Agnès Marion, tête de liste du Rassemblement National dans le 8ème arrondissement et pour la mairie de Lyon, a été interviewé par le Lyon Bondy Blog. Partie en tandem avec l’ex militant LFI France Insoumise Andréa Kotarac, elle nous explique sa vision et ses projets “Pour L’amour de Lyon”, qui réunit le PCD et la Droite Populaire.

Pourquoi vous êtes-vous lancée dans ces élections et pourquoi dans le 8e arrondissement ?

J’étais conseillère d’arrondissement et légitime car j’avais de l’expérience. J’étais la mieux positionnée. Le 8e a été choisi, car traditionnellement le rassemblement national présente toujours son candidat tête de liste générale dans cet arrondissement. C’est à celui-ci que l’on fait le meilleur score. Cela permet d’envoyer cet élu-là au conseil municipal qui est le conseil où sont prises les décisions, car en réalité, les conseils d’arrondissement sont des conseils consultatifs.

Comment s’est passée la désignation de vos colistiers ? Vous parliez de rassemblement des droites, sur quelles bases s’est-elle faite ?

C’est plus qu’un rassemblement des droites. C’est un rassemblement des gens qui sont attachés à Lyon, à ses racines, et qui sont de fervents opposants à Macron dans sa déclinaison nationale, mais aussi municipale incarnée par Gérard Collomb. La liste « pour l’amour de Lyon », c’est le RN associé au PCD et à la droite populaire, le parti de Tierry Marriani. C’est aussi, plus largement, des gens qui arrivent de la gauche. Je pense par exemple à notre tête de liste dans le deuxième arrondissement Jean Claude Vitau qui est un ancien de l’OCI. Il est aussi ancien syndicaliste et professeur. J’ai un certain nombre de personnes qui sont chevènementistes, et d’autres venant de la société civile, donc sans spécialement d’attache politique. Ils ont pu être de gauche ou de droite dans leur vie selon les circonstances et des évènements politiques.

Par ailleurs, ces élections ont la particularité d’avoir un double niveau d’élection puisqu’il y a aussi la métropolitaine qui est votée le même jour. Vous aurez noté que je fais, avec Andréa Kotarac, un ticket où moi je suis une figure historique du rassemblement national. Je fais donc binôme avec Andréa qui est ancien de la France Insoumise, donc classé à gauche. Bien que parfois je le trouve plus à droite que moi. Et parfois je me trouve plus à gauche que lui.

Pour ne rien vous cacher, ce sont des débats passionnants que l’on a ensemble. Il y a cet échiquier qui est un héritage sur lequel on a construit toute notre vie politique. On a du mal à en sortir. Ce clivage n’est pas opérant. Quand vous prenez Nathalie Kosciusko-Morizet, qui est une femme de droite. Entre elle et moi, il n’y a rien à voir. Je ne fais pas partie de cette droite qui est ultralibérale, qui est une droite d’argent. Je fais partie plus d’une droite qui est sociale. Nous discutons beaucoup avec Andréa Kotarac et nous aimons bien la figure des Canuts parce que c’est quelque chose qui nous associe pas mal. Il y a cette idée de catholicisme social qui a été très présent à Lyon, et les canuts avec les luttes ouvrières où il y a eu un vrai rapprochement. On a tous les deux, en se focalisant sur des choses différentes, le souci des plus fragiles. C’est-à-dire que l’on n’a pas le droit de laisser des gens derrière pour le profit. Pour le coup je me retrouve plus avec lui qu’avec NKM.

La première chose qui réunit les gens de votre liste, si je vous suis bien, c’est une opposition à Macron ?

Chez Macron, il y a un oubli d’une certaine diversité sociologique. C’est très bien pour les gens qui sont très riches, les gagnants de la mondialisation. On compense ça avec des dispositifs sociaux, que les gens qui rentrent dans certaines cases sociales peuvent encore éventuellement s’en sortir. Et il y a toute une classe intermédiaire, de plus en plus étendue, qui s’en prend plein la figure.

La fameuse « classe moyenne » ?

Quand l’on dit classe moyenne, on a toujours l’habitude de penser aux cadres moyens qui habitent un lotissement. Maintenant, c’est un éventail qui s’élargit beaucoup. Vous avez l’avocat qui ne gagne pas si mal sa vie, mais pas suffisamment pour le prix des logements lyonnais ou le prix des écoles lyonnaises. Tout cela se paye. À un moment donné, même les classes les plus aisées se retrouvent à être déclassées. Ce dont j’ai envie, c’est que personne ne soit déclassé. Qu’il y ait différentes classes sociales, cela me parait normal. Mais, il n’y en a aucune à mépriser et toutes doivent pouvoir vivre décemment. J’aimerais avoir une société décente.

