Depuis l’annonce d’un deuxième confinement le 29 octobre, les universités ne reçoivent plus aucun étudiant. Une situation difficile à vivre pour ceux qui se considèrent comme les oubliés du gouvernement. 

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Avec deux confinements et la fermeture prolongée des universités, la situation des étudiants semble préoccupante. Le suicide d’un étudiant en droit à Lyon 3 ce samedi 9 janvier en est une preuve supplémentaire. Pour Jules Gori, membre du syndicat étudiant UNEF-Lyon, “La pandémie n’a fait qu’amplifier des problèmes enracinés depuis longtemps dans le milieu universitaire. Le manque de budget mis en place par le gouvernement est pointé du doigt depuis longtemps par les syndicats étudiants, tout comme la hausse de la précarité étudiante.” Régulièrement mis en cause, “les cours à distance sont une source de décrochage. Les étudiants se sentent totalement abandonnés”, confie Jules Gori.

 

Kelly, étudiante en première année de master sciences de l’éducation à l’Université Lyon 2 nous livre son témoignage.

 

 Quels sont tes ressentis par rapport aux cours à distance ?

Je suis dans l’incompréhension : tout est ouvert sauf les universités. C’est compliqué de se concentrer seule derrière un écran. C’est difficile de faire des projets concluants en groupe. La pédagogie et l’apprentissage ne sont pas les mêmes. Les profs ne savent pas toujours utiliser la technologie. Ce ne sont pas de bonnes conditions d’apprentissage.

Les quinze premiers jours de décembre étaient psychologiquement difficiles, j’ai décroché quelques jours. Être seule dans mon petit logement étudiant est oppressant, je n’arrivais plus à travailler sur mon mémoire. Parfois je n’ai plus de perspectives d’avenir. Je n’arrive plus à voir le but de mes études lorsque les profs eux-mêmes sont découragés.

 Êtes-vous accompagnés psychologiquement ?

Dans ma résidence universitaire, un étudiant a été élu pour être le référent. Il appelle souvent pour savoir si les étudiants vont bien et s’ils ressentent la nécessité d’un suivi psychologique. C’est une démarche qui a été mise en place par le CROUS. 

 Quelle est l’ambiance générale de ta classe ? Le décrochage scolaire se ressent ?

Sur les cours il y a de moins en moins d’étudiants qui se connectent. Parfois on ne se retrouve qu’à dix, il y a beaucoup de décrochage. Même en étant connecté, ce n’est pas facile de rester concentré pendant 6 heures avec le même prof derrière un écran. Globalement, tous les étudiants de mon master sont unanimes : les cours à distance sont bien plus difficiles à suivre. Les inégalités numériques creusent les inégalités déjà existantes, surtout avec les étudiants étrangers. 

 Est-ce que cela vous a poussé à vous entraider ?

Oui, c’est le point positif… Il y a moins de communication avec les profs donc c’est nécessaire d’être solidaires et soudés les uns les autres. Je ne connais que virtuellement mes camarades de classe, la covid m’a empêché de les rencontrer. 

 

Du côté de l’UNEF, cette situation n’est pas tenable. “Aujourd’hui plus que jamais, on tente de rassembler les étudiants. On milite pour la mise en place des cours en présentiel à 50 %, mais sans résultat. Les doyens et directeurs de facs eux aussi souhaitent que les cours reprennent mais ce n’est pas de leur ressort.” Le manque de cohérence entre le traitement des collèges ou des lycées et celui des universités est souvent dénoncé par les acteurs de l’enseignement supérieur. A cela s’ajoute l’absence de visibilité à long terme empêchant toute projection sur un potentiel retour dans les amphithéâtres.