“Pronostic mental engagé”. Mobilisés en masse pour venir en aide aux équipes soignantes, les étudiants en santé souffrent de la situation dramatique dans les hôpitaux lyonnais, parfois jusqu’à connaître des séquelles psychologiques. Leurs représentants sont montés au créneau ce mardi. 

L’hôpital Lyon Sud, entre Oullins, Saint-Genis-Laval et Pierre-Bénite. Crédit photo : HCL-CHU

Mon corps a complètement lâché. Psychiquement, physiquement, je n’étais plus capable de me lever pour aller en garde. Je ne tenais plus, c’était malaise sur malaise. Je n’arrivais plus à encaisser d’informations. Plutôt que de mettre ma santé en danger plus encore qu’elle ne l’était déjà, je me suis arrêtée.” Mobilisée notamment à l’hôpital Lyon Sud, Salomé* a souffert du manque de moyens humains et matériels au sein des équipes soignantes de la métropole. En Novembre, elle a décidé d’appuyer sur pause, au milieu de sa quatrième année d’études de sage-femme. Aujourd’hui, la jeune femme s’interroge sur la reprise de son cursus. “J’ai fait des choses seule alors que j’aurais dû être encadrée. On a la pression de la responsabilité médicale : si jamais la femme ou l’enfant est en danger, finalement nous sommes responsables”, explique t-elle avant d’évoquer le cas d’une amie. “Quand on a une mort fœtale en stage et que le soir, on se retrouve à Dominos à se faire engueuler par son boss, forcément la santé mentale ne suit pas toujours.” Un récit qui entre en résonance avec des témoignages de patients comme celui de Fatoumata pour le Bondy Blog

Son cas n’est pas isolé. “Je connais d’autres étudiants qui ont arrêté leurs études parce que psychologiquement parlant, ils n’arrivaient plus à tenir le rythme. Alors que ce sont des métiers qui leur plaisent !”, défend Madeleine Chevauchet, étudiante en orthophonie et première vice-présidente de Gaelis (Groupement des Associations et élu.e.s Étudiant.e.s de Lyon, Indépendant et Solidaire). Ce matin, son organisation a relayé un appel à l’aide sous forme de lettre ouverte  rédigé par une quinzaine de fédérations d’étudiants en santé. L’objectif : pointer du doigt les “chiffres alarmants” issus d’un rapport sourcé de 67 pages sur la santé mentale des étudiants, publié par ces mêmes fédérations il y a quelques jours. 


Depuis le début de la crise sanitaire, de nombreux étudiants ont été mobilisés à l’hôpital, souvent nettement plus tôt que cela n’était prévu par leur cursus. “C’est très compliqué psychologiquement, décrit Cécile Thevenet, membre de la FAGE et co-rédactrice de la lettre ouverte. Leur formation est complètement mise de côté donc forcément, ils ont peur de devenir de mauvais professionnels de santé. Beaucoup font des tâches qui ne correspondent pas à leur niveau de formation”. Bien qu’inhérente à leur métier, la confrontation à la mort et à la violence d’une pandémie difficile à gérer dans le monde hospitalier laisse déjà des traces, le tout dans une urgence affaiblissant profondément les conditions d’encadrement des étudiants mobilisés.  “Le gros souci, c’est que ces étudiants n’ont pas forcément pu être encadrés correctement, affirme Madeleine Chevauchet. C’est ce qui fait que ça a pu être très lourd à porter pour certains, jusqu’à impacter leur santé mentale. De quoi dégoûter la relève d’un monde hospitalier au sous-effectif déjà mis en lumière par le coronavirus ? “On arrive vraiment à un point de non-retour, reprend Cécile Thevenet. Plus personne ne va vouloir faire ce métier. Des étudiants qui abandonnent juste avant le diplôme, on en voit tout le temps.” Au-delà de ces complications, certains étudiants se retrouvent confrontés à une indemnisation parfois proche de l’anecdotique. “Il est important de le rappeler : certains d’entre nous touchent seulement 80 centimes de l’heure tandis que pour d’autres, au bout de sept ans d’études, l’équivalent SMIC horaire n’est toujours pas atteint”, pointent du doigt les fédérations dans la lettre ouverte publiée ce matin. 

Un soutien faible ou inefficace

En cas de besoin, le numéro vert du SPS (Soins aux Professionnels de Santé) offre toujours son soutien aux étudiants qui souhaiteraient exprimer leur mal-être. De son côté, le Centre National d’Appui pour les étudiants en Santé traite, lui-aussi, des aspects médico-psycho-sociaux des études en santé, tout comme le Service de Santé Universitaire de Lyon 1. Par manque de moyens et de communication, ces services s’avèrent insuffisants, selon Madeleine Chevauchet, qui réclame “un psychologue pour 1 500 étudiants. Actuellement, la norme est d’un psychologue pour plusieurs dizaines de milliers d’étudiants. Ce sont des chiffres hallucinants ! On aimerait aussi plus de communication sur ces Services de Santé Universitaires. Par exemple, 30% des étudiants en kinésithérapie n’ont pas connaissance de l’existence de ces services” De son côté, Salomé a contacté la psychologue de l’université : “Ça ne s’est pas du tout bien passé, regrette-t-elle. Le contact était très froid, je n’ai pas eu l’impression de trouver une oreille attentive.” Plus globalement, elle s’est sentie abandonnée à son propre sort, les soignants n’ayant “ni le temps ni l’énergie” pour compenser “l’absence de soutien de l’équipe pédagogique” dans sa situation.

* Le prénom a été modifié