Huit organisations et partis de gauche se sont réunis vendredi 5 juillet place Sathonay pour la fête populaire organisée par le PCF. Réunie sur le thème de l’implantation de l’extrême-droite à Lyon, la gauche avait l’occasion de continuer à renouer le dialogue. Des idées d’unions sont en discussions, bien que les Verts profitent de leur leadership.

Un rassemblement de la gauche, vous-dîtes ? La question pouvait se poser en arrivant vendredi 5 juillet pendant la fête populaire place Sathonay, dans le 1er arrondissement. C’est Aline Guitard, Secrétaire de section du Parti communiste de Lyon qui était en charge de l’événement. Toutes les organisations sollicitées étaient présentes  : France Insoumise, Gram, Parti socialiste, EELV, Génération.S, Ensemble !, Place Publique et Manufacture de la Cité. Ce temps d’échange public est le deuxième après celui du 26 juin au café Le Mistral, à la Guillotière.

Le thème de la réunion a été choisi après la dégradation des locaux de  plusieurs partis de gauche  : « On trouve qu’il y a eu un laxisme de la part des responsables politiques » selon Aline Guitard. Au-delà de ça, l’enjeu des municipales de 2020 reste aussi présent. L’idée d’un regroupement des forces de gauche fait son chemin : « C’est comme ça qu’au sein de notre parti nous traduisons la claque que s’est prise la gauche aux Européennes. Ce n’est pas la première fois que l’on nous reproche d’être divisés », ajoute Aline Guitard.

« Notre but, c’est de rassembler autour du projet écologiste »

La question du rassemblement intervient à la suite des élections européennes. Les résultats significatifs d’EELV aux Européennes (20,9% dans la métropole de Lyon) prennent place dans le tableau. Pour Rémi Zinck, conseiller fédéral d’EELV, « Nous n’avançons pas vers une liste commune au premier tour, c’est pour ainsi dire sûr. Pour le deuxième tour oui, c’est possible. Je pousse à mon niveau pour qu’il y ait un rassemblement écologiste ou de gauche au deuxième tour, ça, c’est sûr. On ne ferme pas la porte, il y a eu des discussions, des rencontres… ». De plus, une motion est évoquée pour un rassemblement des partis écologistes au premier tour, tels que Génération Écologie ou MEI : « Notre volonté est d’abord de rassembler les électeurs écolos. Il n’y a pas d’alliance de circonstance, nous voulons un projet de changement radical ». Les autres partis semblent plus favorables à une alliance au premier tour en évoquant la responsabilité  de chacun  et « les 80-90% des idées communes sur lesquels on est d’accord pour changer la vie des Lyonnais » explique Karim Aou, Membre du collectif national de Génération•s. Aline Guitard et d’autres responsables surenchérissent en évoquant  les 40%  cumulé par  l’ensemble de la  gauche française aux dernières élections.

Le choix des Verts

Par ailleurs, une nouvelle donnée est à prendre  pour ces élections : les électeurs voteront le même jour pour une liste municipale et une liste métropolitaine. À ce jour, le parti EELV souhaiterait mettre en place pour le vote municipal des listes soutenues par EELV à travers un appel citoyen pour le climat lancé avant les Européennes : « Les signataires peuvent être adhérents ou non de notre parti . Ils vont définir le projet et établir les listes candidates sur la ville de Lyon […] Après, ça ne veut pas dire que les autres partis de gauche ne peuvent pas signer l’appel, ils peuvent le signer en tant que citoyens. Par contre ceux qui soutiennent notre liste ne peuvent pas soutenir d’autres listes. Il ne faut pas qu’il y en ait qui soutiennent toutes les listes. » Pour le vote métropolitain, il pourrait être envisagé des listes EELV ouvertes : « il y aura des votes, mais aussi une commission d’harmonisation. Ça sera un peu plus contrôlé, si je puis dire ». Les verts semblent donc vouloir partir dans une optique différente pour le premier tour. Ce qui semble suivre la logique de leur Conseil national du 22 juin. À propos de cela, la secrétaire de section PCF Lyon ajoute : « Il est encore tôt, ils avaient un calendrier fait avant les Européennes. Il faut prendre le temps de discuter avec chacun ».

