Le bio accessible à tous les porte-monnaie, c’est le projet qu’a mis en place Boris Tavernier, président de l’association Vrac « Vers un Réseau d’Achat en Commun ». Ce dernier veut toucher la population des quartiers populaires et des banlieues afin de mener une lutte pour une justice sociale.

Préparation de la troisième distribution alimentaire pour l’année 2021 pour les habitants de Saint-Priest Bel Air de l’association Vrac, Vers un Réseau d’Achat en Commun I 26 février 2021. Crédit photo : Association Vrac.

 « Quand on n’a pas trop d’argent, on oriente souvent sa consommation vers le moins cher à défaut de la qualité et de la santé. C’est un phénomène qui est d’autant plus marqué dans les banlieues et quartiers populaires », explique Boris Tavernier, président de l’association « Vrac, Vers un Réseau d’Achat en Commun ». C’est justement sur ce constat qu’est née son association en décembre 2013. Le but ? Donner accès aux populations des quartiers populaires et des banlieues, des bons produits bio, en provenance directe des producteurs, à prix coûtant. Pour lui, il est aussi important d’aborder les déserts alimentaires dans les banlieues : « Même si les habitants ont envie de consommer des produits de qualité, il n’y a pas d’offre sur le territoire ». Vrac est donc une solution qui développe des groupements d’achats de produits de qualité dans ces quartiers touchés par la précarité.  

Manque de moyens et problèmes de santé

Avec la précarité, les personnes ont plus de chance d’avoir des problèmes de santé liés à leurs habitudes alimentaires. Boris Tavernier constate qu’à Vaulx-en-Velin, « le taux de diabète est quatre fois supérieur à la moyenne nationale ». Selon une étude de Santé Publique France, en 2017, chez les hommes résidant dans les communes métropolitaines les plus défavorisées, la prévalence du diabète est de 1,3 fois plus élevée que chez les hommes vivant dans les communes les plus favorisées. Pour les femmes, ce ratio est de 1,7. Habiter dans des zones géographiques comme les banlieues peut aussi être un facteur important : « Les élèves scolarisés dans les écoles relevant de l’éducation prioritaire sont plus fréquemment en excès pondéral que les autres (24% contre 17%). La proportion d’enfants obèses y est deux fois plus élevée (6% contre 3%) », précise l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes à travers leurs données. Mais les chiffres ne sont qu’un aspect pour cette association : Boris Tavernier souligne que créer du lien social est aussi très important pour lui et pour ses adhérents.

Une université luttant contre la violence sociale

Après l’immolation par le feu d’un étudiant de Lyon pour dénoncer la précarité étudiante, Boris Tavernier a créé Vrac Université. « Ça a malheureusement très bien fonctionné, on a touché 500 étudiants sur Lyon ». Le principe est le même que pour les autres adhérents : permettre aux étudiants ayant un pouvoir d’achat minime d’acheter des produits biologiques, locaux et écologiques. Le responsable met aussi l’accent sur l’importance des liens sociaux pour les étudiants : « Ils cherchent autant à se nourrir qu’à rencontrer des gens. J’ai connu des étudiants qui venaient d’autres villes, qui connaissaient personne et qui ne pouvaient pas travailler. En s’investissant dans Vrac Université, ils ont rencontré d’autres étudiants : c’était chouette ! ».

Les étudiants peuvent trouver Vrac Université à La Doua (Villeurbanne) avec l’Agoraé de l’association Gaelis, à Gratte-Ciel (Villeurbanne) avec l’équipe de Green TC, à Porte des Alpes (Bron) avec la Maison des étudiants de Lyon 2 et aux Berges du Rhône (Lyon) avec la Maison des étudiants de la Métropole. Grâce à l’ensemble de ces initiatives, les étudiants et les résidents des quartiers se sentent « plus considérés », pense Boris Tavernier.

« Manger mieux, ça aide à avoir une meilleure image de soi »

La majorité des adhérents de l’association sont des femmes et parmi elles, Zaineb Ayadi Ben Fraj, a une histoire particulière. Se questionnant constamment sur ses origines, elle a pu trouver son identité grâce à sa participation à Vrac. « Elle disait quand je suis ici je suis l’arabe. Quand je suis en Tunisie, je suis la française. Je ne sais pas qui je suis », explique le responsable. C’est à travers un concours de cuisine en 2016, que son plat français et tunisien a été choisi comme le meilleur par des chefs étoilés. « Elle a eu un déclic, elle s’est dit qu’en fait elle est française ET algérienne. Elle a assumé qui elle était et ça lui a permis d’évoluer en tant que personne ». Aujourd’hui, vice-présidente de l’association, Zaineb Ayadi Ben Fraj fait des interventions dans des écoles où elle parle de double culture et de diversité. C’est avec fierté que Boris Tavernier ajoute : « On a eu pas mal de personnes qui ont pu se libérer d’un poids et qui ont pu s’ouvrir ».

Pour Boris Tavernier, l’alimentation est un moyen fondamental d’inclusion dans la société : « Quand tu vas dans les aides alimentaires tu as le droit qu’aux restes. Quelle image as-tu de toi quand tu sais que tu n’as le droit qu’aux restes ? Manger mieux, ça aide à avoir une meilleure image de soi. Quand tu peux consommer différemment, tu te sens comme tout le monde, tu ne te sens pas un sous-citoyen ».

Concilier sport, culture et nourriture

Il y a 15 jours, le président a rencontré pour la première fois « Lyon-la-Duchère ».  Il précise que 30% du budget de ce club de foot va dans les projets sociaux dans le quartier de La Duchère. Organisant des petits déjeuners sur les questions de nutrition ou encore des matchs de foot regroupant les enfants et les chauffeurs et contrôleurs TCL, le club de sport veut aider les jeunes à mieux s’en sortir. « Ça change le lien. Quand tu montes dans le bus, tu n’embêtes plus le chauffeur parce que tu le connais et que tu as joué contre lui ». Le responsable annonce avec joie qu’il collaborera avec eux dans un futur proche mais il ne s’arrête pas là.

Vrac sera aussi partenaire d’un battle de danse le 2 juillet à Givors dans le quartier des Vernes. C’est avec la « Compagnie Second Souffle », spécialisée dans la culture urbaine, que Vrac mettra en œuvre ce projet. À travers ce concours, le chorégraphe Azdine Benyoucef et Boris Tavernier veulent montrer le lien très fort entre l’alimentation, le sport et la santé car « le corps des danseurs est leurs outils de travail ».

Boris Tavernier a aussi un message qu’il veut faire passer aux lecteurs du Lyon Bondy Blog : « Venez nous rencontrer. Nous développons un gros projet dans le 8ème à Lyon que nous menons avec les habitants. Nous avons récupéré une pharmacie dans le 8ème sur l’avenue Paul Santy. En le transformant en cuisine de quartier et en restaurant solidaire, les habitants pourront faire des économies sur leurs achats de fruits et légumes. Nous pourrons aussi cuisiner ensemble. J’invite tous les lecteurs du Lyon Bondy Blog à venir nous rejoindre et à échanger pour construire ce projet ensemble ! ».

Pour adhérer à Vrac, les intéressés peuvent aller sur ce lien.


Sude Sena Yilmaz