Cinéma : Les Matins Merveilleux, un long-métrage sensible sur le deuil, les rencontres et les secondes chances

Ce lundi 20 juillet, le cinéma Comœdia (Lyon 7e) accueillait une projection presse suivie d’une rencontre avec la réalisatrice Avril Besson, à l’occasion de la présentation de son premier long-métrage, Les Matins Merveilleux. Retour sur la présentation du film.

Présenté en Séances spéciales au Festival de Cannes, ce film s’impose comme une chronique solaire et mélancolique, portée par un souffle intime. À notre micro, la cinéaste est revenue sur la genèse de ce projet singulier.

Un voyage pour apprendre à avancer

Charlie, jouée par India Hair, vient de perdre sa grand-mère. Chargée de livrer une caisse de vinyles disco à un caviste du Lavandou, elle quitte Paris sans vraiment savoir ce qu’elle cherche. Au fil de son voyage, les rencontres vont pourtanttransformer ce trajet en véritable chemin de reconstruction.

À travers Titou, un caviste solitaire interprété par Éric Cantona, et Marina, une jeune serveuse libre et spontanée incarnée par Raya Martigny, Charlie apprend progressivement à réinvestir le présent. Ici, pas de grands rebondissements ni de conflits spectaculaires : Les Matins merveilleux préfère les regards, les hésitations et
les émotions qui s’installent discrètement.

Une approche pleinement assumée par Avril Besson, qui a consacré sept années àl’écriture de ce premier long-métrage.

« Comme j’ai mis sept ans à écrire ce film, il y avait beaucoup de choses qui étaient mieux expliquées au départ. Puis, au fil des réécritures, j’ai retiré tout ce qui me semblait trop didactique ou explicatif pour laisser davantage de place au spectateur ».

La cinéaste revendique ainsi un récit volontairement ouvert, où les zones d’ombre nourrissent davantage l’imaginaire qu’elles ne frustrent le public.

Filmer le présent plutôt que les explications

Ce refus du didactique se prolonge naturellement dans la construction des personnages, pensés par la cinéaste comme des énigmes qu’il n’est pas nécessaire de totalement décoder.

L’une des singularités du film réside précisément dans ce qu’il choisit de ne pas raconter. Les personnages apparaissent avec leurs blessures, leurs regrets et leurs solitudes, mais sans longues explications sur leur passé.


« J’aime beaucoup cette idée de solitude qui se rencontre et qui s’annule »,
confie la réalisatrice.

Selon elle, expliquer les relations ou détailler les biographies aurait affaibli l’émotion du récit. Les personnages existent avant tout dans le présent, au moment précis où leurs chemins se croisent.
Cette volonté s’étend également à la représentation de Marina, personnage transgenre. Avril Besson refuse de faire de son identité le moteur dramatique du film :


« Je ne voulais pas aller chercher le conflit ou la transphobie gratuite qu’on voitsouvent dans les films avec des personnages trans. Je voulais que toutes lesquestions, l’identité, le deuil, le futur, soient au même niveau. »
Un choix qui participe à la douceur du récit, où l’identité des personnages n’est jamais réduite à une seule caractéristique.

Le Lavandou, décor et source d’inspiration

Pour que ces trajectoires intimes prennent vie, encore fallait-il trouver le terrain de jeu idéal, capable d’accueillir cette suspension du temps.
Le sud de la France ne sert pas uniquement de toile de fond. Le Lavandou, où Avril Besson passe régulièrement du temps, devient presque un personnage à part entière. La réalisatrice raconte avoir été fascinée par cette manière de vivre dans l’instant présent, particulièrement en hors saison.


« Là-bas, on se moque un peu de ce que font les gens dans la vie. On est vraiment dans le présent de la rencontre. »


Cette philosophie irrigue tout le film. Les personnages ne planifient pas leur avenir : ils se découvrent simplement au gré des journées, des plages désertes et des soirées arrosées.


Le film met aussi en lumière un paradoxe local marquant : dans un territoire où l’extrême droite réalise de forts scores électoraux, une protection spontanée s’opère pour un personnage transgenre, les habitants décidant instinctivement de veiller surelle et de la protéger, loin des clichés.

L’intime comme matière universelle

Cet ancrage géographique très personnel fait écho à une démarche artistique plus large, où la réalisatrice n’hésite pas à s’exposer elle-même à travers ses personnages.

Le film puise largement dans l’histoire personnelle de sa réalisatrice. Le message vocal laissé par la grand-mère de Charlie est celui de sa propre grand-mère. Certains vêtements et objets présents à l’écran lui appartiennent également.

Loin d’y voir un exercice purement autobiographique, Avril Besson défend une conviction profonde qui guide son travail.

« Plus on est dans l’intime, plus ça devient universel. » Pour elle, ce sont les détails les plus personnels qui permettent au public de se reconnaître dans une histoire.

Un premier film porté à bout de bras

Pourtant derrière la douceur « des Matins Merveilleux » se cache une fabrication mouvementée. Écrit pendant sept ans, le projet a longtemps peiné à convaincre les financeurs malgré le soutien de la région PACA. Pour démontrer l’alchimie entre India Hair et Raya Martigny, Avril Besson réalise même un court métrage, Queen Size, pensé uniquement comme une preuve de concept pour débloquer le long-métrage. Le film connaîtra finalement sa propre carrière en festivals.

Malgré les difficultés, elle refuse de modifier son casting :  » On m’a conseillé de prendre une actrice plus bankable. Mais le film était écrit pour India Hair. Il fallait que ce soit India qui le fasse. »

Le tournage lui-même s’est déroulé dans l’urgence en seulement dix-neuf jours,rythmé par une cadence de quatre à cinq séquences par jour. Fidèle à sa casquette de monteuse, la réalisatrice monte les images chaque week-end pour s’assurer que le film tient la route, tout en réécrivant et en repensant même la fin en plein tournage faute de moyens pour la séquence initiale : « À un moment donné, c’était ça : on écrivait, on montait et on tournait en même temps. »

Une mélancolie née presque malgré elle

Ce parcours du combattant a finalement émergé une couleur inattendue, façonnant l’identité finale de l’œuvre. 

À l’origine, Avril Besson imaginait réaliser une comédie. Mais lors du premier visionnage avec son équipe, un constat s’impose : le film est profondément mélancolique.

« On s’est regardés en se disant : « Mais c’est triste. » »

La réalisatrice l’explique notamment par son propre état émotionnel pendant le tournage. Après sept années consacrées au projet, la peur de ne pas réussir a fini par imprégner sa mise en scène.

Cette fragilité devient pourtant l’une des plus grandes qualités du film, qui préfère accompagner ses personnages dans leurs hésitations plutôt que leur offrir des réponses toutes faites.


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