Comment cela se verrait-il sur Lyon, qu’elle serait donc les chantiers prioritaires de Lyon ?

Pour moi le chantier prioritaire est la sécurité.
D’abord, c’est la première des libertés et la condition sine qua non pour qu’une politique se déroule bien. Nous pouvons parler écologie et qu’il faut inciter les personnes à prendre les transports en commun, très bien. Sauf que si les transports ne sont pas sûrs, vous ne les prenez pas. Par exemple, moi je suis une femme, à partir d’une certaine heure, je ne prends pas le métro. Ce n’est pas suffisamment sécurisé. Je veux une brigade des transports pour qu’il y ait un sentiment de sécurité. C’est ce qui permettra de changer nos mobilités et d’avoir un levier écologique. On peut développer toutes les rames possibles, si ces lignes ne sont pas sûres, on ne les empreintes pas. J’entends parler de piétonnisation dans un but écologique, j’entends bien. On a eu des retours d’expériences dans les pays du Nord qui ont beaucoup pratiqué la piétonnisation et qui en reviennent, car ils ont remarqué qu’avec celle-ci il y avait une augmentation de l’insécurité. Cela fait des rues qui en sont plus passantes quand les boutiques sont fermées et qui deviennent des coupe-gorge, car dès qu’il y a moins de passage, il y a moins de sécurité. Je prends cet exemple, car je suis une femme, si jamais je rentre seule je vais passer par les rues les plus fréquentées en voiture. Je sais que c’est là que s’il m’arrive quelque chose, il y aura le plus de passage et de réactions.

La sécurité est ma première priorité. Je souhaiterais faire un audit de la police municipale pour voir comment elle est disposée et déployée. Je souhaite la réarmer, matériellement, mais aussi moralement. Je veux absolument investir tous les pouvoirs de police du maire. Je veux que le maire incarne l’autorité. Je n’ai rien contre le fait de convoquer les gens même dans le bureau. Au bout d’un moment, l’autorité s’incarne de visage à visage. C’est la raison pour laquelle je souhaite doubler ces effectifs de police parce que je pense que je le cœur de métier de la police municipale est de patrouiller dans les rues et que l’on puisse les interpeller si l’on a besoin.

Parallèlement, il faut que les délinquants se disent que les policiers sont là et qu’ils ne sont pas impunis. Je souhaite aussi offrir au Lyonnais une application sur smartphone qui s’appelle Ville Sûr, qui est une application brevetée, qui permet à tous les Lyonnais et personnes qui rentrent dans le périmètre de la ville de se signaler quand on est en danger ou de signaler des dangers et incivilités que l’on constate. Cela permet de prévenir le poste de commandement pour déployer la police municipale ou nationale de manière à ce qu’il y ait une intervention extrêmement rapide. Cela permettrait aussi d’améliorer le dispositif de vidéosurveillance parce que la limite de la vidéosurveillance est que si derrière il n’y a pas d’humain, cela est compliqué.

Qu’entendez-vous par aider la police municipale émotionnellement ?

Le maire de Lyon à des pouvoirs de police. Ce n’est pas une petite commune Lyon. À partir du moment où l’on est maire de Lyon, on a la possibilité d’interpeller la garde des sceaux sur le laxisme judiciaire. C’est quand même un vrai problème. Les jugements passent et n’ont pas d’impact. À partir du moment où vous dites que de toute façon, cela va partir dans le flot des affaires courantes de la justice, il n’y a plus la peur de la loi. Je pense que le maire a complètement la possibilité d’intervenir dessus. Je fais de la politique pour laisser une meilleure situation à mes enfants qu’elle ne l’est maintenant. Pour être honnête, je ne suis pas très sereine quand je les laisse se balader dans Lyon. Je ne connais pas de parents qui soient tout à fait sereins que leur enfant se ballade. On ne sait pas ce qui peut arriver. Il y a des situations où il faut prendre ses responsabilités. Je reproche beaucoup à Gérard Collomb de ne pas les avoir prises. Il a été ministre de l’Intérieur et possède une vision nette du problème. C’est d’ailleurs ce qu’il a confessé en partant de son ministère.

Vous parlez dans votre programme d’écologie pragmatique. Selon vous quelle est la différence entre écologie pragmatique et écologie traditionnelle ?

