À quelques heures de la première, rien ne se passe comme prévu. Dans « Ceci n’est pas un Feydeau », la compagnie Faits d’Art Scénique plonge les spectateurs dans les coulisses d’une troupe de théâtre au bord du chaos. Adultères, dettes de jeu, larcins et quiproquos s’enchaînent dans une comédie qui détourne les codes du vaudeville.
La première approche. Les comédiens devraient être concentrés sur leur spectacle. Pourtant, dans les coulisses, les problèmes s’accumulent. Les secrets remontent à la surface, les histoires de chacun viennent perturber les préparatifs et la représentation menace de ne jamais avoir lieu.
C’est dans cette course contre la montre que se déroule « Ceci n’est pas un Feydeau », une pièce écrite et mise en scène par Arnaud Patron. Pendant 1h15, six comédiens évoluent dans un univers où la frontière entre la scène et les coulisses devient progressivement floue.
Une première qui tourne au chaos
Tout devait pourtant être prêt. La troupe dispose de moins de deux heures avant le début de la représentation. Mais les imprévus s’enchaînent et mettent en danger le spectacle.
Le principe rappelle immédiatement les grandes mécaniques du vaudeville : des personnages qui cachent des secrets, des situations qui s’enveniment et des quiproquos qui s’accumulent. Mais la pièce ne cherche pas à reproduire un Feydeau.
Elle s’en inspire pour mieux jouer avec ses codes. L’intrigue possède sa propre mécanique et alterne accélérations et ruptures. Les quelques passages issus du Système Ribadier restent anecdotiques et ne dépassent pas quelques minutes.
Un théâtre qui parle du théâtre
Ici, les spectateurs ne sont pas seulement face à une pièce. Ils assistent également aux préparatifs d’une pièce.
Le procédé du théâtre dans le théâtre occupe une place centrale. Les coulisses sont visibles grâce à des voiles qui permettent de laisser apparaître progressivement ce qui se cache derrière la représentation. Même le régisseur devient un personnage à part entière, avec sa voix-off.
Tout se déroule en temps réel. Pas de transitions : la scène est constamment occupée. Derrière les comédiens se dévoile alors une autre histoire, celle d’une troupe dont les propres secrets risquent de faire tomber la représentation à l’eau.
Du XIXe siècle au steampunk
Pour accompagner cette histoire, Arnaud Patron fait le choix d’une esthétique steampunk. Un univers qui permet de faire dialoguer l’époque de Feydeau avec une vision plus futuriste.
Le décor mélange ainsi intérieur bourgeois et éléments métalliques, rouages et références à l’univers industriel. Une façon de créer un miroir entre la mécanique du décor et celle de l’intrigue.
Le temps devient lui aussi un élément du spectacle. Une horloge rappelle aux personnages que la première approche. Au fur et à mesure, les comédiens enfilent leurs costumes, se rapprochant progressivement du moment où ils devront monter sur scène.
Une compagnie habituée à la comédie
Derrière « Ceci n’est pas un Feydeau », on retrouve Faits d’Art Scénique. Créée en 2015 autour de la pièce Métro, huis-clos, dodo, la compagnie s’est progressivement tournée vers la comédie.
En onze ans, elle a produit six pièces et participé notamment au Festival d’Avignon. Parmi ses précédentes créations figurent Le Chômeur, nominé à quatre reprises aux P’tits Molières en 2019, ou encore Les Évadés du paradis, qui a reçu deux prix au Festival des Fous Rires de Courbevoie en 2022.
Pour cette nouvelle création, Arnaud Patron réunit une distribution composée de six comédiens. Il signe également l’écriture et la mise en scène, tout en interprétant le personnage de Brutus.
Avec « Ceci n’est pas un Feydeau », le vaudeville devient un terrain de jeu. La compagnie reprend ses ingrédients traditionnels — secrets, quiproquos et comique de situation — tout en les faisant entrer dans une histoire qui parle aussi du monde du théâtre.
Une troupe qui tente de sauver sa première, des coulisses qui deviennent visibles et une représentation qui semble pouvoir s’effondrer à tout moment : ici, le spectacle commence finalement bien avant le lever de rideau.
Reste une question, posée dès le début de la pièce : y aura-t-il vraiment un Feydeau ce soir ? La réponse se trouve sur scène, au fil d’une représentation où les comédiens doivent autant composer avec leur rôle qu’avec les imprévus qui menacent la pièce.





