Rencontre avec Jalal Nadarou, délégué au préfet de Région, dont dépend le dispositif « pack de la deuxième chance ». Il revient pour nous sur cette cellule emploi et nous explique comment s’effectue le recrutement des jeunes et ce que ce pack peut leur apporter. Mis en place dans la Région Rhône-Alpes depuis 2013, le dispositif devrait s’ouvrir à l’ensemble du territoire, avec comme objectif avoué de « changer la face de la France ».

©photo : Jalal Nadarou pendant la soirée “Double culture au féminin, entreprendre ici et ailleurs : défis et échanges.

Le gouvernement a mis en place les zones de sécurité prioritaires en juillet 2012. L’ancien préfet Jean-François Carenco a été chargé début 2013 de créer une cellule emploi par François Lamy, alors ministre délégué de la ville. Ce « pack de la deuxième chance » permet à des jeunes de s’insérer dans la vie professionnelle et de trouver un logement. Depuis sa création, 41 personnes ont été suivies et 26 ont été placées.

Cette cellule a été mise en place lors d’une visite du ministre François Lamy et lors d’une opération de police dans le quartier de la Duchère. Le préfet de région Jean-François Carenco était également présent. « À ce moment-là, ils ont été interpellés par plusieurs jeunes, par des injures et des petites provocations. Ils disaient que l’État ne faisait rien pour eux. Le préfet de région leur a alors dit : on vous donne rendez-vous, on va vous accompagner. Et si vous êtes volontaires, on peut vous aider à trouver un emploi, une formation. » Explique Jalal Nadarou, délégué du préfet. « Mr Carenco a demandé à Jean Bernard Coffy de réfléchir un peu avec lui sur la mise en place d’une cellule qui accompagnerait ces jeunes qui ne sont plus suivis, ou pour certains qui n’ont jamais été à pôle emploi ou la mission locale ». C’est de cette façon que la cellule est née, et « ils ont demandé à Lyazid Belasri de faire partie de cette dernière ».

Comment se fait le recrutement ?

Nombreux sont les candidats qui pourraient bénéficier de ce pack. Mais le recrutement n’est pas toujours facile. « On parle de jeunes qui pour la plupart habitent dans le quartier politique de la ville. Et dans la démarche du préfet de région, c’était d’identifier des jeunes qui ne sont à 90 % pas suivis par les institutions ordinaires, car ils sont en décalage avec la société. En même temps, le préfet de région a signé une convention avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse pour leur dire “pour les jeunes que vous suivez, et qui sont dans une démarche d’insertion pro, on peut vous aider”. Donc on a des jeunes qui sont identifiés soit par les délégués du préfet, soit par nos partenaires — ça peut être des élus, des associations. Généralement c’est par les délégués du préfet. Et d’autres jeunes qui nous sont proposés par la Protection Judiciaire de la Jeunesse ». Les jeunes doivent faire preuve de volontarisme, c’est ce qu’explique le délégué du préfet : « On travaille avec les bonnes volontés ».

Un partenariat avec les entreprises

Et Jalal Nadarou de poursuivre : « On a utilisé deux axes pour les entreprises. On a d’abord identifié les secteurs d’activité porteurs d’emplois et avec lesquels on pouvait travailler parce qu’il y a besoin de main-d’œuvre. Il y a la réalité économique, on ne peut pas s’adresser à une entreprise dont le secteur d’activité ne peut pas proposer un emploi. On a eu cette démarche-là, toujours avec le soutien du préfet de région. Car celui-ci animait la cellule tous les quinze jours dans son bureau.
J’ai fait une proposition au préfet de région, car je m’occupe de la chartre entreprise et quartiers dans le département. C’est une chartre qui a été signée par plus de 50 grandes entreprises nationales avec le ministre à la ville et le secrétaire à la ville et qui demande à certains grands groupes de s’investir sur les quartiers en politique de la ville. J’ai demandé à certaines entreprises de signer la convention cellule emploi en leur disant, “chaque année on vous propose quelques jeunes qu’on aura préparés en amont et pour lesquels on vous demande de vous engager officiellement pour des postes, périodes de stages, CDD ou des CDI”. On a tous des réseaux d’entreprises, le préfet de région a sollicité par courrier directement des entreprises qu’il connaissait. C’est vrai que cela nous facilite la tâche. »

Des jeunes qui peuvent servir d’exemple

L’identité et le sentiment d’appartenance sont deux aspects qui rythment la vie des zones concernées par le pack de la deuxième chance. Si la situation d’un des jeunes s’améliore, cela peut entrainer un effet boule de neige. C’est ce que monsieur Nadarou explique : « Pour ce type de jeunes, qui sont en marge du fonctionnement traditionnel, le fait de leur proposer un cadre d’évolution, soit professionnel soit social à travers le bénévolat par exemple, permet à ces jeunes de ne plus faire parler d’eux sur leur quartier. En même temps comme ils sont identifiés par les voisins ou les plus jeunes, cela provoque des déclics. Ils se disent “si lui, qui était un leader négatif sur le quartier, se met aujourd’hui à travailler, peut-être que cela à un sens de travailler”, cela sert d’exemple. Il y a cet objectif-là et si chaque sous-préfet met en place cette cellule, qui aujourd’hui est validée par le ministère, on va changer la face de la France. »

Le projet est actuellement en place dans la région Rhône-Alpes, mais il devrait être appliqué à l’ensemble du territoire français. Affaire à suivre…

 

Vidéo France 3 Rhône-Alpes du 18 mars 2015 (le lien vers l’article là)