« Appelez-moi Madame George Sand » : quand la littérature devient une question d’identité

Du 4 septembre au 28 novembre 2026, le théâtre de la Folie accueille Appelez-moi Madame George Sand, une création de Joshua Laffont-Cohen. À travers l’histoire de Georges, un homme fasciné par l’écrivaine du XIXe siècle, la pièce interroge l’identité, la métamorphose et le pouvoir de la littérature.

George Sand n’a pas fini de faire parler d’elle. Cent cinquante ans après sa mort, l’écrivaine continue d’inspirer artistes et chercheurs. C’est cette fascination que Joshua Laffont-Cohen met en scène dans Appelez-moi Madame George Sand, une pièce présentée à la Folie Théâtre, à Paris, jusqu’au 28 novembre.

Sur scène, Georges s’identifie depuis plusieurs années à George Sand. Fasciné par cette femme libre, indépendante et anticonformiste, il cherche à lui ressembler. Mais cette admiration prend progressivement une autre dimension. Jusqu’où peut aller l’identification à une figure littéraire ? Et que reste-t-il de soi lorsque l’on tente d’incarner quelqu’un d’autre ?

Pour tenter de comprendre ce qui lui arrive, Georges entame des séances avec un psychiatre passionné de littérature. Au fil des consultations, la relation thérapeutique se transforme. Le médecin se laisse lui aussi progressivement séduire par la personnalité flamboyante de George Sand, que Georges fait revivre à travers ses mots, ses combats et sa poésie. Les frontières entre patient et psychiatre, réalité et incarnation, commencent alors à s’effacer.

Une écrivaine au cœur de la métamorphose

Née Aurore Dupin en 1804, George Sand s’est imposée comme l’une des grandes figures du romantisme français. Écrivaine prolifique, poète et femme engagée, elle adopte un pseudonyme masculin et revendique une liberté qui bouscule les conventions de son époque. Indiana, La Mare au Diable ou encore Lélia figurent parmi ses œuvres majeures.

Pour Joshua Laffont-Cohen, cette figure représente bien davantage qu’une icône littéraire. Elle incarne la liberté, l’audace et le refus des rôles imposés. Le dramaturge, qui a consacré sa thèse à la poésie de George Sand, poursuit ainsi un travail de recherche entamé depuis plusieurs années.

Mais sa pièce ne cherche pas à raconter la vie de l’écrivaine. George Sand devient plutôt un miroir dans lequel Georges tente de se comprendre. « Ce n’est pas seulement l’histoire d’un homme qui voudrait devenir une femme », explique Joshua Laffont-Cohen dans sa note d’intention. Le personnage cherche avant tout à devenir une écrivaine, une figure littéraire, une conscience, une voix.

Cette confusion volontaire entre admiration, identité et incarnation constitue le cœur du spectacle. La littérature devient alors un espace où il est possible de se réinventer, mais aussi de se perdre.

Un théâtre entre mots et mouvement

Auteur, comédien et metteur en scène, Joshua Laffont-Cohen place l’écriture au centre de son travail. Ses précédentes créations, notamment Chrysalide, présentée au Festival d’Avignon en 2023, exploraient déjà les questions d’identité, de transformation et de révélation intime.

Pour cette nouvelle création, il partage la mise en scène avec Claude Bokhobza, spécialiste du travail gestuel et du mouvement. Formé au Conservatoire des Arts du Mime et du Cirque du Carré Silvya-Montfort, ce dernier a notamment travaillé avec le Théâtre du Mouvement et participé à de nombreuses créations en France et à l’étranger.

Sur scène, Joshua Lawrence interprète Georges face à Alexis Néret, qui incarne le psychiatre. Le spectacle entend ainsi faire dialoguer la parole, le corps et la musique pour donner forme à une métamorphose intérieure.

Avec Appelez-moi Madame George Sand, Joshua Laffont-Cohen propose finalement une réflexion sur ce que la littérature peut permettre : changer de regard sur soi, trouver une voix et parfois s’affranchir des identités que la société nous assigne. Une manière de faire résonner, 150 ans après sa disparition, la liberté revendiquée par George Sand avec les questionnements très contemporains autour de l’identité et de la construction de soi.

Etienne Aazzab

Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014. Depuis 2016, je suis le responsable du Lyon Bondy Blog et le directeur de publication. Ses sujets de prédilection : #Politique #Société #Sport

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