Composition des listes : partis et citoyens ?
NPG : Notre pari est d’associer des partis de gauche fidèles à des valeurs humanistes et laïques, comme le PRG, et des citoyens engagés qui accèdent à des places réellement éligibles. Jean-François Auzal (PRG) est mon binôme sur la liste municipale et tête de liste dans le 8e arrondissement.
Dans le 7e arrondissement, la tête de liste sera Alexis Jacquemin, issu d’une famille engagée à gauche et marqué par l’exemple de son grand-père, ancien maire communiste en Alsace. Sur la métropole, dans la circonscription 5-9, Cédric Rousset est deuxième sur la liste, derrière une habitante de la Duchère, Achiata Denise Djian, militante associative très investie, notamment dans le collectif Africa 50, à qui est confiée la tête de liste.
Dans le 3e arrondissement, la tête de liste sera Nicolas Planchon, déjà élu à mes côtés et issu de l’aventure « Lyon en commun » de 2020, entouré notamment de Noria Mahmoudi, de Martine Souvignet, ainsi que de Timothée Martin-Brossat, jeune militant qui sera 3e sur la liste et tête de liste pour la circonscription métropolitaine Lyon Est. Dans le 1er arrondissement, la tête de liste sera Christian Sapet, acteur de l’économie sociale et solidaire, croix-roussien de longue date, tandis que je me présente, moi, sur le 4e.
Je considère qu’on ne peut pas être et avoir été : ayant été maire du 1er, je n’y reviens pas, afin d’éviter les mises en scène médiatiques de confrontations de femmes et de tourner vraiment la page. Ce choix est aussi un signal envoyé à l’actuelle maire du 1er, Yasmine Bouagga : le débat se fera sur le programme, via Christian Sapet, et non sur des règlements de comptes personnels.
LBB : Calendrier et message final aux électeurs ?
NPG : Les listes seront déposées avant la date limite du 26 février, avec l’objectif de le faire une semaine en avance. Le message que je veux adresser aux électeurs, c’est que nous allons « faire Lyon ensemble », avec une action politique tournée vers leur service, et non vers la reproduction des appareils.
Si je me suis détournée des partis traditionnels, c’est parce qu’ils se sont trop souvent transformés en machines à gagner des élections, obsédées par l’échéance suivante, notamment 2027, plutôt que par la transformation sociale ici et maintenant. Pour ces élections municipales, l’ambition est claire : se concentrer sur les Lyonnaises et les Lyonnais, point final, et leur proposer de construire avec nous une autre manière de faire de la politique.




