À Lyon, Gabriel Attal sort sa carte de la jeunesse

École, emploi, santé mentale, intelligence artificielle : le 10 octobre, à Lyon, Gabriel Attal a déroulé un programme ambitieux à destination des jeunes générations. En promettant de leur donner « un temps d’avance », l’ancien Premier ministre défend une nouvelle promesse républicaine, tout en appelant à un large rassemblement politique, de la gauche sociale-démocrate à la droite républicaine.

« France, es-tu encore fidèle à ton serment de jeunesse ? » À Lyon, le 10 octobre, Gabriel Attal a donné le ton de son meeting en plaçant les jeunes générations au centre de son discours. Dans une salle à l’ambiance survoltée, l’ancien Premier ministre a multiplié les propositions : davantage de moyens pour l’école, une réforme de l’enseignement supérieur, une politique de lutte contre les discriminations, mais aussi des investissements massifs dans l’intelligence artificielle et une intégration européenne renforcée.

Derrière cette succession d’annonces, une même ambition : faire de la jeunesse le moteur d’un projet politique qui entend dépasser les clivages traditionnels. « Ne jamais sous-estimer la jeunesse », martèle-t-il. Son objectif affiché est de permettre à chacun de choisir sa vie, indépendamment de son origine sociale ou de son lieu de résidence.

Mais entre la promesse d’émancipation et les moyens annoncés pour la concrétiser, le discours dessine aussi une certaine conception de la société : celle du mérite, de l’exigence et de la responsabilité individuelle.

Meeting de Gabriel Attal hier à Lyon , photo prise par Alice Rondet

L’école, première promesse à tenir

Pour Gabriel Attal, la République ne tient pas suffisamment sa promesse d’égalité. « Votre origine de peau, votre code postal ne doivent pas vous discriminer et vous empêcher de pouvoir devenir la personne que vous souhaitez », affirme-t-il. L’ancien Premier ministre dénonce la reproduction des inégalités sociales au sein du système scolaire, qui devrait au contraire permettre de les corriger.

Il entend faire de l’éducation une priorité budgétaire. Alors que la baisse de la natalité entraînera une diminution du nombre d’élèves, il refuse que cette évolution serve de prétexte à des économies. Il s’oppose notamment à la suppression de 1 600 postes d’enseignants prévue dans le projet de budget qu’il dénonce et défend une baisse du nombre d’élèves par classe.

Autre proposition : assurer une permanence pédagogique afin que chaque élève puisse bénéficier d’un professeur. Il souhaite également revaloriser les salaires des enseignants, avec une augmentation annoncée de 200 à 500 euros nets pour les professeurs en milieu de carrière. Le recrutement serait aussi ouvert aux professionnels du privé désireux de rejoindre l’Éducation nationale.

Sur le plan scolaire, Gabriel Attal défend un retour à davantage d’exigence. Il propose de rendre le brevet obligatoire pour entrer au lycée et de rétablir un certificat d’études à la fin de l’école primaire. Pour les élèves qui n’auraient pas acquis le niveau attendu, il envisage une année passerelle en petit groupe, plutôt qu’une sanction.

Cette exigence ne doit toutefois pas, selon lui, se limiter aux résultats scolaires. Il promet la poursuite de la rénovation des établissements et leur adaptation au changement climatique dans un délai de cinq ans. Il souhaite également ouvrir une concertation sur les rythmes scolaires, avec les enseignements fondamentaux le matin et davantage de sport, de musique et d’arts plastiques à partir de 15 heures.

Le programme accorde ainsi une place importante aux conditions d’apprentissage. Reste à savoir comment ces propositions seront financées, organisées et mises en œuvre, notamment dans les établissements qui connaissent déjà des difficultés de recrutement ou de rénovation.

De l’orientation à l’emploi, la promesse du mérite

L’enseignement supérieur constitue un autre pilier du discours. Gabriel Attal entend transformer Parcoursup pour en faire un véritable outil d’accompagnement, grâce au mentorat, au tutorat et aux stages. Il souhaite aussi réduire la pression du contrôle continu au baccalauréat en donnant davantage de place aux épreuves finales.

Les formations supérieures seraient évaluées tous les trois ans. Celles qui affichent un fort taux de décrochage et une faible insertion professionnelle pourraient être supprimées ou réorganisées. L’objectif affiché est de rapprocher les cursus des métiers qui recrutent et des filières considérées comme porteuses d’avenir.

Pour les lycéens professionnels, il propose d’instaurer dès la classe de première un contrat avec une entreprise, censé garantir un emploi ou une alternance à l’issue du diplôme.

L’ambition est de rendre les parcours plus lisibles et de faciliter l’accès à l’emploi. Mais elle soulève une question : comment articuler les besoins immédiats des entreprises avec la liberté de choisir ses études et la nécessité de préserver des formations dont l’utilité ne se mesure pas uniquement à leur taux d’insertion professionnelle ?

Sur les discriminations, Gabriel Attal défend plusieurs mesures concrètes : généraliser les tests de discrimination dans l’ensemble de l’économie et en publier les résultats, afficher des fourchettes de salaire dans les offres d’emploi et expérimenter des audits des algorithmes de recrutement.

Ces propositions prolongent son engagement affiché contre les déterminismes sociaux et territoriaux. Elles devront néanmoins être accompagnées de modalités précises pour garantir leur efficacité.

