« Nous sommes le camp des oubliés, des sans-parole, des humiliés » : Mélenchon mobilise à Clermont

Au Zénith d’Auvergne, dimanche 11 octobre, Jean-Luc Mélenchon a tenu un meeting marqué par une forte mobilisation et une place importante accordée aux revendications des jeunes. Parcoursup, moyens pour l’école et droit de vote à 16 ans ont occupé une place centrale dans son discours, au lendemain du meeting de Gabriel Attal à Lyon.

À l’extérieur du Zénith d’Auvergne, à Clermont-Ferrand, certains militants n’ont pas pu franchir les grilles. La salle est pleine. Selon les organisateurs, 10 000 personnes sont présentes. Quelques minutes avant de prendre la parole, Jean-Luc Mélenchon sort à leur rencontre pour les saluer et les remercier d’être venus. À l’intérieur, son arrivée déclenche une ovation. Devant la scène, la foule scande son prénom. « C’est notre rockstar », souffle un sympathisant.

L’enthousiasme de la salle donne le ton de ce rendez-vous insoumis. Mais, au-delà de la ferveur militante, c’est surtout la jeunesse que Jean-Luc Mélenchon choisit de placer au cœur de son intervention. Deux lycéens sont invités à monter sur scène dès le début du meeting. Ils prennent la parole pour défendre les revendications des jeunes, dénoncer les difficultés rencontrées dans leur parcours scolaire et réclamer davantage de moyens pour les établissements.

« Monsieur Lecornu, lâchez 10 milliards pour les bahuts ! », lancent-ils. Leur intervention se veut aussi une réponse à ceux qui pourraient réduire la mobilisation des lycéens à une agitation téléguidée. « Nous ne sommes pas manipulés mais nous portons de véritables revendications », affirment-ils.

Leur présence sur scène donne une dimension concrète au discours qui suit. Jean-Luc Mélenchon reprend la question de la mobilisation de la jeunesse et cite Étienne de La Boétie : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. » Une référence à la Servitude volontaire, qui inscrit la prise de parole des lycéens dans un discours plus large sur l’émancipation et le pouvoir d’agir.

Photo prise par Alice Roudet lors du meeting LFI à Clermont-Ferrand

Parcoursup, symbole des difficultés de la jeunesse

Dans son intervention, le candidat insoumis s’en prend à Parcoursup, qu’il présente comme le « martyre de cette jeunesse ». Il réitère son soutien à la mobilisation des jeunes et à leurs revendications. L’accès aux études supérieures, la sélection universitaire et les moyens accordés à l’éducation constituent l’un des fils directeurs de son discours.

Pour Jean-Luc Mélenchon, l’école ne peut être traitée comme un simple marché. Il dénonce une société dans laquelle le savoir serait assimilé à une marchandise, au risque, selon lui, de favoriser l’obscurantisme. Il défend au contraire l’accès aux connaissances et s’oppose à la sélection à l’université.

Cette question prend une résonance particulière lorsqu’il évoque les quartiers populaires. L’éducation demeure, selon lui, un levier essentiel d’émancipation sociale pour les jeunes qui disposent de moins de ressources. Dans cette perspective, il défend un renforcement des moyens de l’école et des établissements, ainsi qu’une revalorisation de la place accordée à l’éducation dans les politiques publiques.

Le droit de vote à 16 ans figure également parmi ses propositions. Jean-Luc Mélenchon entend ainsi donner davantage de poids politique à une génération qu’il estime insuffisamment prise en compte dans les décisions qui engagent son avenir. En faisant monter deux lycéens sur scène, puis en reprenant leurs préoccupations dans son discours, il cherche à présenter les jeunes non comme de simples spectateurs de la vie politique, mais comme des citoyens capables de porter leurs propres revendications.

Le thème de la jeunesse s’inscrit aussi dans une séquence politique particulière. La veille, Gabriel Attal tenait lui aussi un meeting à Lyon, avec un discours tourné vers les jeunes. À un peu plus de six mois de l’élection présidentielle, les questions d’éducation, d’avenir et de participation politique s’imposent ainsi dans les prises de parole des responsables politiques.

Un programme de rupture revendiqué

Jean-Luc Mélenchon élargit ensuite son propos à son projet politique. « Cette élection ne ressemble à aucune autre, nous devons en prendre la mesure », déclare-t-il. Il défend l’idée d’une rupture avec les orientations économiques et institutionnelles actuelles, et appelle à fonder un nouvel État social, fondé sur la solidarité et l’entraide.

Le candidat insoumis remet également en avant la VIe République, présentée comme une transformation nécessaire des institutions et du fonctionnement démocratique. Il affirme vouloir redonner aux citoyens la maîtrise des décisions collectives et de leur avenir. Il revendique un projet dans lequel la liberté ne se limite pas aux droits formels, mais suppose aussi des conditions matérielles permettant à chacun de vivre, de se déplacer et d’accéder à une vie meilleure.

Sur le terrain économique, il critique le poids de la finance et la place des intérêts privés dans les choix publics. Il évoque notamment la dette française et les marges de manœuvre de l’État, tout en défendant un renforcement des services publics. Il aborde également l’intelligence artificielle, dont il souhaite que les pouvoirs publics puissent mieux encadrer les usages.

Sur le plan international, il plaide pour le non-alignement de la France. Il refuse que le pays se retrouve entraîné dans les conflits et défend la fin des violences en Ukraine et à Gaza. Il présente cette orientation comme une manière de préserver l’autonomie diplomatique française dans un contexte international qu’il décrit comme particulièrement tendu.

Au fil du discours, les propositions s’accumulent, de l’éducation aux institutions, en passant par l’économie et les relations internationales. Jean-Luc Mélenchon revendique la possibilité de mettre en œuvre un programme de rupture et assure que son mouvement dispose des compétences nécessaires pour gouverner.

« Il faut que l’onde de choc se propage »

Après le meeting, Manuel Bompard revient sur la dynamique politique recherchée par La France insoumise. Le coordinateur du mouvement estime que les sondages peuvent contribuer à créer une dynamique, mais souligne que celle-ci doit encore se traduire sur le terrain. « Il faut que l’onde de choc se propage », résume-t-il. Il affirme également que « le néolibéralisme est terminé » et prévient : « Ça va être un vrai match dur. »

Derrière l’enthousiasme visible dans la salle, il insiste donc sur la nécessité d’intensifier le travail militant. La mobilisation ne peut se limiter aux grands rassemblements : elle doit se prolonger par une présence sur le terrain et un contact plus direct avec les citoyens.

Le mouvement annonce par ailleurs une grande convention au Bourget, en Seine-Saint-Denis, le 7 novembre, pour présenter son programme présidentiel. L’enjeu sera notamment de faire circuler cette dynamique au-delà des militants déjà convaincus et de trouver des relais, notamment dans les mobilisations de la jeunesse.

À Clermont-Ferrand, les cris de la foule, les grilles restées fermées pour certains sympathisants et la prise de parole des deux lycéens ont donné une incarnation à cette ambition. En plaçant Parcoursup, les moyens de l’école et le droit de vote à 16 ans au centre de son intervention, Jean-Luc Mélenchon a voulu faire de la jeunesse l’un des visages de son projet. Reste désormais, comme le souligne Manuel Bompard, à transformer la mobilisation d’un meeting en dynamique durable sur le terrain.

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