Moi j’ai un vrai souci avec l’écologie. Je crois qu’il faut soumettre nos modèles de développement et d’aménagement du territoire à la question écologique. On nous vend des programmes avec des forêts urbaines par exemple. Il y a une vraie course à l’échalote pour savoir qui fera la plus grande « verdisation » de Lyon. C’est une vraie hypocrisie dans les sens où l’on est entrain de créer une énorme Métropole qui aspire tous les pouvoirs politiques et tout le dynamisme économique. On voudrait qu’en parallèle il n’y ait pas de bétonisation. Mais si vous concentrez toutes les personnes sur un même territoire, inévitablement, cela entraine de la bétonisation et des problèmes de mobilités, tout en créant parallèlement des diagonales du vide. Il y a des villes qui sont désertifiées, où il n’y a plus d’activité économique au profit de notre grande Métropole de Lyon. À mon sens, avant de se poser la question si l’on va planter des arbres ou pas, il y a un vrai illogisme à vouloir de la campagne en ville. D’ailleurs, on a souvent les mêmes personnes qui veulent de la campagne en ville qui, quand elle se retrouve réellement en campagne, font des procès au coq parce qu’il chante le matin. Personnellement, je ne comprends pas. Nous habitons en ville, de fait, c’est un univers plus minéral.

Après si l’on veut lutter concrètement contre ces effets de chaleur, de bétonisation, il faut se demander si notre modèle n’est pas absolument fou à essayer de tout concentrer sur la Métropole de Lyon. À côté de ça, Bourg-En-Brest est sinistré, comme Valence ou Saint-Étienne. C’est ma première remarque écologique pour prendre du recul sur la question. Il est évident qu’il y a de bonnes pratiques à mettre en place en écologie. Cependant, quand les gens prennent leurs voitures pour aller au travail le matin, environ 53 % dans la Métropole, je ne pense pas qu’il y en ait un le matin en se levant qui se dit « super, aujourd’hui je vais détruire la planète avec mon diesel ! ». Aujourd’hui si les gens font cela, c’est qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Notamment parce qu’on leur demande d’avoir des voitures Crit’air 1 pour pouvoir rentrer en ville sur certaines périodes. Souvent, si vous n’avez pas de voiture Crit’air 1, c’est que vous n’avez pas les moyens de l’avoir. J’ai eu une voiture pendant longtemps qui n’était pas Crit’air 1, tous simplement parce que j’ai six enfants, et donc une grosse voiture. Elle ne passait donc pas ces critères. Il faut d’abord donner aux lyonnais les moyens et les accompagner à la transition écologique de manière à qu’ils renouent avec de bonnes pratiques.

Il y a beaucoup d’activité à l’est de Lyon, pourtant il y a un chômage massif. C’est-à-dire que les gens ne bénéficient pas de l’activité de leur territoire et vont chercher plus loin, ce qui amène qu’ils doivent prendre leur voiture. Notre réseau de transport est ce qu’il est. On ne peut pas le développer sur un claquement de doigts, et en plus, nous avons des contraintes budgétaires. Disons-nous les choses clairement. Il ne doit pas y avoir une écologie qui contrevient à un dynamisme économique parce que les gens ont aussi besoin de manger. Je pense que tout le monde aurait envie de manger bio et saintement. Cependant, si les gens vont dans les supermarchés discount, c’est qu’ils ont un problème de budget.

Je voudrais plus qu’une écologie dogmatique, où certain jour vous pouvez circuler ou non sur Lyon selon votre vignette. Par exemple, je suis artisan-commerçant sur Lyon, et je peux être amené à livrer des cartons de livres à pieds. C’est forcément inventer par des bureaux d’étude ce truc-là. Parce que dans les faits, le papier est lourd, et quand vous avez trois cartons de livre de quinze kilos chacun, moi je veux bien le faire avec mes petits bras, mais dans la réalité cela est difficile. Les dérogations ne peuvent pas être seulement pour les métiers de la santé et de l’urgence comme pour le gaz. Les commerçants en ont besoin aussi. Je ne suis pas une ayatollah de l’anti-automobilisme sur Lyon. Je pense qu’il faut aider les commerçants à acheter des véhicules plus propres, pourquoi pas les électriques. Je pense qu’il faut arrêter avec ses politiques dingues du stationnement. Entre les gilets jaunes et les émeutes qui se sont collés à ceux-ci, ainsi que les vignettes de stationnement sur Lyon, plus personne ne vient dans Lyon le Week-end pour consommer. La plupart des commerçants sont entrain de tirer leur bilan, et ils ont tous une perte qui va jusqu’à 50 % de leurs chiffres d’affaires. C’est dramatique. Je pense que ces gens-là il faut les accompagner. Je suis ravie pour les gens qui ont le pouvoir d’achat nécessaire pour avoir une vie qui se passe dans des 200 m², qui peuvent aller chez un bon boucher, tout faire pied parce qu’ils habitent dans l’hyper centre de Lyon, mais ce n’est pas la réalité de tout les lyonnais. Je crois qu’une ville est agréable parce qu’il y a une diversité sociologique. Cela ne peut pas être que pour les gens qui ont extrêmement bien réussi leur vie et les gagnants de la mondialisation. Ce ne peut pas être un musée bobos à ciel ouvert. Il y a des petites gens qui n’ont pas les moyens de faire ça.