« Moi, je ne veux pas renoncer à l’idée du rassemblement »

Dans ce sens, le Parti communiste avait lancé la pétition « un bulletin à gauche pour 2020 » le 26 juin : « La question n’est pas de savoir qui sera tête de liste, qui va être candidat, ou qui va avoir un poste. L’important est de savoir si l’on peut fédérer les forces des partis, des associations et des citoyens pour former un projet qui aurait pour vocation d’être majoritaire à Lyon». Le projet étant d’avoir une liste commune pour les municipales et la métropole. Cependant, cela reste « embryonnaire », nous confie Aline Guitard. L’idée du bulletin unique au premier tour séduit le mouvement Génération•s : « Nous, on dit oui. On souhaite un rassemblement le plus large possible au premier tour. Avec trois pour cent, on n’est pas la force autour de laquelle la gauche va se rassembler, mais on est une des composantes. On est pour des rapports apaisés entre partis politiques. Terminé le temps où il y a un parti politique hégémonique qui dicte sa loi aux autres » nous dit Karim Aou. Il ajoute que pour lui : « il ne faut pas le penser en termes de hiérarchie. Sur les 10% des réformes nécessaires où l’on peut ne pas être d’accord, nous pouvons faire arbitrer les réformes par vote citoyen ». Génération•s, pour enrichir la question du fond, avait par ailleurs effectué pendant un an « un travail de 24 pages de propositions en co-construction avec des syndicalistes, de responsables associatifs, de citoyens engagés. On les a envoyées à l’ensemble des formations de gauche et de l’écologie politique pour voir sur quelles choses ils se retrouvaient. Ce n’était pas du « à prendre ou à laisser », simplement pour commencer à débattre ».

Des discussions sur la forme et le fond semblent de mises. Elles sont essentielles afin d’être « d’accord sur le projet » et de viser « un rassemblement au premier tour » selon Anne Guillemot, lors de la conférence de presse du PS du 5 juillet. Le Parti Socialiste prend pour direction le sens du Conseil national du 22 juin. Dans la motion nationale, il s’engage à « la constitution de listes d’union et de rassemblement le plus large possible de toute la gauche et des écologistes » où « Aucun accord, en dehors de ceux conclus avec ces formations, ne sera validé par nos instances nationales ». Yann Faure, porte-parole de « Lyon en commun » lancé par La France Insoumise, souhaite aussi un « un accord sur la méthode et le fond ». Lancé il y a 9 mois, le projet – dont LFI à faire part aux autres partis – est « encore en construction, s’adresse aux sympathisants d’autres organisations, associations, collectifs de citoyen sensibles à la question sociale et écologique ». Il réunit pour l’instant  La France Insoumise et GRAM, porté par Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement de Lyon. C’est d’ailleurs pour celui-ci qu’ils se sont réunisPour le premier tour, «Lyon en commun» adhère au principe que les listes ne possèdent « pas de représentants de partis étiquetés à gauche » pour ne pas faire un « cartel de partis ». Pour celles-ci, « il n’y a pas de discussions pour l’instant d’organisation à organisation. Sur les listes, il pourrait y avoir autant des citoyens, des bénévoles d’associations, que des représentants politiques légitimes», ajoute-t-il. Le procédé de construction concret des listes et des têtes de liste est encore en discussion. Probablement sous la forme d’«assemblées citoyennes » selon Yann Faure. Nathalie Perrin-Gilbert évoque l’idée, dans la presse, d’ une « votation » pour la tête de liste. Une place plus importante pour les citoyens  dans les listes et les politiques publiques semble se dégager des différents projets de gauche.

Ces initiatives sont encore en élaboration et les discussions en cours. Elles se poursuivront après la période estivale et, au moins, jusqu’à la fin de l’annéeL’ensemble de la gauche se retrouvera par ailleurs à la rentrée sur la question de la régie publique de l’eau.