Ce mardi 9 avril s’est tenue la conférence de presse sur la mission Accueillir de Villeurbanne. En présence du maire de la ville, Jean-Paul Bret, et du responsable de la mission, Cédric Van Styvendael, aussi directeur général d’Est Métropole Habitat, nous avons pu comprendre les différents objectifs de ce projet. La participation plus ou moins active des citoyens Villeurbannais a d’autant plus été abordée avec l’intervention de 3 membres du jury citoyen. 

La mission Accueillir est née au printemps 2017, 2 mois après le démantèlement de la jungle de Calais. Après un appel à la solidarité lancé par l’Etat, les équipes municipales de Villeurbanne ont répondu rapidement. Jean-Paul Bret explique que la réponse positive à ce démantèlement était une façon de dire que « l’accueil à Villeurbanne des migrants n’avait rien d’exceptionnel puisque chaque année le centre de ‘Forum Réfugié’, qui est un CADA, accueille environ 1 000 demandeurs d’asile » (Centre d’Accueil Demandeurs d’Asile). 

« C’est un sujet abordé de façon anxiogène »

Lorsque le maire propose à Cédric Van Styvendael, Villeurbannais depuis 15 ans, d’être le responsable de cette mission, celui-ci hésite : « j’ai eu un long temps de doutes sur la réponse positive dans la mesure où c’est un sujet d’une extrême complexité ». Finalement, il accepte et est fier d’être le leader d’un tel mouvement. Celui qui perçoit en ce moment une forme de triple crise  (défiance, confiance et alliance), est admiratif du jury ainsi que de la qualité des propositions même si leur dispositif de participation sur les réseaux sociaux ne s’est pas développé comme convenu. Satisfait du fait qu’ils ne se sont pas laissés enfermer à choisir entre humanisme et fermeté, il le dit clairement « aujourd’hui, beaucoup d’acteurs politiques voudraient nous voir positionner le débat pensant que cette réflexion parfois binaire aide à réfléchir ». 

Jean-Paul Bret, Cédric Van Styvendael, 3 membres du jury citoyen ainsi que différents médias lors de la conférence de presse.
Crédit Photo : Adams Mezamigni / Lyon Bondy Blog

Villeurbanne a toujours été une ville d’accueil. Comme l’explique Cédric Van Styvendael, ils ont tout d’abord essayé de mobiliser la « tradition d’accueil de Villeurbanne ». Il cite l’ouvrage d’Alain Belmont afin de prouver l’historicité de la ville sur cette thématique. Dans ce livre, l’auteur raconte, qu’il y a 2 000 ans, les premières personnes accueillies à Villeurbanne étaient des Gaulois venus de loin. Jean-Paul Bret précise que l’accueil des migrants est « dans les gènes, dans l’ADN, dans l’histoire tout simplement » de la ville. Pour ce faire et afin de répondre comme il se doit à cette problématique de l’accueil, ils ont décidé d’utiliser deux registres : celui de la connaissance de façon ludique car, d’ordinaire, « c’est un sujet abordé de façon anxiogène », et celui de la citoyenneté active. 

La parole aux citoyens 

Les citoyens prennent une part très importante dans ce débat. Les équipes municipales ont tout d’abord mis en place un jury citoyen, composé de 10 personnes volontaires et de 16 personnes tirées au sort. Seule condition : être habitant de Villeurbanne. Cédric Van Styvendael précise qu’ « il ne faut pas faire du jury l’alpha et l’oméga de la démocratie participative » et trouve très important qu’il y ait une « position d’égalité » entre accueillants et accueillis. Ce jury a eu l’occasion de rencontrer des chercheurs, des écrivains, des personnes avec un parcours autour de cette question de l’accueil des migrants. Le 17 novembre 2018, une centaine de personnes, dont des personnes accueillies, ont réfléchi autour des premières propositions du jury afin d’essayer d’en faire des cas pratiques et, pourquoi pas, de les mettre en place. 

Maxime Jourdan, membre du jury et résidant dans le quartier Cusset, nous explique que la démarche était de « produire des propositions sur un travail de 6 mois avec des formations pour monter en compétences et des moments de construction de projet pour aboutir à un dossier de 14 propositions ». Nous avons l’occasion de voir dans leur rapport les 6 idées-forces que Frédérique Louis Glaster du quartier Saint-Jean, autre membre du jury présente lors de la conférence, a développé. L’une des propositions sur laquelle les acteurs de cette mission sont déjà engagés est celle qui suppose la collaboration entre la Métropole et l’Etat : le principe de l’occupation temporaire des bâtiments vacants. Cédric Van Styvendael annonce que « les citoyens et les membres du jury souhaitent aller plus loin ». Cependant, Gislaine, salariée du Centre Social des Buers, se questionne « de savoir si les Villeurbannais ont eu connaissance » de cette mission, car elle n’a pas eu de réels retours. Aminou Saidou en retient une expérience très positive et s’est senti d’autant plus concerné puisqu’il a été, lui aussi, un migrant. Il explique donc que « lorsque j’ai été tiré au sort, je n’ai pas hésité à accepter ». 

« Je n’en ai pas du tout entendu parler » 

Claire, jeune maman de 3 enfants, se retrouve dans l’inconnu quant à cette mission dont elle ne connait pas l’existence. Mettre les citoyens au coeur de cette démarche est, pour elle, quelque chose de très intéressant et dont elle aurait « pourquoi pas » pu faire parti. Karim, lui, vendeur de journaux dans un kiosque, ne connait pas non plus cette mission Accueillir mais ce n’est pas pour autant qu’il ne fait rien. En effet, il raconte qu’il vient en aide à plusieurs reprises pour les personnes dans le besoin mais il précise que ce n’est pas tous les jours facile et qu’il « fait ça pour sa conscience ». Ce père de famille « fait des choses, mais il n’y a pas besoin de le revendiquer ». Gislaine, qui n’est pas une habitante de Villeurbanne, connait assez bien les enjeux de cette mission et trouve que « c’est très respectueux de Villeubanne de s’être saisi de cette question » même si, pour elle, il aurait fallu étendre un peu plus la communication. La jeune maman, Claire, est aussi de cet avis et aurait souhaité quelques actes de communication tels que des affichages ou davantage de mentions dans les magazines municipaux par exemple. 

Le maire ainsi que son équipe municipale ont joué gros en acceptant cette mission qu’ils considèrent comme un « grand défi de l’accueil ». Forte volonté de mettre les citoyens au centre, le jury citoyen est une première forme de démocratie participative. Malgré un bel effort de la part de tous, beaucoup de Villeurbannais n’ont pas été mis au courant de ce programme et il reste encore un bon nombre de personnes dans les rues de Villeurbanne car il n’y a pas de « baguette magique », comme le disent Cédric Van Styvendael et Gislaine du Centre Social de Buers.