Comment fait-on alors pour garder la classe populaire en ville ?

Je n’ai pas de réponse doctrinaire là-dessus. Je ne crois pas en l’encadrement des loyers. Je suis très choqué par les appartements (T4 et plus) achetés pour être délotis et vendus à la découpe pour faire du AirBnb. C’est cela qui me pose problème. À partir du moment où l’on va se retrouver dans une ville où il n’y a plus que des gens de transit, l’âme de Lyon, qui est très diverse, ne pourra pas se conserver. L’encadrement de loyers, je ne suis pas sûr que cela marche si bien que ça. Je crois qu’il y ait moins d’appartements mis en location. Après, je ne m’interdis rien dans la réflexion. Parfois il faut faire des choix et tenter de nouvelles choses. Si cela fonctionne, on y va, sinon on peut rétropédaler. C’est ça aussi le pragmatisme. Il faut évaluer et ré-évaluer en permanence ses politiques pour ne pas être doctrinaire.

Je pense aussi que cela passe par le sentiment de ne pas être déclassé. Actuellement, au-delà des loyers, ce que l’on voit de la ville. Par exemple, l’Hôtel Dieu, qui est un lieu emblématique de la ville, la rénovation est magnifique d’un point de vue architectural. À la base, il était l’Hôtel de charité où les gens pauvres venaient y accoucher ou se faire soigner. Aujourd’hui nous en avons fait un lieu pour les gens très riches. Les Lyonnais ordinaires n’ont plus vocation à rentrer dans ce monument qui leur avait été dédié. C’était le bâtiment des plus fragiles à Lyon, c’est devenu le bâtiment des plus riche. J’y suis allé récemment, il n’y a pas un endroit ou Monsieur et Madame Tout-le-Monde avec un petit salaire se sente accueille comme chez lui. On aurait pu imaginer que les halles de l’Hôtel Dieu soient des halles populaires, avec des prix populaires. Je crois qu’il y a une réelle volonté de court-circuiter la présence des personnes les plus pauvres et que ça reste un endroit de consommation de luxe. Cela est la chose que je ne veux pas à Lyon. Dans cet édifice qui est très luxueux dans son architecture même, il y a une place qui devrait être faite pour que les gens les plus ordinaires puissent pouvoir venir.

Pour garder ces couches populaires dans le centre de Lyon, pensez-vous que la réquisition des logements vacants pourrait être une solution, pour en faire du logement social par exemple ?

Je n’ai rien contre le logement social. Si vous regardez le quartier de confluence, vous avez des immeubles avec des rooftops avec des terrasses magnifiques, notamment avec pas mal de joueurs de foots, des appartements à plus de 10 000 euros le mètre carré et plus de 40 % de logements sociaux là-dedans. Sauf que sur ces critères de logements sociaux, il y a toujours les classes moyennes qui n’y accèdent pas. Évidemment qu’il faut s’occuper des personnes les plus fragiles, même s’il n’y a aucune raison de dire que l’on n’a pas envie des plus riches non plus, mais il faut que les plus fragiles y arrivent. Dans la logique des réquisitions du logement social pour autant elles ne rentreront pas dans les catégories de logement social. Ce que je souhaiterais est qu’il y ait des programmes de logement qui soient faits. C’est-à-dire inciter les propriétaires de logements vacants à mettre en location leur logement. J’aimerais qu’il y ait un audit du logement social tel qu’il est pratiqué actuellement et que l’on voit qu’elles sont les critères d’attributions en transparence. Quand vous allez voir les Lyonnais et que vous leur posez la question, ils ont toujours le sentiment qu’ils pourraient être dans les cases, mais ils n’arrivent jamais à y rentrer. Je ne supporte pas la défiance que ça génère et cela est très nuisible pour toute la société. À partir du moment où l’on est en défiance les uns avec les autres, on crée des situations explosives. J’aimerais qu’il y ait un audit et qu’il n’y ait pas la possibilité d’une reventilation des logements sociaux pour voir si les personnes qui ont accédé à un logement social sont encore dans les conditions qui leur ont permis d’être éligibles. Ce n’est pas du tout garanti. Parfois, il y a des reconductions qui sont mécaniques par manque de temps des services qui s’en occupe, ou encore que certains sont rentrés dans des « combines » et qu’il a clairement du clientélisme sur ces logements-là. J’aimerais inciter aussi sur la remise sur le marché des logements vacants, à leur rénovation, et sanctuariser le fait qu’il y ait des T4 et plus pour penser aux familles qui peuvent s’installer là et rester dans Lyon. On touche pas mal les classes moyennes. Moi qui suis une mère de famille, on voit bien qu’il y a de plus en plus de famille avec de jeunes enfants qui s’excentre de Lyon, car les conditions sont trop compliquées.