« Connaissance de l’islam », une formation à destination des policiers du Rhône

En plein débat sur la sécurité, le Ministère de l’intérieur multiplie les initiatives controversées. La dernière en date, une formation intitulée « Connaissance de l’Islam », censée aider les fonctionnaires de Police du Rhône dans leur travail au quotidien. Au-delà du débat sur la stigmatisation culturelle et religieuse, certains appellent les pouvoirs publics à redéfinir le rôle de la Police comme un véritable service public, avec un dialogue retrouvé entre la Police, la population et plus spécifiquement les jeunes.

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Voilà une information qui risque de conforter ceux qui dénoncent une gestion policière de «  l’islam de France ». L’hebdomadaire La Tribune de Lyon rapporte que deux fois par an les policiers du Rhône pourront participer à une formation pour « mieux appréhender les familles maghrébines ».

«Nous avons une forte communauté musulmane dans la région, c’est pourquoi nous avons créé le stage « Connaissance de l’Islam », formation exclusivement proposée aux policiers du Rhône», explique Valérie Robert-Castoldi, commissaire et responsable des formations à la Direction régionale au recrutement et aux formations (DRRF). Mais au commencement, l’idée n’a d’abord pas plu à tout le monde. L’intitulé du stage «Repères pour un comportement adapté vis à vis des familles d’origine maghrébine» a donc vite été changé pour devenir simplement «Connaissance de l’Islam». «Certains policiers s’étaient plaints du caractère stigmatisant d’un tel intitulé», explique Valérie Robert-Castoldi.

C’est vrai qu’à première vue, le concept peut étonner. Pourtant, à y regarder de plus près, les policiers qui participent au stage semblent adhérer à l’idée. «Le but n’est justement pas de stigmatiser une communauté mais au contraire de mieux la connaître pour mieux la respecter », explique Guillaume, policier stagiaire dans l’agglomération lyonnaise ».

 

Les policiers qui profitent de ce stage sur la base du volontariat sont en service depuis plusieurs années. En revanche, le stage « Connaissance de l’Islam » est devenu obligatoire, depuis deux ans, pour les jeunes recrues de la police, qui sont en formation initiale et n’ont pas encore exercé leur métier. Jusqu’à présent, les stages regroupent une petite quinzaine de fonctionnaires de Police. C’est peu, mais la DRRF espère voir se nombre augmenter au fil des années.

Cependant, Alain Chizat,  délégué départemental du syndicat Unité SGP Police, n’est pas convaincu par les résultats de cette initiative. «Oui, cela peut relever un caractère stigmatisant» puis, ajoute-t-il, «Je ne vois aucun résultat concret sur le terrain», avant de confier  que ces formations « existent depuis bien longtemps, mais ont fait l’œuvre d’un intérêt particulier depuis les émeutes sociales de 2005». Cette approche d’une religion au sein d’un service public, dans un Etat laïc, quelque soit l’objectif visé peut en tout état de cause, faire débat.

 

Malgré tout, comme le signale Alain Chizat, « le débat mérite d’être élargit au dialogue rompu entre les jeunes de tous bords et la Police ».  Ce dernier se plaint de ne pas être assez soutenu par les pouvoirs publics, leur reprochant « une politique du chiffre, qui éloigne de plus en plus le rôle de la Police de son devoir de service public, pour assouvir des besoins de résultats en termes statistiques d’interventions contre la délinquance, au lieu de développer de véritables programmes sociaux impliquant les jeunes et la Police. ». Les Policiers, soulignent que leurs contraintes viennent du ministère de l’Intérieur. Poussés par leur hiérarchie, ils se concentrent sur les petits délits, facilement constatés et élucidés, plutôt que sur la prévention et le dialogue avec la population. « Ajouté à cela, des suppressions d’effectifs importantes, et vous vous retrouvez dans une situation difficile » ajoute Alain Chizat.

 

Erich Inciyan, journaliste au sein du journal Mediapart, va également dans ce sens en critiquant l’absence de considération de la part du ministre de l’intérieur  Brice Hortefeux pour une série de rapports qui lui ont été remis en avril 2010, «des documents soigneusement rangés au fin fond d’une armoire » précise-t-il. Il ajoute qu’ «Il est vrai que le constat de ces groupes de travail (réunissant des policiers et des gendarmes, des préfets et des associations de banlieue, des magistrats ou des chercheurs) a de quoi inquiéter le responsable de la police nationale. Et que leurs propositions s’avèrent fort critiques envers la politique de sécurité conduite ces dernières années ».

Même s’il existe de nombreuses divergences entre eux, les principaux syndicats estiment que la police doit être recentrée sur sa vocation première, la sécurité des biens et des personnes. « Il faut une police proche des gens, là où il y a un problème il doit y avoir un commissariat », affirme Alain Chizat.  Il précise également que « les sentiments de rejet et de violence ressentis au sein des jeunes de quartiers ne se limite pas à la Police mais à tout ce qui représente les institutions. ».

Les politiques publiques, particulièrement celles actuelles,  affichent malheureusement un manque de réaction et de compréhension  flagrant quant aux véritables problèmes et donc quant aux bonnes décisions à prendre pour les résoudre.

 

Vincent Conil

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