Mi-Mars, le ministre de l’Education, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, annonce son plan Vacances apprenantes. Soutenu par des députés tels qu’Anissa Kheder, ce projet ambitieux intrigue par sa nouveauté et inquiète certains professionnels périscolaires. Encore méconnu du grand public, nous exposons ce projet en trois parties : écoles ouvertes, écoles buissonnières et colonies apprenantes.

Le projet est géré par deux instituions : Les directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale s’occupent des « colos apprenantes », et le rectorat de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes organise avec les collectivités locales les écoles ouvertes et buissonnières. Pour qui sont ces programmes et de quoi s’agit-il concrètement ?

« La crise du Corona a mis en avant les inégalités scolaires »

Pour la députée de la 7ème circonscription de Lyon, Anissa Kheder, ce projet est essentiel remédier les inégalités scolaires accentuées par la crise sanitaire et raccrocher les décrocheurs. Les écoles ouvertes ne sont pas un projet nouveau selon Olivier Dugrip, recteur de l’académie de Lyon. Créées en 1991, leur nombre a doublé cette année pour accueillir un maximum d’élèves : « 200 écoles ouvertes sur la région, 76 000 à l’échelle nationale ». Les écoles ouvertes sont gratuites et ouvertes la première quinzaine de juillet et la seconde quinzaine d’août pour accueillir les enfants du quartier. Outre des cours le matin, des activités sportives et culturelles sont organisées l’après-midi. Un appel aux professeurs, artistes, animateurs, et intermittents du spectacle a été fait sur tout le territoire pour assurer des activités ludiques. L’école buissonnière permet aux enfants de la ville d’aller visiter la campagne, et inversement. Les enfants peuvent alors sortir du cadre scolaire et social habituel, pendant 5 à 14 jours selon la députée. Pour elle, ce coup de main est essentiel : « Ce ne sont pas que des jeunes qui font du rodéo, je tiens à rappeler la solidarité et l’exemplarité de ces quartiers pendant le confinement. Ce n’est pas un cadeau, mais une reconnaissance ! ».

Un dispositif complexe à mettre en place

L’école ouverte a pour objectif d’accueillir 400 000 élèves sur le territoire français. Pour l’instant, 63 écoles ont rejoint le projet et 80 professeurs sont volontaires dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Pour l’instant, 63 écoles ont rejoint le projet et 80 professeurs sont volontaires dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, « un chiffre qui augmente de jour en jour » selon le rectorat. « Le projet des vacances apprenantes dérange un peu car on est déjà sur le terrain de l’éducation et du pédagogique. Il faut être sûr d’avoir des personnes qualifiées pour le temps de devoirs », explique Hakim Khelaifia de la MJC de Montplaisir. En effet, ce sont aux organisations de faire la démarche et non pas à l’académie.

Crédits : Assemblée nationale. Anissa Kheder à l’Assemblée.

« L’Etat n’est pas générateur mais maître d’ouvrage » soutient Olivier Curnelle, secrétaire général du rectorat de Lyon. Les écoles ouvertes sont faciles à organiser pour les établissements déjà dans le circuit depuis 20 ans, c’est pour les arrivantes que le projet devient plus compliqué. « Les besoins de chaque quartier ne sont pas les mêmes, les réseaux de chaque établissement non plus. Il faut laisser de la souplesse pour que les établissements puissent s’organiser » selon Laurent Bessueille, chargé du dispositif. « La mobilisation sera difficile à tous les niveaux mais notre capacité d’adaptation nous permettra d’y arriver. », soutient madame la députée.

Rendez-vous sur le site Vacances apprenantes de la Daac pour participer au projet !

Un droit aux vacances pour les enfants ?

Chaque année, 3 millions d’enfants ne partent pas en vacances. Avec la crise du COVID, cette situation risque d’empirer. « Certains ne pourront pas partir en Tunisie pour voir leur famille par exemple, on doit compenser ces blocages. C’est une occasion pour rattraper les retards scolaires » explique Anissa Kheder. Les colonies apprenantes concernent 250 000 enfants. Le droit aux vacances s’inscrit dans la loi de 1998 contre les exclusions mais Stella Peschel, communicante de ColoSolidaire, s’indigne : « Ce ne doit pas être un cadeau mais un droit sur le long terme. ». Leur centre de vacances propose des places en colonie (au singulier) à coût réduit (au singulier) pour les familles en situation de précarité ou simplement pas assez aisées pour en payer. Hélas pour elle, « C’est un dispositif de gestion de crise. J’aimerais que ce projet soit fait tous les ans mais pour l’instant ce n’est que pour cet été. » annonce Anissa Kheder. La crise sanitaire touche tout le monde et Stella Peschel espère que ce projet pourra être réalisable : « On n’est pas sûrs de pouvoir répondre aux besoins de toutes les familles, on est passé de 90 séjours à 40 séjours. Si la colo est propriétaire ça va, mais si on loue, l’hébergeur annule parce qu’il ne peut pas appliquer les gestes barrières. ».

Crédits : Inès Mitanne. Olivier Dugrip lors de sa conférence tenue le 23 juin 2020.

Pour l’instant, Vacances Apprenantes concerne 1 million de jeunes de 3 à 17 ans. Espérons que ce projet soit bien mené et réactivé en 2021. Stella et Hakim espèrent que ce projet n’enlèvera pas « la philosophie des colonies de vacances » et « l’aspect ludique de l’apprentissage périscolaire ». Le recteur Olivier Dugrip nous invite en juillet à visiter les écoles ouvertes et buissonnières : « Les médias sont en général agréablement surpris ! ». Affaire à suivre !