Une jeunesse protégée, mais aussi responsabilisée

La jeunesse est également abordée sous l’angle de la santé et de la protection. Gabriel Attal promet une « bulle de protection » face à l’isolement, à l’emprise des réseaux sociaux et aux risques liés aux algorithmes. Il défend un plan pour la santé mentale et le redressement de la médecine psychiatrique, ainsi qu’une priorité accordée à la prévention en santé.

En parallèle, son discours insiste sur l’autorité. Il réclame une fermeté totale face aux violences, aux insultes et aux menaces, et propose de réformer la justice pénale des mineurs. Il souhaite aussi que chaque jeune accomplisse au moins un mois d’engagement civique au service des autres avant l’âge de 25 ans.

La jeunesse qu’il décrit doit donc être à la fois protégée, accompagnée et responsabilisée. Elle est présentée comme une force capable de transformer la société, mais aussi comme une génération appelée à participer à l’effort collectif.

Cette logique se retrouve dans ses propositions économiques. Gabriel Attal annonce vouloir engager 150 milliards d’euros d’économies, avec un frein d’urgence de 15 à 20 milliards dès l’élection. Il défend l’inscription de l’équilibre budgétaire dans la Constitution ainsi qu’une seconde règle d’or : les dépenses de fonctionnement ne pourraient plus dépasser les dépenses d’avenir.

Il affirme vouloir éviter que les nouvelles générations héritent du coût des dettes accumulées. Dans le même temps, il défend davantage de flexibilité dans l’organisation du travail et une évolution des règles de succession et de donation pour faciliter la transmission du patrimoine aux petits-enfants. La reprise des exploitations agricoles entre générations fait également partie des mesures avancées.

Climat et intelligence artificielle : préparer l’avenir

Pour Gabriel Attal, donner un temps d’avance à la jeunesse implique aussi de préparer les transformations économiques et technologiques. Sur le climat, il défend une électrification massive pour réduire la dépendance aux hydrocarbures importés, des investissements dans le nucléaire et les énergies renouvelables, ainsi que l’accélération de la construction de réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Il fixe un objectif d’un réacteur construit par an, pour atteindre quatorze nouveaux réacteurs au total.

Il évoque également le développement des bornes de recharge, le leasing de voitures électriques pour les travailleurs de première ligne, une prime à l’achat de véhicules propres d’occasion et l’objectif d’une voiture électrique française à 10 000 euros. L’adaptation des logements, des villes, de l’agriculture et des réseaux d’eau au dérèglement climatique figure aussi dans son programme.

L’intelligence artificielle occupe une place tout aussi importante. Gabriel Attal défend une gouvernance mondiale de la sécurité de l’IA inspirée du modèle nucléaire, des investissements massifs dans les capacités de calcul et une commande publique destinée à faire émerger des champions français et européens.

Il propose également un assistant éducatif souverain pour chaque élève, un assistant médical souverain pour chaque patient et la formation de 20 millions de salariés en trois ans. Des annonces qui soulèvent des questions de financement, de protection des données et de mise en œuvre, mais traduisent sa volonté de faire de la maîtrise technologique un enjeu de souveraineté.

Une convention pour donner la parole aux jeunes

Pour associer les jeunes à son projet, Gabriel Attal annonce la création d’une convention composée de 150 personnes âgées de 16 à 25 ans, lycéens, étudiants et jeunes actifs. Les volontaires seront appelés à se manifester dans les prochains jours avant un tirage au sort. Plusieurs sessions doivent permettre de débattre de ses propositions et de les confronter aux attentes des participants.

L’ancien Premier ministre affirme vouloir aller au-delà d’une simple consultation : les jeunes doivent pouvoir contribuer à décider, faire évoluer les propositions et exprimer leurs désaccords.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie politique plus large. Gabriel Attal appelle à une « coalition des démocrates », réunissant la gauche sociale-démocrate et la droite républicaine autour d’un projet commun, plutôt que d’accords conclus dans l’urgence. Il souhaite notamment approfondir l’intégration européenne en défendant des « États-Unis d’Europe » autour d’un noyau de pays volontaires, avec une plus grande convergence économique, fiscale et juridique.

L’Europe devient ainsi, dans son discours, un horizon collectif pour une jeunesse qui manquerait de projets communs et d’idéaux capables de dépasser les frontières nationales.

Donner un temps d’avance à la jeunesse

En répétant que les jeunes méritent mieux que ceux qui les utilisent, Gabriel Attal entend se présenter comme un défenseur de leurs aspirations. Son programme associe égalité des chances, autorité, responsabilité budgétaire, transition écologique et ambition européenne. Il cherche à faire de la jeunesse le point de rencontre d’un rassemblement politique qui dépasserait les oppositions traditionnelles entre la gauche et la droite.

Mais la force d’un tel projet se mesurera à sa capacité à répondre aux réalités vécues par les jeunes : les inégalités scolaires, les discriminations, les difficultés d’orientation, l’accès à l’emploi et la santé mentale. Les propositions annoncées devront être confrontées à leurs conditions de financement, à leurs modalités d’application et à leurs résultats.

À Lyon, Gabriel Attal a posé les termes de sa promesse : donner à la jeunesse « un temps d’avance ». Reste à savoir comment cette ambition pourra se traduire concrètement pour celles et ceux dont l’avenir demeure largement déterminé par leur origine sociale, leur territoire ou leurs ressources.

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